Azzura

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Elizabeth de Norvah, Chevalier des Armées d'Alvar

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◈ Missives : 12

◈ Âge du Personnage : 31 ans
◈ Alignement : Chaotique bon.
◈ Race : Valdur.
◈ Ethnie : Vrëen.
◈ Origine : Chateau de Riveblanche, dans la Province de Virois, à l'Est de la capitale de Kaerdum, Ordanie.
◈ Localisation sur Rëa : Royaume de Kaerdum.
◈ Magie : Dépourvue du moindre don.
◈ Fiche personnage : [url=][/url]

Héros
Elizabeth de Norvah

◈ Dim 7 Aoû 2016 - 19:25

◈ Prénom : Elizabeth
◈ Nom : de Norvah.
◈ Sexe : Femme.
◈ Âge : Trente et une années arrachées par les méandres du temps.
◈ Date de naissance : vingtième jour d’Eldra, an 59 de l’ère des rois.
◈ Race : Valdur.
◈ Ethnie : Vrëen.
◈ Origine : Château de Riveblanche, haut-lieu de la cité Lambaln, au cœur de la Province de Virois, à l’est de la capitale du Royaume de Kaerdum, terre appartenant à l’Ordanie.
◈ Alignement : Chaotique bon.
◈ Métier : Chevalier des armées d’Alvar.


Magie


Dépourvue du moindre don, Alvar n’ayant pas vu en elle une élue de cet art ancien et renaissant.


Compétences, forces & faiblesses



> Arts de la guerre
(Métier engagé : Chevaleresse de l'armée d'Alvar)
- Maniement d’armes blanches (épées) : Expert
= Servant l'armée d'Alvar, Elizabeth fait partie des élites de la soldatesque de Kaerdum. A ce titre, et par sa noblesse, elle a reçu une éducation exemplaire en la matière.
- Équitation de guerre : Expert
= A l'aune de son apprentissage dans la Chevalerie, il est impératif de savoir monter à la perfection, commander à sa monture en cas de combat et s'en occuper.
- Stratégie de combats : Avancé
= Il n'est aucunement impossible pour une chevaleresse de posséder entre ses mains les savoirs des combats. Ils dédient leur vie à Alvar et au combat de leur royaume contre le Mal.

> Arts de la noblesse & de la bourgeoisie
- Lecture & écriture : Maître
= Le Kaerd est langue maternelle, maîtrisé par instinct dans toutes ses facettes pour un membre de la noblesse de Kaerdum.
- Étiquette : Avancé
= De noble lignage, famille des plus influentes au coeur de Kaerdum, Elizabeth a appris les protocoles de l'étiquette de la haute société.

> Compétences générales
- Religion : Maître
= L'entrée d'un homme ou d'une femme au service d'Alvar est, par essence, le fait d'une éducation stricte en le domaine religieux, éprouvée pour Elizabeth dans un Temple d'Alvar depuis son plus jeune âge.


Forces :

- Elizabeth de Norvah a suivi un entrainement militaire complet et exigeant, lui permettant d’acquérir une puissance non négligeable en matière de combat. Elle a développé une aisance en combat rapproché et manie l’épée aussi bien qu’une femme manie l’aiguille à tisser. De ce fait, elle a pu intégrer l’armée d’Alvar.
- La jeune femme est une noble et est issue d’une des plus anciennes familles de l’Ordanie. Elle détient une richesse que nombreux jalousent et a grandit dans un cadre plus qu’enviable. La noblesse lui a donné et lui donne, encore aujourd’hui, accès à tout. Education, nourriture à foison, fortune pécuniaire, relations.
- Dotée d’un tempérament de feu, Elizabeth n’abandonne jamais, même lorsqu’elle est face à l’adversité. Sa force d’esprit lui permet de traverser moult moments pénibles et de franchir tous les obstacles qui se dressent sur sa route. La jeune femme sait ce qu’elle veut, mais sait également ce qu’elle ne souhaite pas.

Faiblesses :

- Sa foi qui se détériore chaque jour un peu plus. Même si elle a assez de force pour surmonter l’amas de corps sans vie qu’elle a pu voir au fil des années, et la vue du sang qui dégorge dans la terre, elle s’interroge sur la pureté de son Dieu et sur sa légitimité. Ou, ne serait-ce finalement pas la folie des Hommes qu’elle sert ?
- Sa condition de femme n’est pas un atout. Tout du moins, pas dans l’armée. Même s’ils sont dévoués à Alvar, les Chevaliers n’en sont pas moins des hommes dont les désirs doivent être assouvis. Son fort tempérament lui a permis de se faire respecter au sein de son escouade et d’obtenir la tranquillité. Mais ils ne sont pas les seuls mâles sur Rëa.
- Sa famille. Son père, grand manipulateur, peut encore avoir une emprise sur elle, si elle n’est pas sur ses gardes. Son frère est également un élément pouvant faire basculer son honneur et celui du reste de sa famille dans le néant, tant son ambition est maladive et mal placée. Enfin, le « décès » de sa cadette et sa mère éteinte ont beaucoup pesé sur elle.



