Azzura


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Zael Jaghar - Ombre de la Lune d'Argent

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◈ Missives : 1

◈ Âge du Personnage : 652 ans
◈ Alignement : Neutre Bon, fluctuant
◈ Race : Eleär
◈ Ethnie : Crépuscule
◈ Origine : Île des Mirages
◈ Localisation sur Rëa : Céalcis, Rhaemond
◈ Fiche personnage : Le moindre Mal

Héros
Zael Jaghar

◈ Sam 10 Fév 2018 - 19:21

◈ Prénom :  Zael
◈ Nom : Jhagar
◈ Sexe : Femme
◈ Âge :  652 ans
◈ Date de naissance : Seizième jour du mois d’Elyë an 476 de l’ère de la Paix
◈ Race : Eleär
◈ Ethnie : Crépuscule
◈ Origine : Seregon, Île des Mirages
◈ Alignement : Neutre Bon, torturé.
◈ Métier : Ombre de la Lune d’Argent


Magie


Aucune


Compétences, forces & faiblesses


> Arts de la noblesse & de la bourgeoisie
(Métier engagé : Ombre de la Lune d'Argent)
- Lecture & écriture (maître)
- Mathématique (comptabilité, arithmétique de base : maître)
= La longévité force au savoir. Aussi, ces deux bases sont parfaitement maîtrisées.
- Étiquette
= Île des Mirages, expert par naissance et par ancienne vocation. Les prêtresses de Matra sont aussi des outils politiques importants dans la noblesse. Elle possède également des talents pour s'adapter à n'importe quel royaume, de n'importe quelle ethnie, de manière plutôt avancée. Toutefois, à force de vieillesse et d'usages trop pratiqués, elle se trompe parfois dans les étiquettes, ce qui conduit parfois à de grands silences gênés.
- Politique (maître)
= L'âge et le recul, la longévité, donnent toutes les combinaisons pour maîtriser les hommes et en faire des pions d'échiquier. Son jeu n'est autre que le monde lui-même. De n'importe quel grouillot de petite noblesse aux plus grands, elle connaît chaque nom, chaque titre et chaque histoire... Lorsqu'elle s'en souvient dans un élan de lucidité. Elle n'a plus toute sa tête, vous savez.
- Équitation (novice)
= Maigre, immense et gauche, la faire monter sur un canasson revient à un fabuleux spectacle. Rire garanti.
- Diplomatie (maître)
= De l'étude du monde et des liens, conçus comme un réseau neuronal en son propre esprit, elle sait les leviers à actionner et les mots à planter.
- Subterfuge (chantage, mensonge, manipulation, etc : expert)
= Zael sait dissimuler plus qu'elle sait mentir. Elle use des mots avec aisance pour perdre un auditoire. Qui est-elle réellement ? Quels sont ses desseins ? D'aucun ne saurait comprendre une seule version de ce qu'elle avance. Là est son talent.
- Héraldique (maître)
= Connaître chaque maison, chaque roi et ses aïeux, ses successeurs, est un usage impératif. De loin, elle peut reconnaître n'importe quelle bannière et même, déceler le vrai d'un faux.

> Arts des Sages
- Histoire (maître)
= Plusieurs milliers d'années au cœur de cette vieille âme, et pas assez de mots pour évoquer tout ce qu'elle a déjà pu lire. Le monde est sa patrie. Un royaume n'est rien.

> Compétences libres
- Géographie (maître, monde)
= La géopolitique est l'autre pendant de son essence. Chaque roi a son royaume, chaque duc a son duché. Chaque ville est une case, chaque rivière un chemin. Pour comprendre l'articulation de Reä, chaque nom est à connaître, lorsqu'il n'est pas ravi par la sénilité.
- Linguistique
= Quelle langue n'existe pas en une si vieille créature ? Peut-être bien l'Alšrha, n'étant pas l'un des privilégiés du cercle des Érudits... C'est du moins ce qu'elle laisse penser.
- Éloquence (expert)
= Son degré de maîtrise des mots est compensé par l’écœurement voire la peur qu'elle inspire. Parfois, son apparence ne lui fait pas honneur et bien souvent, l'on tient à ne pas vouloir croire ou écouter quelqu'un de si laid.
- Intimidation (expert)
= Sans que cette intimidation crée la peur d'être battu lors d'un duel, sa silhouette inquiète : elle est le mauvais présage, le fantôme en gris qui hante les couloirs. Ses marques sur le visage, autant de craintes au fond de l'âme. Qui n'a pas peur des spectres ?

