Azzura


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Lledriel Syel'Aen - Haut Conseiller d'Azzura

Lledriel Syel'Aen
◈ Missives : 5

◈ Âge du Personnage : 200 ans
◈ Alignement : Neutre Strict
◈ Race : Eressae
◈ Ethnie : Eressae du Clair de Lune
◈ Origine : Eressa – Ann’Drah
◈ Localisation sur Rëa : Azzura
◈ Magie : ⌘ Magie Naturelle : Transformation animale
⌘ Magie Élémentaire : Jardin de glace
◈ Lié : Draxxas
◈ Fiche personnage : Lledriel
◈ Crédit Avatar : Eventrue

Réceptacle
Lledriel Syel'Aen

◈ Sam 17 Nov 2018 - 16:33

◈ Prénom :  Lledriel
◈ Nom : Syel'Aen
◈ Sexe : Homme
◈ Âge : 200 ans
◈ Date de naissance : Premier Lunae d'Élye, il y a 5314 ans.  
◈ Race : Eressåe
◈ Ethnie : Eressåe du Clair de Lune
◈ Origine : Eressa – Ann’Drah
◈ Alignement : Neutre Strict
◈ Métier : Ancien roi d’Eressa et Élu de l'Oracle,  Haut Conseiller d'Azzura - Responsable des informations


Magie


⌘ Magie Naturelle : Transformation animale

Grâce à sa mémoire exceptionnelle et, car il se souvient de chaque muscles, os, fibres ou pelage, Lledriel peut arborer l’image de n'importe quelle bête de la faune de jadis et d’aujourd’hui. S'il tente une transformation sans avoir étudié son sujet – anatomie et aspect général -, il risque d’échouer et d’avoir une métamorphose incohérente : un mélange informe d’homme et d’animal.  

Si ses transformations ne sont pas limitées dans le temps, l’Atlante risque de voir son être se fondre dans la créature qu’il incarne, s’il demeure plusieurs lunes/années/siècles dans la peau de la bête.  

⌘ Magie Élémentaire : Jardin de glace

Toujours grâce à ses extraordinaires facultés mémorielles, l’ancien couronné reproduit à l’identique, le jardin d’Azzura. Lorsqu’une manne casse par inadvertance, le décor en cristal de glace, une sensation algide traverse sa chair, ses sens doucement se gèlent. Même si la matérialisation est brisée, l’effet ne s’estompe qu’après quelques minutes.

Il lui est impossible de créer sa matérialisation s’il ne dispose pas de la matière première, l’eau, dans l’environnement ou dans l’air.  



Forces & faiblesses


Arts de la noblesse & de la bourgeoisie
(Métier engagé : Roi)
- Étiquette : avancé
= De sa longue lignée il en possède les savoirs extraordinaires, mais ces années d’exil et ces cinq milles ans emprisonné dans la peau de l'Arkvald les ont délité.
- Politique : expert
= si jadis il était un maître dans le domaine, son aptitude à argumenter et débattre a commencé à se perdre.
- Escrime (enseignement par une école d’arme, connaissance de l’éthique des duels) : avancé
= Tout Roi se doit de savoir manier l’épée comme la plume, dans ses codes et ses obligations.
- Diplomatie : avancé
= Tout autant que de savoir gouverner, un Roi, même déchu, se doit de connaître tout protocole à destination de ses pairs, de ses sujets et de ses appuis. Cet apprentissage est ancré en lui, par lignée.

Arts de l’ombre
(Métier engagé : Maître des informations)

- Cryptographie (décryptage et conception) : expert
= Il est un être habile qui sait autant décrypter que créer des messages difficiles à lire pour des yeux étrangers.
- Collecte d’informations (utilisation d’un réseau) : maître
= Etant lui-même la tête du réseau d'espion, il connaît donc toute les ficelles et astuces pour le faire fonctionner et s'étendre.
- Discrétion (déplacement silencieux) : expert
= Malgré sa haute carrure, pas un son, pas le moindre bruissement d'étoffes, ne trahit sa présence lorsqu'il se meut.

Compétences générales
- Linguistique : maître
= car il est de son devoir, de maître des informations, de connaître plusieurs dialectes, Lledriel parle l'eressae, le Kaerd  le nymeriin, le demeri et la plus difficile d’entre eux, l’Alshra.
- Folklore : intermédiaire
- Natation : maître
= Par naissance, les Eressae sont des êtres aquatiques. La nage fait partie d’eux au même titre que leur respiration sous l’eau.
- Éloquence : avancé
= Même s'il a beaucoup perdu, l'ancien Roi d’Eressa possède le talent d’éloquence.