Physique


Taille : cinq pieds, trois pouces, soit environ un mètre soixante-dix.
Poids : cent trente deux livres, soit à peu près soixante-cinq kilos.
Yeux : bleus délavés
Cheveux : noir de jais

Elle ne la reconnaissait plus, avec cette allure masculine. Elle semblait venir d’un autre monde ou d’un temps distinct du sien. Le regret s’immisça dans ses veines, de la plus doucereuse des manières. Qu’avait-elle fait ? Son silence avait détourné sa fille de sa véritable destinée. D’abord vouée à une somptueuse union, elle l’avait finalement offerte à Alvar lui-même. Offrande sacrifiée pour l’honneur d’un nom et d’un blason. Et aujourd’hui, la voilà recouverte d’acier. Elizabeth de Norvah n’était plus ce qu’elle était. Quel gâchis. Ce visage si agréable pour des mires se nourrissant de beauté. Il semblait avoir perdu cette lueur qu’elle avait pourtant tant aimée. Ses prunelles aux couleurs des cieux estivaux possédaient  toujours cette même flamme dansante. Mais les traits de son visage, baignés de soleil, avaient perdu de leur noblesse. Ils étaient marqués par la fatigue et les visions d’horreur, aussi acerbes que le néant. Elle qui avait toujours eu le teint clair de la porcelaine, détenait désormais une carnation semblable aux paysans de son domaine. Elizabeth passait plus de temps sous les rayons de l’astre solaire que dans les Temples, à son grand damne.

La jeune femme quitta la selle de sa monture, et ses pieds atteignirent la terre avec agilité et grâce. Au moins, Alvar n’avait pas ôté ces qualités à son unique fille. Un sourire prit possession du visage de cette dernière lorsqu’elle croisa le regard de sa mère. Celle-ci, comme à son habitude, garda ses airs las. Le contraste entre elle et sa progéniture était certain. Elle ressemblait à  une bougie éteinte tandis que son enfant brillait tel un brasier. Elizabeth avait toujours ce corps fait pour la maternité, selon sa mère. Les hanches relativement pleines, parfaite pour porter la vie sans trop souffrir. Elle possédait également une poitrine qui pouvait satisfaire les souhaits de n’importe quel homme. Ô, Seigneur, cette enfant était faite pour l’union et la procréation, pensa-t-elle, amère. « Tu pourrais prendre soin de ta chevelure de jais, Elizabeth. La vie au Temple aurait permis de les épargner ». L’interpellée laissa les paroles de sa mère glisser sur elle, avant de s’envoler dans l’atmosphère. Avec le temps, elle s’était rendue insensible à ces remarques piquantes, emplit d’une rancœur qu’elle ne voulait comprendre. Sa crinière épaisse et fournit avait peut-être perdu l’éclat de son adolescence, ses nouvelles conditions de vie – bien moins luxueuses – n’aidant pas à les soigner. Et, était-il nécessaire d’ajouter que leur aspect était la dernière de ses préoccupations pendant les campagnes ? « Tu as maigri depuis la dernière fois ». Elizabeth lui adressa un regard éreinté, tant cette réflexion lui semblait à des lieues de la réalité. Sa mère n’avait toujours pas compris quelle était la teneur de son quotidien. « Ne me jaugez pas comme si vous alliez me marier demain, mère. Ce temps là n’est plus, depuis une éternité ». Sa génitrice garda le silence. Elizabeth se permettait ce ton désinvolte à l’égard de cette mère car elle n’était qu’absence et façade. Aucun cœur ne battait dans sa poitrine. Il était aussi desséché qu’un ruisseau frappé par la sécheresse.

L’épouse de Norvah observa les gestes de sa fille. Ils étaient plus abrupts que lorsqu’elle était enfant. Elle avait adopté une posture similaire à celle de son époux, marquée par les arts militaires. Elizabeth, quant à elle, toisait cette étrangère, imaginant son expression si ses prunelles apercevaient l’état de son corps, sous cette protection d’acier. Son épiderme témoignait de la rudesse de la chevalerie. Plusieurs cicatrices parcouraient, ci et là, son enveloppe charnelle. Certains sceaux hérités sur les champs de bataille étaient d’une laideur incroyable, tant le processus naturel de convalescence n’en faisait qu’à sa tête. Ces nouveaux téguments étaient plus clairs que sa peau originelle. Tant que, par moment, elle avait la terrible sensation d’être une mosaïque alkhabiroise ratée. « Le Temple t’aurait laissé ta beauté. Les impies t’ont pris des parcelles de cette dernière ». Le temps, aussi, certainement. La lassitude également. Pourtant, Elizabeth, si elle n’était pas la plus grande des beautés de ces contrées, dégageait un charme indéniable. Ses yeux tempétueux et pénétrants, ce nez légèrement retroussé, son sourire sincère et cette expression douce qui jaillissait de ses traits apportaient un quelque chose agréable et plaisant, capable de séduire un homme. Malgré les ténèbres qui s’étaient à maintes reprises déployées sous ses mires, la jeune de Norvah conservait encore ses traits juvéniles.

Elizabeth laissa son cheval à la robe aussi noire que sa chevelure à un écuyer avant de passer à côté de sa mère, sans lui accorder la moindre attention. Elle pénétra dans le château de Riveblanche et s’éloigna le plus loin possible de cette femme éteinte, agacée par des retrouvailles aussi pénibles.



Caractère


« Un Chevalier d’Alvar ? ». La voix était teintée par un léger mépris, presque imperceptible, sauf pour elle. Elle, qui avait l’habitude de desceller la pensée véritable de son géniteur par l’intonation de l’expression de ses cordes vocales. Mais, elle discerna également ce soupçon d’étonnement. Quel ne fut pas son plaisir. Du haut de ses vingt années, elle avait réussi à immiscer la surprise dans le timbre de son paternel, l’incarnation de l’impassibilité. Un sourire satisfait se nicha à la commissure de ses lèvres. Son esprit rebelle vivait sa première victoire. Sa première gloire. Elle avait la douce sensation de reprendre une part de sa vie.