Dans ce bureau presque vide aux murs glacés, un regard pâle et pourtant profond se posait. Tout y était soigneusement disposé. Aucune décoration ne venait entacher ce lieu de méditation, de pure concentration où tant de documents venaient se perdre devant ses yeux accusateurs, gouffre abyssal d’une connaissance presque sans limites à propos de la politique, de l’histoire et du sacrifice... Où tant de livres et de savoirs venaient transmettre leurs presciences... Le sacro saint du secret. Des organisations politiques, des contributions militaires, des mystères enfouis.

Rien n’échappait aux corneilles. Rien n’échappait à Zael.

De son esprit affûté, de ses connaissances centenaires et de sa gestion implacable, l’être frêle de corps et pourtant si fort d’âme prenait ici-même des décisions qui remodelaient la face du monde, comme autant d’autres avant elle... Usant de tous les langages Eleär, de l’Eressae, du Nain ou du Kaerd qu’elle connaissait, elle se frayait un chemin, sinueux, vers chacun...
Pourtant, la créature était lasse. Usée par une trop longue vie. De trop grands sacrifices. La douleur pour Bien. Le Bien par la douleur.

Le moindre Mal.

Fustigée par le poids des émotions, la maîtrise était plus difficile. Les choix de plus en plus douloureux. Néanmoins, condamné à être celui qui guiderait dans l’ombre les plus grands, l’individu cacochyme se laissait guider dans l’éternelle abnégation. Dans l’abandon. Dans son propre sacrifice comme celui des autres au profit du Bien Commun.

La plume en guise d’épée, le savoir en guise d’armée.

Quelqu’un frappa à la porte, qui s’ouvrit sous l’acte d’un valet....
L’invité tant attendu venait de rentrer.


Physique


Avaient-ce été ces doigts longs et fins, cette hauteur vertigineuse qui avaient troublé celui qui se tenait en face ? Ses longs cheveux d’ébène, cascade d’onyx sur une peau laiteuse, pâle, à peine esquissée de gris, lunaire...

Avait-ce été son regard profond, insoumis et brutal qui lui avait fait perdre la langue ou toute envie de faire éclore ses paroles ?
Les brumes de l’Île des Mirages ont recelé des beautés bien plus outrageuses et extravagantes et les traits encore présents dénotaient de cette magnificence elfique… et pourtant. Ancienne. Délavée. Froissée… Brisée.

Rongée par la vie, par une trop longue existence, les mains arachnéennes et lacérées, veinées de bleu tranché, se refermaient sur l’épaule de l’homme. De son oeil pâle, l’Eleär dévisageait l’homme qui lui faisait face. L’autre, blanc, témoignait d’une cécité centenaire, ancrée sous la cicatrice première fendant son visage.

Puis toutes les autres… Celles qui creusaient sa joue autant que les sillons d’un canyon, celle sur son front, puis celle qui lui barrait le cou...

L’Elfe le toisait, faisait plus de deux têtes sa taille. L’homme était parcouru de tressaillements convulsifs alors que la créature approchait de son oreille et lançait d’une voix calme, douce. Intemporelle.