Forces





⌘ Mémoire eidétique : ses facultés cognitives, et surtout, sa capacité de mémorisation sont extraordinaires. Il suffit que ses mires céruléennes s'apposent sur un vêtement, un visage, une image ou des écritures manuscrites, quelques secondes/minutes, pour que dès lors, ses synapses enregistrent aux détails près, les informations.

⌘ Sens de l'observation aiguisé : Syel'Aen sait voir les infimes expressions d'un visage ou la moindre perturbation de son environnement. Il ne se contente pas seulement de regarder un sujet particulier ou une personne comme les quidams le feraient. Il cherche à examiner, dans le moindre détail, la moindre aspérité, le moindre défaut.

⌘ Grande Éloquence : le roi déchu de sa couronne possède un don rare et exceptionnel pour les mots. Il parle avec finesse et tact. Il sait user de l'art de la rhétorique, pour tirer sur la corde sensible des êtres, de toute nature et origine et parvient, avec facilité, à tous les captiver.


Faiblesses




⌘ Partagé entre l'homme et la bête : ces cinq millénaires passés dans la peau de l'Arkvald ont créé chez l'’ancien couronné, une réelle dissociation cognitive. Si d'apparence, rien ne suggère le trouble qui est sien, certains de ses agissements ou réactions reflètent la créature qu’il avait jadis incarnée. Son refus du partage, ses grondements lorsqu’on touche à ses affaires/nourriture, son mépris du contact et sa forte propension à protéger son territoire, demeurent quelques exemples de son comportement inhabituel.

⌘ Solitaire et sauvage : jadis, il appréciait la compagnie de son auditoire, de ses semblables ou de la foule. Il pouvait discourir pendant des heures. La terrible épreuve qu'il endura laissa des marques profondes. L’atlante qu’il est aujourd’hui ne supporte plus d’être pris au piège dans un attroupement d’âmes. Force est de constater que s’il est obligé d’évoluer dans la masse, une migraine atroce le terrasse. Pour empêcher ces douleurs, il s’isole dans ses quartiers ou la salle du Haut Conseil.  

⌘ Ne ressent plus rien : son cœur, froid et sec comme les neiges éternelles, ne se serre plus face aux affres des hommes. Complètement apathique, il regardera la scène, avec un visage inexpressif, égal, puisqu'il ne ressent plus les émotions. La rupture de son empathie l'avait jadis fait souffrir jusqu'à ce que finalement, il accepte l'inévitable : il souffre d'anhédonie.




Physique



L'atlante possède une beauté, une magnificence qu’on pourrait nommer boréale. Une physiologie qu’on ne pourrait oublier après l’avoir contemplé car elle apporte à la fois crainte et respect. Par son allure, son regard fixé sur son interlocuteur, son visage impassible alors qu’on lui parle des affres du monde, il ressemble à ces grands fauves qu’on ne peut qu’admirer de loin.

Ses prunelles, en amande, d’un bleu céleste, semblent vous scruter au plus profond de votre âme, sans que cela ne le dérange. Alors que vous ressentez du tourment dans tout votre être, ses abîmes resteront insondables. Elles ne trahiront pas ses pensées les plus secrètes, comme le feraient les pages d’un livre. Son front large, ses rides de lion entre ses yeux, son nez droit et sa mâchoire volontaire donnent une certaine fermeté à l’ensemble. On pourrait espérer que sa bouche apporterait un peu de douceur au tableau de son faciès. Hélas, les pétales de ses lèvres, charnues, n’esquissent que très rarement un sourire. Si cela arrive, c’est pour deux raisons : qu’il vous a percé à jour et qu’il vous tient donc dans le creux de sa main, l’autre, car il est avec ceux qu’il considère comme faisant partie de sa meute. Une crinière d'opale, aussi blanche que la neige, encadre sa face carrée pour finir de mourir au milieu de son dos. Si ce fin rideau de soie est souvent libre, l'ancien puissant les attache en catogan, lorsqu'il souhaite se mettre à l'aise.

Syel'Aen n'est ni touché par le gigantisme ni par le nanisme. Du haut de ses cinq pieds et quatre pouces, il observe le monde, d'un regard égal. A l'exemple de son faciès, sa morphologie et sa façon de se mouvoir, lui donnent l'air d'un grand prédateur, rempli de majesté. Car il vit une vie d’ascète, sa silhouette reste affinée et ses muscles ciselés. Ses mains, aux cals visibles, sont les témoins muets, des nombreuses fois où il dut prendre les armes, pour s'entraîner.

Le maître des informations, malgré la pureté de son sang, n’apprécie pas le luxe clinquant. Il aime s’habiller de façon austère. Il se vêt souvent d'une cape anthracite à capuchon, et d'une toge, de bonne facture, ivoirienne ou sombre comme la nuit. Car il ne supporte pas d'avoir ses pieds enfermés, il porte des sandales de cuir.