Son père, conseiller du Roi de Kaerdum, ne regardait pas sa progéniture dans les yeux. Il rata la satisfaction de cette dernière, lui évitant ainsi une remontrance de plus. Il fixait un point précis sans le voir pour autant, tant les pensées traversaient son esprit sans lui offrir une once de répit. Chevalier d’Alvar. Cette enfant. Son enfant. Elle qu’il avait donné en offrande à Son Seigneur, pour l’acte qu’il avait commis, des années plus tôt. Elle qu’il avait toujours considéré comme un être docile, une enfant aux rêves prévisibles. Elle qui, il y a peu encore, se voyait princesse, mariée à un homme charmant et mère d’une ribambelle de marmots. Chevalier d’Alvar. Etait-elle sérieuse, l’espace d’un instant ou avait-elle décidé de faire de lui une victime de ses plaisanteries qu’il trouvait puériles mais que nombreux appréciaient ? Cet humour qu’il ne comprenait pas mais dont tant s’en délectaient ? Ses mires sévères se posèrent sur Elizabeth. Il toisa, cherchant le vrai du faux dans ses paroles. Avec les années, il devait l’avouer, la demoiselle devenait de plus difficile à cerner. Elle semblait avoir volé ses dons de camouflage, adoptant sans difficulté des traits illisibles à autrui. Mais là, dans son regard, brillaient des flammes d’une volonté nouvelle. Pour la première fois, il lisait dans ces mires océanes les ravages de la hargne. De la volonté.
De la détermination farouche et déplacée.

« Oui, père. Je veux rejoindre l’armée d’Alvar ». Elle appuya sur chacun de ces mots, prenant soin de les enfoncer dans l’esprit de son père, comme une dague pénètre le cœur d’un homme. Elle voulait qu’ils résonnent telle une sentence. Qu’il les assimile, les imprègne. Elle désirait les marquer au fer rouge sur la peau de l’homme insensible qu’elle concevait. Elizabeth sentait en elle brûler un feu nouveau. L’affirmation de soi, qui ne la quitterait plus, désormais. Fini le temps des rêveries et de la faiblesse. Elle serait plus forte que n’importe quel homme. Même plus encore. La passivité ne coulait pas dans ses veines. Elle désirait être dans l’action, se battre pour son dieu au lieu de prier à longueur de journée. Alvar pouvait se nourrir des prêches et des discours de ses dévoués mais il avait surtout besoin de personnes capables d’écrire ses volontés dans la chair des impies. Elle, était dans la nécessité de fuir une existence qu’elle ne vivrait pas, dans des Temples silencieux et austères. Elle, voulait fuir un avenir tout tracé par la plume acérée d’un père égoïste.

La vibration de ses cordes vocales était nouvelle. Elle semblait possédée par une ardeur qu’il n’avait jamais imaginée. Ses yeux respiraient l’ambition, comme persuadés que son destin ne pouvait être différent. Il ne la quittait plus des yeux, évaluant à chaque seconde sa progéniture. Son ainée. « Ta vie est dévouée à Alvar, Elizabeth. Ta place est dans un Temple, nulle part ailleurs. Ce caprice te passera ». Pourtant, il sentait au plus profond de son être qu’il ne s’agissait pas là d’une révolte puérile et enfantine. Il pouvait entrevoir la force d’une révolution naissante et incessante. Sa fille était tel un torrent ou un fleuve en crue. Implacable. Franche. Résolue à atteindre ses volitions. « Ma vie est dévouée à Alvar, Père. Ma place est au sein de son Armée, nulle part ailleurs ». La désinvolture se faufilait dans ses veines, poussée par son caractère foudroyant. Sa fille était un être étrange. Comme lui. Il avait toujours été persuadé qu’elle était comme sa mère. Une femme, rien de plus. Il n’avait, à aucun instant, cru que cette enveloppe charnelle et cet esprit juvénile, seraient frappés par l’ambition. Elizabeth était une fille généreuse et bercée par une grande bonté. Joviale, un sourire trônait toujours sur son visage, sauf lorsque ses mires bleues se posaient sur lui. Jamais elle ne lui avait offert de sourire depuis qu’il avait ébranlé son destin, à ses six ans. Rancunière, elle avait fait de lui le maître de ses maux. Et ce jour était sa revanche. Sa vengeance.

« Je n’ai pas peur de la mort. Ma vie n’est faite que pour accomplir les volontés de notre Seigneur et pour protéger ses Fidèles ». Et pour être vécue, enveloppée par l’indépendance qu’elle chérissait. « Je vous connais, père. Je sais que conter l’histoire de votre enfant morte pour Alvar vous rendra plus fier que relater ma vie de Sermonnaire. Vous êtes un homme excédé par la passivité. Un homme de combat. Laissez-moi remplir la mission qui m’incombe. Je ne vous décevrai pas ». Le ton était ferme, saupoudré d’une pointe d’autorité allégrement dissimulée. Elle savait comment s’adresser à son père pour ne pas tomber dans l’oubli. Les demandes, les sollicitations, les suppliques, tout cela l’excédait et finissait par tomber dans le néant de ses pensées. Il les balayait d’un regard, sans prendre le temps de s’y attarder. Non, Elizabeth savait commencer s’adresser à cet homme. Rester droit, audacieux et sûr de soi. Ne pas lui laisser la possibilité de s’extirper. Ne pas lui offrir de choix. S’imposer. Bien que tempétueuse, elle n’en restait pas moins réfléchie. Ses agissements n’étaient pas exécutés pour brasser du vent. Elle ne perdait jamais son temps par multiples fioritures.