« Méfie-toi des apparences. »

Il bredouilla, pour ne finalement rien dire. Il ne voulait pas céder à la révulsion que sa présence lui conférait. Il ne désirait pas faire outrage à la personne qu’il ne s’attendait jamais à rencontrer, encore moins à cette apparence déchirée.
Avait-ce été une farce ?
Son corps avait pu être jadis velouté mais, maintenant, les traces du temps et d’une vie toute particulière l’avaient marqué comme autant de lames aiguisées. Sa maigreur semblait maladive. La chemise de lin et le pantalon, tous deux d’un anthracite soutenu, semblaient flotter autour du néant. Comme s’ils n’étaient là que pour vêtir le vide d’un corps inexistant. Et cette taille, immense… Devait-il faire près de sept pieds ? Peut-être moins. À peine moins...
Les poignets lacérés de marques depuis bien longtemps cicatrisées offrirent, d’un mouvement pourtant empreint d’une grande grâce et maîtrisée, son hôte à s’asseoir à sa table. Il ne pouvait pourtant détacher ses prunelles des lacérations béantes et rosées sur son visage, tranchant de vie de cet être monotone, aussi livide et gris qu’un cadavre, de son sourire énigmatique et de son regard qui semblait aussi froid que les pierres des monolithes de Lavern et d’Elra. Aussi vide que le désert des Mohars.

Mort.

Puis cette forme étrange fut prise de spasmes, se retrouva convulsée, tête baissée alors qu’elle s’était enfin assise…

Un fou-rire innommable vint déchirer ses entrailles, vint éclairer de vie ce corps, un rire plein, d’une voix plus claire et cristalline que l’eau de roche jaillissant des sources des Terres Bleues. Une larme coula, un pouffement tandis que ses manicles décharnées se posaient sur le bureau en bois simple, sans ouvrage. A l’image de l’austère de cette pièce entière et de ce corps émacié.


Caractère


« Qui êtes-vous ?... »

L’homme venait à peine de proférer ces maigres paroles, dignement sorties de son plus grand courage. Jamais il n’avait vu être plus dévasté et pourtant, ce rire… Le tourment l’avait envahi, pour à peine décliner. Il était perplexe, perdu. Son supérieur l’avait mandé à rencontrer une certaine personne. Mais qui ? Pourquoi ? La Lune d’Argent offrait parfois certains mystères et jamais ne révélait ce qui, sous une couche d’acier et du fil de l’esprit, semblait s’y noyer.

Le rire, doucement se tut. D’un geste tranquille, d’un sourire moqueur, la perle d’eau fut ôtée.
Puis l’expression de son hôte se fit grave, abrupte, aussi neutre que lorsqu’il était arrivé dans cette étrange pièce dénuée de toute décoration. Seuls traînaient là quelques parchemins posés en pile ordonnée. La bibliothèque était fournie de livres classés par auteur et par ordre alphabétique. La plume était soigneusement posée sur son support. L’encrier bien fermé.
Rien ne semblait désordonné.

Les doigts fins se croisèrent. Le dos se posa nonchalamment sur le dossier du siège, simplement rembourré pour supporter le poids d’un physique fragile, mais dénué d’ostentation…

« Je suis l’un de vos supérieurs hiérarchiques, jeune créature. »

Son supérieur, lequel ? Ce double jeu entre éclat scintillant et froideur, quel était-il ? A quoi cette créature jouait-elle ? Était-elle homme ? Était-elle femme ? Ni dans le timbre de sa voix, sur son visage ou sur son corps cette information n’était marquée. Seules les oreilles, la couleur, témoignaient de son ascendance. Il était comme scié. Pour celui qui savait décrire avec précision la vie d’un homme par son accoutrement, les traits de son visage, ses chausses ou l’usure de ses mains, l’être ici devenait un mystère certain...

Un délicat sourire, éphémère, vint entacher ce sérieux que Zael se forçait à adopter. Elle avait vu qu’il observait en détail son organisation, la simplicité de ce dans quoi elle vivait. Après tout, cet homme était un espion, et pas des moindres.

« Vous me flattez de votre présence, mais je pense, cher ami, que vous serez bien plus encore troublé d’apprendre que je suis votre Ombre. Celle qui se glisse dans votre dos à chacune de vos missions, depuis des années. Qui parfois vous suit en silence grâce aux murmures de ses corneilles… Ai-je bien résumé ? »

L’homme resta béa. Les lèvres entrouvertes, il s’était doucement levé, pantelant, pour saluer le plus bas qu’il le pouvait. Elle l’imita en se levant tout aussi lentement, les gestes posés, et ne se redressa pas tant qu’il ne daigna pas reprendre une position plus commode. Cette mansuétude, cette simplicité, le gêna. Habitué à vivre dans la mondanité sous diverses apparences et identités, il n’avait jamais croisé personnage si important qui se soit incliné devant lui… C’était anormal pour ce monde.