L'ancien souverain domine l'espace non, par sa carrure mais, par ce qu'il dégage : une aura de majesté, inextricablement liée à une touche sauvage qui provoque une envie de le suivre ou de craindre sa fureur. S'ajoute à son charisme exceptionnel, son timbre : sa voix possède une tessiture grave, aux notes confiantes. Par son corps toujours roide, sa tête haute et ses gestes assurés, on devine qu'il n'est pas de basse extraction. Cela se renforce par ses manières, par sa façon de parler.


Caractère



Jadis, Lledriel appartenait à ces êtres étincelants. Une kyrielle de mânes papillonnait autour de lui, attirée par son éclat. Sa bienveillance naturelle, sa grandeur d’âme touchaient la foule et les masses. C'était bien sûr, autrefois, avant qu'Azzura ne se fige dans les éternelles glaces et qu'il ne se retrouve, prisonnier dans la peau d'un Arkvald. Millénaire après millénaire, acculé dans un monde figé, dans une éternelle solitude, l’atlante commença à être gangréné par la folie. Afin de garder le peu de raison qui subsistait encore en lui, l’homme s’estompa, laissant la bête maîtresse. Son for intérieur ne surgissait que peu, petite lueur dans les ténèbres d'une conscience plus ténébreuse.

Après cinq milles ans d'attente, vint la vie. Alors que les êtres s'éveillaient à nouveau, lui, lui, se trouvait encore prisonnier de son apparence. Incapable de se souvenir du corps qui était sien, incapable de retrouver dans les tréfonds de la créature légendaire, les vestiges dissous de sa psyché, il voyait en lui naître une peur, primale ; celle de rester indéfiniment dans la peau de la créature mythique.

Cette frayeur décupla quand peu à peu, refluèrent en lui des bribes de pensée, grâce à l’archimage Numengar et à Hirel, ainsi qu’à Lyatika. Ces fragments de conscience ne leurs permettaient pas de l’aider et il ne leur en tint pas rigueur. Son esprit était dédaléen, plein de nœuds inextricables. Si pour eux, le corps était de l’ordre du champ du possible, l’esperite et l’âme recelaient bien des complications.

Le temps passant, alors qu'ils commençaient tous à se faire une raison, ainsi que lui-même, quelque chose d'extérieur força sa métamorphose. Quel miracle fusse, personne ne le sut. Tout ce qui fut retenu, c'est le soulagement de tous et de Lledriel. S'il semblait avoir gardé sa mémoire, son pragmatisme, son esprit n'était pourtant plus le même. Il avait perdu une partie de son essence.

Ses suivants le découvrirent à leurs dépens. Bien qu'ils n’aient eu aucune mauvaise intention en l'approchant, dans les jours d'après, ils ne reçurent en retour que feulements et grondements. Syel'Aen se sentait agressé par leur présence, par cette accumulation de mânes autour de lui. Il ne supportait plus d'être cerné de toute part. Il se sentait acculé et cette perspective le rendait fou.  

Isolé dans ses appartements, il avait compris une chose importante : l'Arkvald avait déteint sur lui. Étrangement, la tristesse ne se pointa pas dans son cœur. C'était comme s'il s'était préparé à l'inévitable, d'une part. De l'autre, son réalisme soufflait que ce fut une conséquence logique à son choix de se fondre dans la créature mythique. Une erreur, certes, mais elle sauvegarda sa raison.

La Cour déprécia son altération. Si elle désirait son exil, par crainte qu'il ne représente une menace pour la cité, les astres et Faren le défendirent. Ils savaient tous que Lledriel, bien qu'il soit dénaturé, ne serait jamais un danger pour la cité immortelle. Ses intentions envers Azzura restaient pures et saines. Afin de ne pas contredire ses alliés, il fit le nécessaire pour convenir aux bonnes mœurs.

Si aujourd'hui, le retour du roi paraît, cela reste une douce utopie. Si son âme écorchée semble réparée, elle n'en est que colmatée. Il souffre toujours d'explosions soudaines, d'imprégnation de ses sentiments et d'une perte de confiance envers le monde. Il ne parvient plus à l'accorder aussi facilement qu'avant comme si sa nature profonde n'entrait pas en harmonie avec les êtres. Même s'il tente de l'offrir aux astres et à Faren, elle n'est jamais absolue.

Même s'il peut plus facilement se plonger dans les méandres de son rôle, sans se voir assujetti par les charges émotionnelles, il ressent un vide, au fond de son âme, un trou de solitude que rien ne peut combler. A cette accablante sensation, qui le désespère plus que tout, s'ajoute son incapacité à supporter la présence d'autrui.