Pour la première fois, il vit en cette enfant les traces de son passé. Cette rage qui sommeillait dans ses entrailles le renvoyait à ses frasques et à lui-même. Finalement, cette enfant n’était pas la reproduction de sa mère. Elle n’était pas cet être chétif et docile. Elle était plus proche de lui. Elle portait dans son cœur la frénésie qui l’animait. Il aurait pu la qualifier de manipulatrice mais préféra lui accorder un don de persuasion et de fortes convictions. Elle courrait après sa propre liberté tout en croyant fermement à ses dires. Elizabeth n’était pas fourbe comme son jeune frère, qui voulait faire croire pour obtenir. Elle croyait sincèrement, et cette foi en ses convictions la menait à la conquête de ses souhaits. « Ton entraînement commencera dès demain. Je te donne une année pour atteindre le niveau nécessaire permettant de rejoindre les rangs de l’armée d’Alvar ».

Sa revanche.
Sa révolution.



Inventaire


- Une armure faite sur-mesure pour correspondre parfaitement aux courbes féminines qu’elle possède. L’acier utilisé est d’une grande noblesse et sa valeur est presque inestimable. Elle détient cette merveille depuis plusieurs années désormais, et plusieurs éclats parsèment son entièreté. Mais elle est en très bon état, dépourvue de traces d’oxydation.
- Dévote, sa longue épée. Elle l’a ainsi nommée car cette dernière appartient à Alvar et exécute ses volontés. Avec le temps et les déceptions, elle s’amuse à considérer sa lame plus pieuse qu’elle-même.
- Un bouclier.
- Gerles, sa monture à la robe noire et au caractère parfois difficile. Têtu, il est pourtant un compagnon qui la suit depuis plus longtemps que certains de ces Frères de l’armée.
- Une richesse certaine, si son frère de sang ne dilapide pas tout lorsque la faux prendra le cœur de leurs géniteurs. Elle n’a de toute façon aucune prétention sur ces sommes, se satisfaisant d’une vie simple.
- Divers vêtements, tant féminins que masculins, pour les jours sans combats.

Du fait de son quotidien, au sein de la Sainte Armée, Elizabeth ne s’encombre pas d’objets inutiles.



Histoire


Premier jour d’Ansbar, an 87, ère des Rois.
Sud du Royaume d’Heisenk, aux abords d’un village alsdern, tenu par un Jarl insurgé,
Campagne de Cleverek.

« J’ai froid.
Je sais, mais restez éveillé. Pensez à la chaleur des pavés de Raiendal, lorsque l’été nous fait suffoquer.
Oh, pitié, je ne veux pas que mes dernières pensées soient pour cette puante capitale.
Ne dites pas de sottises. Ce ne sont pas vos derniers songes. »
Un silence gênant s’immisça entre les deux Valduris. Tous deux savaient que la mort rodait, oppressante, à mesure que les secondes se muaient en poussière, qu’il était impossible de garder dans le creux de leurs paumes.
Un silence lourd de sens, qui résumait la campagne de façon implacable. Non, il n’y avait pas de mots pour matérialiser l’horreur. Aucune parole ne pouvait véritablement rendre compte.
« Nous pouvons prier.
J’ai suffisamment prié. Je ne veux pas passer les dernières heures de ma vie à murmurer des louanges à Alvar. »
La jeune femme n’en avait pas envie non plus. Pas à cet instant, alors que son camarade s’approchait dangereusement du trépas. Elle aurait pu se noyer dans de multiples prières, dresser un mur entre elle et la terrible réalité. Elle aurait pu étendre un voile sur sa conscience pour cacher à ses yeux souillés par la vue du sang, une autre peine. Elle aurait pu. Elle n’en fit rien.
La jeune femme replaça la couverture vieillie sur le corps de ce dernier et en profita pour jeter un coup d’œil furtif à la plaie qui avait creusé sa jambe. Le saignement semblait s’être arrêté grâce aux premiers soins qu’elle et un autre soldat lui avaient prodigués. Mais cela ne serait pas suffisant. Il avait perdu trop de sang, et l’absence de chaleur et de nourriture l’empêchait de pouvoir reprendre des forces. L’état de la blessure ne présageait aucun espoir. Aussi profonde que les océans, aussi luisante que le fer submergé par des flammes dévastatrices et affamées.
« Votre regard en dit long, même si vous n’avez point cillé.
Elle resta murée dans le silence tandis qu’elle s’adossait de nouveau contre la roche froide. Ses mires possédées par la fatigue se laissèrent prendre par le spectacle de la nuit, et par la beauté céleste de l’étendue d’encre qui surplombait ces terres marquées par l’horreur. Les étoiles brillaient de cette intense manière, comme du cristal caressé par les lueurs du soleil. L’astre lunaire avait, cette nuit là, l’aspect d’un sourire franc. Enfin elle apercevait un éclat de joie dans les ténèbres.
Je réalise que je ne vous connais pas.
Vous me connaissez depuis bien longtemps, Théodel.
Je connais votre présent, quelques bribes de notre passé commun. Mais, bien trop peu pour dire que je vous connais.
N’est-ce pas l’essentiel ?
Voyons, Elizabeth. J’aimerais en savoir plus. Pouvez-vous raconter votre histoire à un homme qui l’emportera durant son voyage vers la mort et vers le Royaume d’Alvar ?
Vous n’allez pas succomber.
Vous savez bien que si. »