« C’est à moi, de vous saluer. Vous autres, braves soldats de l’ombre, vous risquez votre vie chaque jour pour les valeurs de l’Ordre. Mes valeurs. Celles que mes prédécesseurs ont mis en exergue pour lutter contre l’oppression et la cruauté. et je dois vous avouer vous valoir une fière chandelle mon jeune ami. Considérez notre rencontre comme un moindre remerciement. Vous avez su protéger ma pupille, mon fils de cœur, de Rhaemond jusqu’à ce qu’il puisse se prendre en charge en abandonnant vos terres natales pour l’Ordanie. Des années d’attention muette, invisible, jamais décelée par lui-même ou par ses proches et pourtant, ô combien efficace. Vous êtes, cher homme, l’un de mes favoris et de ceux que je jure de récompenser. Et saisissez donc ce que l’on vous offre. S’il vous plaît. »

Le souffle court, difficile, l’homme inspira et osa demander d’une voix chevrotante.

« Messire, c’est… Beaucoup d’honneur mais j’ai simplement juré de servir notre cause. Je souhaiterais simplement continuer à vivre comme je le fais. Mais je ne manquerai pas de vous demander une retraite, le jour où mon corps refusera tous ces voyages, toutes ces luttes.
- Accordé. Mais c’est madame… S’il vous plaît… »

Devant la réaction de cet homme, entre choc et émoi, Zael tressaillit… De nombreuses fois, elle s’était faite sermonner par le Haut Conseil pour ses sarcasmes noirs, ou tout aussi bien ses fous-rires incontrôlables et tentait de se maîtriser pour avoir l’air le plus sérieux possible. Pourtant, les yeux presque exorbités de son agent, ses bredouillements incompréhensibles d’excuses eurent raison d’elle et de sa stature régalienne, de son regard sévère.

Elle n’y tint plus.

Au-dehors, les membres du conseil qui en saisissaient l’éclat bruyant, transcendant au travers de ces murs épais et de cette porte immense, se regardaient et soupiraient en haussant les épaules. Après tout, pouvait-on refuser à un vieillard mélancolique de rire avant son proche trépas ?


Inventaire


Lorsque l’homme avait disparu, au détour d’un corridor, l’Ombre se glissa hors de son antre et se dirigea vers ses appartements personnels. Dénuée de tout besoin matériel car, ayant acquis au prix d’une trop longue vie la vertu spirituelle, son mobilier tout autant que ses possessions se résumaient à des biens simples, d’utilité. Ouvrant une armoire sans décors dans cette unique pièce où trônait aussi un petit lit, elle laissa glisser ses phalanges sur les quelques vêtements, tous sombres et aucunement travaillés. De simples morceaux de tissu aux pièces simplement cousues entre elles, à l’image des humbles de ce monde. Elle sortit enfin des gants, une cape chaude de laine, elle grelottait.
Se posant enfin sur une chaise basse, près d’une table qui supportait généralement ses tasses de thé parfumé d’Ysino, elle attrapa le livre qu’elle lisait alors. Si sa bibliothèque était digne des plus grands, c’était peut-être le seul luxe qu’elle osait s’offrir, préférant alors aiguiser son esprit comme autant de lames que ses agents polissaient.
Aucun bijou, aucune autre frivolité ne venait habiller les mains qui feuilletaient habilement ces pages, ni son cou, ni ses cheveux aussi sombres qu’une nuit sans lune, aussi lisses qu’une étoffe de soie noire...

Zael était juste un être simple. D’une rare humilité.


Histoire


Lorsqu’elle fut lassée de lire ce conte, elle en vint enfin s’élever, gracieusement, et à ranger délicatement l’ouvrage presque aussi ancien qu’elle et dont jamais la peau ne venait effleurer les fragiles vélins. Un soupir, son oeil se porta au-dehors, admirant la vue qu’elle avait alors de la capitale de ce royaume Vreën dans lequel elle devait vivre, désormais et depuis tant d’années.