Leurs regards se croisèrent dans cette nuit claire. Les cieux étaient dépourvus de nuages, laissant aux étoiles et à la lune la possibilité de caresser ces contrés du nord de leur froideur. Théodel était affreusement blême et la jeune femme avait conscience que ce teint n’était pas provoqué par la lueur pâle de l’astre lunaire. Elle baissa son visage, abattue par ces mois de campagne où les morts étaient plus nombreux que les vivants. La fatigue rongeait son âme, elle qui détenait pourtant un tempérament de feu. La faim grignotait son mental pourtant aussi solide que le fer. Et le froid achevait allègrement ses pensées positives, la plongeant dans un océan glacial et sombre. Théodel eut un sourire. Il était serein. On pouvait lire sur ses traits blafards une once de soulagement. Le trépas était pour lui une libération et le Royaume d’Alvar lui semblait être de meilleurs augures qu’une journée supplémentaire dans ce Nord maussade et triste. Il attendait son dernier souffle comme l’on attend un repas.

« Parlez-moi du début de votre vie, cela m’éloignera de la fin de la mienne ». Un soupir caressa les lèvres froides et gercées de l’interpellée. Elle n’aimait pas se dévoiler. Son passé, ses souvenirs et ses pensées étaient sa propriété. Moins elle en disait, plus forte et intouchable elle était. Il s’agissait là de la première leçon de son père. Son premier apprentissage. Et ce conseil était depuis lors gravé dans sa mémoire et dans son âme. Mais pouvait-elle refuser d’accomplir les dernières volontés d’un mourant ? « J’ai grandi au château de Riveblanche.
J’ai entendu dire qu’il est magnifique.
C’est le cas. Une rare beauté. La pierre est immaculée, l’architecture, subtile.
Et votre famille ?
Mon père est un homme charismatique. Ma mère, une femme éteinte. Mon frère, un ambitieux.
Aucune mention de sa jeune sœur décédée alors qu’elle n’était qu’une enfant. Aucune mention de choses trop personnelles. Toutes ces perles d’intimité, qu’elles soient d’une chaleureuse beauté ou d’une sombre tristesse, elle les conservait dans l’antre de son myocarde.
Et vous ?
Un chevalier d’Alvar.
Une fois encore, leurs regards se mêlèrent. Cette réponse n’en était pas une, du moins, elle n’était pas celle qu’il attendait. Mais la fatigue ne lui donnait pas la force de tenir tête à celle qui était sa camarade depuis plusieurs années. Sa voix faiblissait à mesure que le temps s’écoulait, implacable. Elizabeth, gênée par son propre manque de coopération, fixa ses mains tremblantes et gelées. Incapable de satisfaire les dernières volontés d’un homme.
D’un camarade.
Un frère.
Le silence s’imposa en maître, une fois de plus. Elle ne savait que dire, que raconter. Elle avait toujours considérée son existence comme futile et banale. A quoi bon importuner un mourant avec des histoires aussi peu chevaleresques ?
Votre famille est connue de tous. En bien, évidemment. »
Elle tenta d’étouffer un éclat de rire, sachant pertinemment que maintes rumeurs enveloppaient l’histoire de sa famille. La réputation des de Norvah était excellente dans le Royaume de Kaerdum, pour la simple et bonne raison qu’elle était une des plus anciennes et plus riches familles de ces contrés. La proximité avec la famille royale accentuait la célébrité de cette vieille maison aux lourdes traditions. Les de Norvah étaient et resteraient un des appuis infaillibles de la dynastie. Et le père d’Elizabeth faisait tout ce qu’il pouvait pour faire perdurer cette coutume. Cependant, des murmures s’infiltraient dans les hautes sphères de la noblesse sur cette famille mystérieuse. Elizabeth avait entendu des on-dit plus farfelus les uns que les autres. Elle avait pris l’habitude de les ignorer, d’en rire et s’amusait parfois à les entretenir par des esclandres encore plus folles.  

« Je me suis toujours demandé pourquoi une femme telle que vous, de si haute lignée, se battait au sein de l’armée d’Alvar. Votre cœur doit être si pur pour qu’Alvar lui-même dévie votre destin et qu’il vous somme d’accomplir la sainte Mission ».
Le sourire qui berçait ses lèvres jusqu’alors perdit de sa splendeur avant de disparaître définitivement. Elle laissa le silence la grignoter, quelques instants, à la recherche d’une échappatoire. Ses mires océanes se posèrent sur le troisième soldat qui dormait, à même le sol, sur la terre froide et les pierres glacées. Ses vocalises nocturnes lui certifiaient que le sommeil était profond et qu’il ne pouvait entendre ce qui se disait dans le monde des vivants, dans l’antre des éveillés. « Aussi étonnant que cela puisse paraître, je suis à vos côtés par choix ». Le ton confiant, le regard impassible, elle laissa ses prunelles toiser le mourant. Théodel la regardait avec une insistance nouvelle et une intensité peu commune. Il cherchait. Dans ses yeux bleus, dans la commissure de ses lèvres, dans ses doigts froids. Il cherchait. Un signe, une réponse, un geste traitre. Sans pouvoir l’expliquer, il devinait que les dires de sa coéquipière manquaient d’un soupçon de vérité.
« Les nobles n’ont que peu de choix.
Peu ne signifie pas absence de choix.
Ha ! J’ai toujours aimé votre tendance à jouer sur le sens des mots. Vous esquivez.
Elle ne répondit rien. A quoi bon.
Vous y verrez certainement un affront, une provocation et un manque de respect mais, je dois vous avouer que cela ne m’importe peu, au vu de la situation. Après tout, je vais mourir.
Vous n’all…
Vous savez que votre destin n’aurait jamais dû vous mener dans cette campagne. S’il n’avait pas été détourné par votre famille ou Alvar lui-même, vous seriez, à cet instant précis, en train de border vos enfants avant de rejoindre la couche de votre noble époux.
Elle aurait pu se sentir offenser. Or, cette élocution n’était que la matérialisation d’une vérité implacable. Fille d’une noble et ancienne famille, elle avait toujours évolué dans le respect que l’on vouait à son blason. Les six premières années de son existence étaient dignes de ces contes de fées que sa nourrisse lui lisait, avant qu’Alvar ne la guide dans les cieux des rêves et dans les nuages du sommeil. Elle affrontait le monde avec la facilité des princesses, grandissait dans un rare luxe. Sa mère la chérissait, comme un trésor. Son père, pour sa part, était une figure absente. Elle voyait plus souvent les traits de son père étirés sur une toile que de ses propres yeux.