Quelqu’un toqua à la porte. Il s’agissait du Maître du Conseil de la Lune d’Argent.

« Tu devrais manger...
- Vous me sermonnez tous depuis bien des années et pourtant la faim me manque. Laissez-moi donc vivre comme je l’entends. Tous les jours, les mêmes discours s’offrent à moi.
- Je ne te laisserai pas mourir de faim, Zael… »

Le ton était sec, alors, l’Eleär soupira en levant les yeux au ciel.

« J’ai encore peut-être une cinquantaine d’années devant moi et je comprends ce qu’est à l’âme humaine de jalouser de si précieuses décennies, mais j’ai fait mon temps. Voici au moins près de cent ans que mon corps est dans cet état. S’il avait dû lâcher à cause du peu de nourriture que j’avale je serais déjà une étoile parmi les ancêtres. Matra saura un jour me recueillir, mais laissez-moi vivre comme je le fais, par pitié. Je n’ai besoin de rien. »

La lassitude était un lot quotidien. De grandes idées, d’innovations, de vie remplie et son lot d’horreurs… Tout cela n’était pas accessible aux Valduris et Zael comprit son erreur. Il ne pouvait saisir cet état d’abandon.

« Pardonne-moi, s’il te plaît… Je me suis emportée. »

Puis l’homme vint s’asseoir sur le fauteuil d’en face. Voilà depuis son enfance qu’il connaissait Zael. Elle l’avait recueilli comme elle l’avait fait avec des centaines d’enfants. Elle avait su l’élever à ce rang… Le choyer comme si elle avait été sa mère. Mais jamais elle ne lui avait parlé de ce qu’avait été sa vie…

« Me diras-tu un jour ce qu’il t’est arrivé ? Qui tu étais avant d’être au service de la Lune d’Argent ? »

Silencieuse, elle expira doucement. Son regard hétéroclite, dont une seule prunelle voyait encore, se posa tendrement sur cet homme qu’elle aimait.

« Sais-tu ce que c’est d’aimer les Valduris, d’être proche de chacun que j’ai pu prendre sous mon aile et de tous les voir mourir trop tôt ?... »

Un pâle sourire étira ses lèvres pleines. Il ne dissimulait pas la tristesse qu’arborait alors son visage. Après un long moment où aucun mot ne vint franchir la barrière de leurs lèvres, Zael, déclara enfin. Presque agacée…

« Comment puis-je te résumer six cent cinquante ans de vie ?... Je ne sais même pas par où commencer… Il y a bien des détails que j’ai sûrement oubliés… Comme si tu te rappelais de tes dix ans ! Imagine donc… Autant.
- Contente-toi de l’essentiel, dans ce cas ? Tu es comme ma mère, ne l’oublie pas. Même si tu ne m’as pas porté tu m’as élevé et comprends qu’à mon âge, j’ai besoin de connaître ton histoire… Tu sais que je suis moi aussi sur ma fin… »

Il fallut bien du courage à l’Ombre, et bien des minutes passées à regarder ailleurs pour ravaler ses larmes, pour ne pas qu’elle les laisse couler devant lui. Une énième pause, un soupir… Zael débuta.

« J’étais jadis une Haute Prêtresse de Matra. A une époque où la paix régnait enfin, de ce qu’en disent les parchemins et qui n’est pas plus faux qu’aujourd’hui... Et l’on peut dire que je le suis toujours, car jamais je n’ai brisé mon serment ni n’ai cessé de croire en elle. Puis après, la vie a fait son office, j’étais déjà quelqu’un de hautement intelligent, donc on m’a recrutée ici, j'ai pris du grade. Voilà.
- Tu te moques de moi…
- Oui. »

Un fugace sourire, une main tendue pour lui intimer de partir, calmement agitée. L’homme ne bougea pas d’un cil.