A un si jeune âge, son entourage avait déjà veillé à lui donner envie de procréer, d’avoir une famille et un bon parti en guise d’époux. On lui avait offert des rêves édulcorés. Bien loin de la réalité. Et son innocence, sa naïveté infantile avaient pris soin d’éloigner la cruelle vérité, la rendant aveugle à cette évidence, qui se déroulait pourtant sous ses yeux. Ses parents.
Ses aspirations ingénues périrent l’année de ses six printemps, lorsque sa jeune sœur quitta le monde des vivants pour rejoindre la bonté du Seigneur. Elle vit les larmes de sa génitrice souiller son visage et le réduire à la constante tristesse. Elle s’éteignit le jour du décès d’Adélaïde. Elizabeth perdait alors sa cadette et sa mère, le même jour. Les traits de son père se durcirent plus encore. Et son destin de princesse, promise à un futur roi ou duc, fut aspiré par le néant.
Ces sombres événements transformèrent profondément sa destinée. Et les Ordres furent son nouveau quotidien. On lui arracha ses rêves de châteaux fastueux, de mari aimant et d’enfants détalant dans des jardins ensoleillés. Toutes ces images exagérées s’évanouirent dans les méandres de son esprit. L’austérité des temples, leur simplicité et la prière étaient son avenir. Seule la blancheur de la pierre du temple dans lequel elle reçut maints enseignements avait un lien avec son agréable passé. Connaissant ses origines et subissant les exigences du patriarche de Norvah, les assesseurs, hiérophantes et sermonnaires prirent soin de prodiguer à cette noble enfant un enseignement solide. Langues, histoire, géographie, sciences et religion furent son quotidien. Or, les études et la lecture n’assouvissait pas un besoin encore innommé. Assidue, par obligation. Mais sa fougue n’était pas canalisée par l’étude du monde. Elle préférait être dehors à découvrir le monde par ses propres prunelles que par le biais d’ouvrages poussiéreux.  

Mais le deuil de son ancienne vie était inatteignable. Elle vivait les exigences de son paternel comme la pire des injustices. Pourquoi ôter à une fille de sang noble son rôle naturel ? Son père ne lui donna aucune raison et elle n’osa jamais les quémander.
« Alvar en a décidé autrement. Il a jugé que mon existence n’était pas vouée à la maternité et à la vie de château, mais bien à le défendre. Et je ne puis remettre son jugement en cause.
Ou l’envie de vous le permettre vous fait défaut.
Effectivement. J’aime cette vie. Elle m’apporte plus que la vie d’épouse.
Silence. Encore un. Ils semblaient se compter par millier. Mais celui-ci n’était pas désagréable. Théodel, dans sa souffrance constante, observait cette femme pourvue d’un caractère peu commun. Il aurait pu émettre une opposition, et juger qu’une femme ne peut que s’accomplir dans des devoirs conjugaux et maternels. Mais il savait, pour l’avoir vécu, que la Sainte Mission donnait bien plus que tout le reste des possibilités offertes par ces contrées. Ils vouaient leur vie à une entité qui les dépassait et se battaient pour l’honneur de leur Seigneur.
Lui en avez-vous voulu, à votre père, de vous avoir dédié à cette vie ?
Oui. Matérialiser cette affirmation avec ses cordes vocales était difficile. Elle était encore marquée au fer rouge par les exigences de sa noble famille. L’on doit toujours reconnaissance à son lignage et ne jamais le contester.
Or, elle avait contesté. Elle s’était rebellée.
Mon père voulait faire de moi une grande Sermonnaire. Je suis devenue Chevalier. J’ai obtenu ce que je voulais. Je n’ai donc aucun argument pour lui en vouloir.
Pour quelles raisons soumettre sa vie au risque de la perdre quand l’on peut vivre paisiblement dans un temple et le diriger ? Votre sang vous aurez permis d’accéder à ce statut sans la moindre difficulté. Vous le savez…
Pour ne pas trembler face à la menace. »
La détentrice de ces cheveux sombres et de ces prunelles claires avait prononcé cette sentence sans aucune hésitation, le plus naturellement au monde. Une évidence. Une vérité. Une conviction. Une certitude.
Son Frère observait ses mires et ses traits avec attention, sentant qu’il mettait le doigt sur un secret funèbre et dissimulé. Une entreprise malheureuse qu’elle gardait au plus profond de son être, égoïstement, honteusement.
L’été de sa quinzième année, Elizabeth eut le bonheur de voyager vers la capitale, avec son géniteur et son jeune frère. Elle avait déjà vu la beauté du château royal à de rares reprises et se délectait de pouvoir fouler les sols majestueux, d’errer devant les tapisseries magistrales représentant des scènes de victorieuses batailles. C’était avec bonheur qu’elle rejoignait la noblesse du Royaume et qu’elle raccommodait les fils de son passé. Peut-être ce voyage changerait la position de son père sur son avenir. Peut-être rencontrerait-elle son futur époux.
Il n’en fut rien. C’est l’incarnation du cauchemar qui l’enserra de la plus doucereuse des façons. La réalité la frappa au visage comme les doigts d’une nourrisse en colère.