« Ce que tu es solennel… Je me rappelle pourtant t’avoir élevé dans le rire et l’insouciance… Vraiment, c’est bien trop… Plat, ce que j’ai pu vivre. Vraiment, rien d’intéressant.
- Et les cicatrices ?
- Oh, de vieilles blessures de guerre. Après mon service chez Matra j’ai rejoint l’armée.
- Vraiment ? Toi, une combattante ?
- Je suis en train de me moquer de toi...
- Ah… »

Les moqueries et quelque peu de cynisme étaient bel et bien le passe temps favori de l’Eleär qui se plaisait à user de son statut de “mère” ou d’Ombre afin de tromper. Son côté espiègle était bien connu, ainsi, personne ne savait réellement qui cette personne était. Du moins, aucun d’encore vivant.

« Ce sont des hommes qui ont fait cela. »

La main vint frôler les marques abruptes sur son visage.

« Une punition, en somme, pour avoir été trop têtue, m’être moquée de quelque engeance valdur… Jusque là, tout avait été une vaste masquarade et… Je crois qu’ils l’ont mal pris.
- Es-tu en train de me faire croire que tout ça est à cause de l’une de tes farces ?
- Tu sais, ici, les hommes n’ont jamais aimé les Eleär, encore moins lorsqu’on leur a pris la moitié de leur territoire… Un petit coup de l’un de mes prédécesseurs, un Elfe remarquable, d’ailleurs. Ils m’ont donc, un jour, pour me punir, attachée à un arbre, fouettée jusqu’au sang… Mais comme je ne bronchais pas ils ont décidé de me tailler comme une pomme. Presque jusqu’au trognon… J’ai mis quelques années à m’en remettre, j’ai échappé de peu à la mort, enfin… Je ne leur en veux plus, ils sont morts… »

Le Maître du Conseil restait perplexe… Son envie d’ajouter “et… c’est tout ?” le tenaillait. Mais elle le connaissait par cœur, il n’eut pas besoin de formuler pour que son visage témoigne de son interrogation.

« C’est tout… Tu sais, parfois, la vie n’est pas emplie de gloire, de combats épiques, de gens de vertus martyrisés pour de nobles causes. Les romances de cape et d’épée c’était pour tes livres d’enfants, mon cœur. C’est entre autre ce qui m’a appris l’humilité… Et ce qui provoque aussi de temps à autre ma déréliction. J’ai été punie pour avoir trop parlé, pour m'être moquée des hommes. Je le suis encore pour les choix que je dois parfois faire.
- Et… La cause ?
- Tu sais… Simplement user des mots les plus érudits que je connaissais à l’époque pour qu’ils ne comprennent rien à ce que je disais. Des phrases bien condescendantes d’Elfe… Puis j’ai aussi insulté copieusement l'un d'eux… Cela n’a pas plu. J’ai eu de la chance, ils n’ont jamais osé attenter à ma vertu. Il faut dire, j’étais déjà sacrément maigrelette à l’époque… Pas vraiment ce que l’on attend d’une Eleär ou d’une femme en tout cas, et je faisais aussi plus de deux têtes leur taille. Avoue que ce n’est pas des plus communs… Peut-être qu’ils pensaient que j’avais un organe tubulaire entre les jambes. Je ne me suis jamais posé la question. »

Un instant, l’homme ferma les yeux tout en haussant les sourcils et en soupirant bruyamment. Zael n’était pas encensée pour sa manière de raconter les choses. Il comprenait assez aisément pourquoi. Les vérités énoncées étaient loin des contes victorieux. Ils parlaient de simple bassesse, de raisons stupides, de choix tout aussi stupides sur lesquels la vie l’avait menée.

« Les vérités ne sont pas toutes bonnes à raconter, je suppose. Peut-être aurais-tu préféré que je me sois mise en travers de ces hommes, pendant qu’ils assaillaient un village d’Elfes et que j’aie sauvé quelques orphelins au passage ? Il n’en est rien, assurément. De la fange. Rien de ce monde n'est beau ou laid. Tout n'est dicté que par nos actions. Nous construisons le monde à notre image et j'ai eu ce que je méritais pour m'être mise au travers de ceux qui se pensaient alors supérieurs. »

Les bribes de souvenirs transparaissaient ça et là, dans un ordre approximatif et criant d’un réalisme méphitique, sale, sans aucune beauté. À mesure que Zael parlait, lui se noyait dans un peu plus d’incompréhension. Des fragments du passé, sans chronologie édictée, un enchevêtrement de mémoires plusieurs fois centenaires...