Un couloir, sans vie. Ses pas résonnant sur le sol, tandis que le soleil caressait les arches. Curieuse et intenable, la jeune fille avait fuit le banquet, ne supportant plus ce mélange de vin et de gibier qui surplombait la grand salle. Elle voulait respirer, explorer et échapper au regard sévère du chef des de Norvah. Elizabeth se sentait libre.
Et puis, ce ne fut plus le cas.
La jeune noble sentit des doigts enserrer son poignet, dans une gestuelle sèche et sûre d’elle. Forcée de cesser son exploration, elle se retourna, interloquée, face au détenteur de cette main. Un jeune homme, au charme indéniable, se tenait devant elle. Des yeux verts émeraude, des traits fins et agréables, une chevelure cendrée et douce, des vêtements respirant la richesse. Un sourire et puis l’enfer.
Il l’attira dans un recoin. Elle suivit, naïvement, voyant en ce jeune premier un époux qu’elle n’aurait jamais. Et ces yeux doux se muèrent en des prunelles affamées et menaçantes. Il lui parla. Exigea. Intimida. Elizabeth, de sa petite stature, refusa mais resta inaudible pour un homme qui n’avait cure de l’avis d’une femme. Elle se débattit, tenta d’hurler avant que sa main ne recouvre ses lèvres.
Les larmes. La peur, terrible et grandissante. Paralysante. Pour autant, elle ne se résigna pas, alors que la paluche libre de son assaillant parcourait son corps et son intimité par-dessus le tissu. Unique protection qui ne l’empêchait pourtant pas de se briser à mesure que les secondes s’écoulait. Il essaya de glisser ses doigts sous les jupons, mais la tâche s’annonça plus complexe que ce qu’il avait présagé. Le visage de la jeune fille était possédé par la terreur. Elle avait beau remuer, le jeune homme parvenait à la retenir, la saisir et exerçait sur elle une force contre laquelle elle ne pouvait lutter efficacement. C’est lorsqu’il parvint à toucher sa cuisse qu’elle crut perdre son myocarde et la raison. Ses dents se refermèrent sur son emprise et, surpris, il ôta sa main de son visage. Elle n’eut aucune force pour appeler au secours mais lui cracha au visage, comme pour lui imposer une humiliation, aussi minime fut-elle. Il la gifla, l’insulta a foison et la laissa là, à son triste sort. A aucun moment la démarche de son agresseur ne semblait perturbée ou tâchée de culpabilité. Le jeune homme avait simplement voulu assouvir un désir qu’il ne pouvait contrôler. Quoi de plus normal. Il était homme. Elle était femme et de ce fait, à sa disposition.
Tremblante, elle s’était retrouvée à littéralement à genoux, saisit par de violents sanglots. Son honneur coulait sur ses joues. Son innocence périssait sur le sol.
Sa faiblesse devint alors sa pire ennemie.

« Elizabeth ?
L’interpellée fut arrachée à son plus terrible souvenir. Marquée au fer rouge, elle avait depuis ce jour rejeté les rêves futiles et l’envie de s’unir au sexe opposé. Théodel, qui semblait de plus en plus proche de sa fin, la contemplait avec un air inquiet. Elle lui adressa un regard emplit d’interrogation.
Je vous demandais comment vous aviez pu apprendre l’art de manier l’épée avec un père qui vous rêvait Sermonnaire.
Le culot.
Théodel plongea son regard dans celui de son interlocutrice. Des yeux qui transpiraient l’attente, silencieusement. Il en voulait toujours plus, comme un pauvre soumis à la famine depuis trop de saisons. Il était d’une curiosité insatiable alors qu’elle était avare en révélations. Mais, la noble ne pouvait refuser les dernières volontés de son Frère.
Le Temple blanc où j’ai suivi les enseignements était proche d’une caserne militaire où les jeunes font leur service. J’ai veillé à y aller quotidiennement à partir de ma quinzième année.
Comment avez-vous fait ?
Un sourire illumina ses traits blêmes et fatigués. Un sourire franc et teinté d’une fierté farouche. Ce souvenir, elle le chérissait. Il était sa révolution, son indépendance et sa prise de liberté. C’est grâce à cette décision, à ce coup de tête et à sa détermination infatigable qu’elle était chevalier, aujourd’hui. Il s’agissait ni plus ni moins de sa revanche. Sa revanche sur un destin tout tracé.
J’ai dû redoubler de patience. Les premières semaines, j’observais longuement les entrainements, dans un coin. Et puis j’ai demandé à essayer. On a longtemps refusé, j’étais une fille du Temple. Mais à force de persévérance, ils ont fini par céder. Mon premier essai fut une catastrophe, vous vous en doutez. Les soldats pensaient m’avoir donné une leçon mémorable et que l’humiliation me ferait courir jusqu’au Temple pour m’y cacher à jamais.
Sauf que vous êtes la personne la plus entêtée qu’Alvar ait pu créer sur ces contrées.
C’est un trait récurrent, chez les de Norvah. »
Il s’esclaffa, d’un rire sincère et communicatif mais douloureux. La jeune femme se laissa séduire et conserva le sourire sur ses lèvres. Un instant de chaleur dans cette froide éternité. La campagne sciait le moral et était une des missions les plus éprouvantes qu’il lui était donné de voir mais surtout de vivre.
Permettre à ses souvenirs de la submerger avait un côté agréable à ne pas négliger. Elle avait l’impression de sentir la chaleur de l’astre solaire estival de son duché. Elle revoyait ces journées interminables, passées sous un soleil de plomb, ou sous la pluie pénétrante jusqu’à ses os, à observer ces gamins s’entraîner à la lame de bois d’abord, puis à la lame émoussée.