« Et donc, pour la Lune ?
- Oh ça… Je crois que c’est venu par un hasard assez phénoménal. J’étais un jour assise sous un arbre, j’avais déjà fait quelques pas chez les érudits, je devais avoir deux-cent ans… Je n’avais pas encore les stigmates que tu vois ici parce que cela s’était passé en Rhaemond, dans un village isolé, bien après. Enfin, j’avais donc fait mes armes d'esprit, tout en étant la Hautre Prêtresse de Matra d’Éré, dans les lettres et l’histoire Eleär, mais aussi l’histoire de Seregon et celle des maintenant Ordhaleron. Pour autant j’avais à l’époque de grandes lacunes en politique, mais j’avais déjà compris ce qui composait l’organisation de chacune de ces sociétés et la complexité des trames qui les nourrissaient. Et tu connais ma pauvre diplomatie, j’ai remis un petit seigneur d’une Haute Maison en place, et cela n’avait pas non plus été très apprécié. Pourtant, et parce que je suis une teigne, à force de ruse et de manigances j’ai réussi à faire ployer sa cruelle tyrannie sur la région qu’il gérait, il traitait bien les elfes mais il terrorisait les humains qui y vivaient encore… Cela m’avait pris… Quarante ans, au bas mot. Enfin à force de murmures lancés, de travail au corps sur certains commerçants aisés, en remaniant dans l’ombre quelques fonctionnements de la ville parce que j’étais Haute Prêtresse et que j’en jouais un peu, un jour, un petit monsieur aux yeux enfoncés dans ses orbites et tout ridé était venu me voir, quand j’étais justement sous cet arbre. Tu t’en doutes, c’était un Valdur. Il m’avait sciée car il connaissait tout des méthodes que j’avais employées ! Ce n'était donc en fait pas un hasard... Enfin... »

Zael plissa les yeux, et pinça l'arrête de son nez de deux doigts arachnéens. Elle-même semblait presque perdue dans de trop vieux souvenirs. Elle continua.

« Moi qui pensais avoir été discrète ! Je m’étais fourrée le doigt dans l’œil jusqu’au trognon !
- Encore une histoire de trognon…
- C’est plus élégant, non ?
- Je t’avoue préférer l’élégance que tu emploies quand tu t’adresses à ceux qui te sont moins proches… Tu sais que ton corps te lâche, ton esprit aussi. Et je crains que certains ne le remarquent trop vite et veuillent te conduire le plus rapidement à ta perte. »

Sans plus le calculer, Zael, qui  n’aimait pas être remise en place, continua comme si de rien n’était.

« La vie est ainsi, je le crains... Tôt ou tard, beaucoup se rendront compte de ma sénilité.
- Fais en sorte que cela se voit le moins possible. Tu es lucide à ton propos, trop peut-être pour quelqu'un de réellement sénile.
- C'est ce qu'est être un Elfe. Nous sommes conscients de nous-mêmes. Jusqu'à la fin. Une trop longue vie est bien loin d'être un don des Dieux... Donc, en somme, cet homme était venu me demander de l’aide pour diverses petites choses, aider des gens en Rhaemond, trouver des points de pression sur des hommes politiques influents et néfastes. Pourquoi à une Eleär ? Une Prêtresse ? Et pourquoi était-il venu jusqu’à cette petite île brumeuse et grise qu’est l’île des Mirages ? Tu me connais, je sentais l'embuscade mais… Quoi qu’il en soit, il me fut très difficile d’abandonner mon temple. Voilà près de cent cinquante ans que j’étais au service de Matra, j’y avais consacré ma vie, même hors des murs, et je ne sais pas… Quelqu’un a dû être très persuasif auprès du Roi de l’Île des Mirages de l’époque, on m’avait presque mise dehors en prétextant que de grandes choses m'attendaient ! Je ne connaissais alors pas le poids qu'avait la Lune d'Argent... Maintenant les choses sont bien plus claires.
- Tu es donc allée à Rhaemond ?
- Oui. Je suis fatiguée de raconter tout ça… Le sais-tu ?
- Très bien, je te laisse te reposer, tu me raconteras le reste plus tard. C’était… Instructif.
- Oh, pas plus que la suite… »