« Mon entêtement a fini par me donner raison. Mon nom aussi. Tous les après-midi, pendant le temps libre qui m’était imparti, j’ai suivi l’entrainement des autres. Cinq ans plus tard, j’ai exigé de mon père de devenir Chevalier.
Il vous a donné bénédiction ?
A mon plus grand étonnement, et sans que je ne puisse l’expliquer : oui. Après cela, j’ai suivi un entrainement très exigeant avec le maître d’arme familial. »
Les souvenirs de ces longues heures envahirent son esprit. Elle soupçonnait son géniteur d’avoir rendu ces moments moralement difficile, pour la tester, pour lui faire regretter son choix et pour qu’elle court se réfugier au Temple blanc, là où il avait toujours souhaité la voir évoluer. Mais ce n’était sans compter sur son caractère et son besoin puissant d’être en mesure de se défendre. La jeune femme s’était montrée douée dans le maniement des armes, bien plus que dans les arts des érudits. L’action était son domaine. L’anticipation, la mouvance des membres l’étaient aussi. Le tintement des épées lui procuraient plus de sensations que les notes d’un clavecin.
Comment était-ce, ces premières années auprès de nos Frères et Sœurs ?
Ce serait mensonge de nier la difficulté. Il n’a pas été aisé de se faire une place mais j’ai obtenu de ce que je cherchais. »
La voix de son camarade avait été à peine audible et ses paupières se faisaient de plus en plus lourde, tout comme le poids de sa souffrance et de sa vie. Mais Elizabeth ne s’en rendit pas compte, trop occupée à chercher ses mots pour répondre à la question sans dévoiler ses sentiments ancrés au fond de son myocarde. Elle ne voulait pas avouer que les difficultés étaient en grande partie dues à sa condition féminine. Elle avait dû prouver, plus que n’importe quel homme, qu’elle méritait sa place au sein des rangs d’Alvar. Son adoubement fût la consécration de ses sacrifices et de son indépendance. Sa révolution s’était muée en triomphe. Elle était chevalier.

« Le reste de mon histoire, vous la connaissez, mon Frère. Cela fait presque dix années que nous remplissons la Sainte Mission, que nous aidons notre prochain, que nous luttons pour notre Seigneur. Tant d’années à vivre ces campagnes difficiles et à prêcher la Sainte Parole, cherchant à convaincre les impies de rejoindre les voies de la raison. Tant d’a… »
Tant d’années qu’Alvar prenait la vie de ses camarades, la laissant terriblement seule dans les ténèbres obscurs et glacials. Les mires délavées se posèrent sur le corps raidit qui n’était qu’à quelques pouces d’elle. Théodel avait encore les yeux ouverts, mais la lueur de l’existence s’était murée dans le silence et avait fuit vers d’autres contrées. Sa mâchoire semblait s’être décrochée, puisque les muscles de son corps n’étaient plus stimulés par sa volonté et par le sang. Il n’était plus qu’enveloppe charnelle. Un corps dépourvu d'âme. Des membres dénués de vie.
Quelques années auparavant, elle aurait laissé des larmes perler dans ses yeux avant qu'elles ne s’écoulent sur ses joues. Dans cette nuit claire, aucun sanglot ne prit possession de ses traits. Elle ne pleurait plus les morts. Cette campagne lui donnait surtout envie de pleurer les vivants. L’habitude face à la mort l’ébranlait sans pouvoir lutter contre elle. Car, au fil des mois, cette routine morbide s’était installée dans les rangs des armées de Kaerdum. Elizabeth resta là et las. Elle quitta le cadavre des yeux pour observer les étoiles, bercée par le crépitement des flammes et les ronflements de ce camarade endormi. La jeune femme ne prit pas la peine de clore les yeux de son ami, ni d’allonger le corps pour le recouvrir. La fatigue était d’une immensité implacable face à cette faux impitoyable.
Alvar était son dieu. Son dieu cruel. Cruel comme l’homme lui-même.


Ambitions & Desseins


Elizabeth souhaite répandre le Bien sur les contrées de Rëa et retrouver foi intacte en son dieu, Alvar. Celle-ci, durement éprouvée par la succession d'événements tragiques dans sa vie et par la vue incessante du cruor mêlé à la boue, se détériore, au gré du temps.



Divers


Reconnaissez-vous être âgé d'au moins 18 ans ? : Je crois, mais je suis pas sûre.
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Calim Al'Azran

◈ Mar 9 Aoû 2016 - 16:48

Et beh c'est la validation, oui oui.

Re-bienvenue ! Tu sais quoi faire sur ton profil, le journal, les demandes de RP tout ça... Voilà voilà !

<3 Paillettes sur toi <3