Alors qu’il s’était levé, affichant un sourire calme, il lui demanda en se dirigeant vers la porte :

« Pourquoi ne hais-tu pas les valduris, ou les ordhaleron ?
- Parce que chacun est différent est qu’une société est bien plus complexe que ce que tu crois, jeune apprenti… Des méandres qui ne sont visibles que pour ceux dont la longévité est suffisante… Et dont la sagesse est grande. Et puis, tu sais, j’ai eu mon lot de choix difficiles à faire. Je suis loin d’être une sainte. Des gens sont morts pour moi, à cause de moi, sur mes ordres. Il faut parfois sacrifier une poignée d’innocents pour en sauver des milliers d’autres, pour le plus grand Bien. Quelque chose que de rares humains peuvent saisir.
- C’est le cas de Constant ?
- En effet… C’est un homme torturé par ce que le monde impose et les choix qui doivent être faits…
- Les Dévéra ?
- Oui… Entre autre. Sur mes ordres. Tu sais bien que sauver des vies ou le changement radical d'une politique en place depuis des millénaires ne se fait pas sans sacrifices…
- Ces enfants et cette femme n’avaient rien fait.
- Ils existaient. Ils étaient une menace, car ils étaient trop aimés de leur peuple. Un facteur de pression sur la mission de Constant et sur les desseins de l’Ordre…
- Je sais bien. N’as-tu jamais de remord ?
- Constamment… Mais je suis un Eleär et la souffrance est au cœur d’une trop grande longévité. Nous supportons ce que les Valduris ont plus de mal à comprendre... »

Alors que le vieil homme se levait et se dirigeait vers le pas de la porte, une dernière question vint effleurer ses lèvres abîmées.

« Et pour ce qui se déroule actuellement dans le monde… As-tu quelque chose de prévu ?... Ces bouleversements sont quelque peu… Troublants.
- J’y réfléchirai. Il demeure dans l’imprévu quelque chose de grisant. Ne penses-tu pas ?
- Si, mais… Je crains pour l’Ordre.
- Tout ce qui doit arriver arrivera, mon cœur. Nous ne sommes que des pions dans un immense échiquier. Nos choix guideront les futurs probables et je compte bien ne laisser rien ni personne se mettre en travers de ma route. »

L'homme semblait soucieux. Pourtant, aucune question à propos de ces nouveaux événements ne naquit. La main sur la porte, il demanda simplement :

« Est-ce que tout ce que tu as pu me dévoiler est vrai, Zael ?... »

L'Eleär sourit. Son regard unique, énigmatique, ne pouvait alors être sondé...

« C'est ma version, celle que j'ai vécu. D'autres ont eu des points de vue différents. »



Ambitions & Desseins


Enfin seule, dans cette petite antichambre, Zael méditait. Ce qu’elle eut à cœur de créer tout au long de sa vie n’était pas encore achevé. Pourtant, elle s’en doutait, la résurgence de la magie et de cette antique cité allaient compromettre tant de choses, brisaient tant de certitudes qu’elle devrait s’y accommoder.
Une nouvelle réflexion devrait accompagner les événements. Une nouvelle mission.



Divers


Reconnaissez-vous être âgé d'au moins 18 ans ? : Yes
Moultipass : *tape le vieux*


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◈ Missives : 2230

◈ Âge du Personnage : 82 ans
◈ Alignement : Loyal Bon
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Sharda du Nord
◈ Origine : Al'Akhab - Siltamyr
◈ Magie : Aucune
◈ Fiche personnage : Calim

Conteur
Calim Al'Azran

◈ Sam 10 Fév 2018 - 19:22

*Perso de Calim ressorti de la poubelle à persos*