Inventaire


⌘ Des vêtements : il ne faut pas s'attendre à ce que les atours de Lledriel soient chamarrés. Ses changes, sont une panoplie de toges, de capes, de bonne facture, dans les teintes de blanc, brodées de fil d'azur.

⌘ Shyden : il s'agit de son épée, en fer, véritable œuvre Eressåe. S'incruste à sa garde, aux quillons courbés, un artefact taillé. Sa lame finement effilée garde un tranchant intact, malgré les années.

⌘ Son sceau royal : cette bague, à l'effigie d'un Saêna, est la dernière chose qui le rattache à son passé. Elle repose dans un petit coffret de bois noir, dans ses appartements.

⌘ Le livre de l'Oracle : cet immense ouvrage, fut écrit de sa main sans que sa conscience ne fut présente.


Histoire


Chapitre 1 : Genèse




L'astre sélénite, dans sa toute rondeur, caresse maternellement le palais des Syel'Aens. Elle essaie de baigner de ses jais célestes la souveraine, tentant d’expulser de son ventre le fruit de ses amours. Alors qu'elle pousse de toute ses forces, le couronné se trouve derrière la porte. Comme un animal en cage, il fait les cent pas, stressant ses conseillers par ses allers-retours.

— Majesté, cessez. Ce n'est pas en martelant le sol de vos pas, que vous aiderez la reine. Respirez. Laissez le calme venir à vous.

Il poursuit, comme si la supplique n'avait jamais existé, au grand dam de ses conseilleurs. Cette fois, pas l'un ne brise les cris. Ils savent tous que le roi attend ce moment avec impatience, ce pourquoi ils se montrent plus indulgents, avec sa nervosité. Bientôt, aux hurlements, s'ajoutent les vagissements de Lledriel. La sage-femme ouvre l'huis, arrêtant dans ses allées et venues le puissant.

— C'est un garçon.

Lynfyw s’approche, le visage entre la joie et l’inquiétude.

— Est-elle ?

Un doux sourire relève les coins de la bouche de la ventrière. Elle comprend ce qu’il énonce.

— Elle est épuisée mais bien vivante.

Le soulagement se lit sur les traits du roi.

— Vous devriez aller la voir...

Bien avant que le reproche ne soit totalement énoncé, il n'était plus là. Sourire tendre sur sa face, le couronné attrape la main de son épousée. Son regard coule sur son faciès humide de sueur.

— J'ai eu peur de te perdre.

Lilliellë hoche négativement la tête. Ses phalanges viennent caresser la joue de son époux.

— Le moment de m'éteindre n'est pas encore venu... Tu devras me supporter encore.

Des paroles qui le rassérènent. Il compte bien vivre encore de nombreux siècles avec sa souveraine.

— Ton frère voudra sûrement voir son neveu.

Une mine triste s'affiche sur le visage de la puissante.

— Je regrette de dire cela, mais je me sens trop éreintée pour une seconde visite.

— Je lui porterai ton message.


Yeux dans les yeux, les couronnés s'échangent un sourire plein de complicité. Lynfyw pose un baiser sur le dos de la main de sa reine. Ses prunelles iridescentes se portent ensuite sur son fils, couché sur le ventre de sa compagne. Si frêle, qu'il a presque peur qu'il s'éteigne. Si petit, qu'il craint de le toucher.

Grisé par cette naissance attendue, il ressent le souhait de montrer à son peuple, celui qui les gouvernera tous. Mais, il ne le fera pas. Son bon sens lui souffle que l'étaler devant les mille et un regards de sa nation est une mauvaise idée.

— Comment le nommerons-nous ?

Il croise ses mains derrière son dos.

— Lledriel

Un simple murmure sort de la bouche de Lilliellë avant qu'elle ne finisse par fermer ses paupières. Clouée par la fatigue, elle se laisse engloutir par le sommeil. Il les contemple jusqu'à être rappelé à l'ordre, par un raclement de gorge.

— Majesté, laissez-les se reposer.


Chapitre 2 : Derniers adieux





Les saisons se succèdent. Les années filent. Lledriel grandit. S'il reste choyé par les couronnés, il reçoit, en contrepartie, une éducation très stricte. Étant l'unique héritier, on lui inculque tout le savoir nécessaire à son futur rôle. Il n'a donc plus de place pour les jeux de l'enfance.

À défaut d'en souffrir, le dauphin s'épanouit dans cet univers d'adultes, loin de la camaraderie enfantine. Chaque jour pour lui, amène son lot de connaissances : ses précepteurs tentant toujours de stimuler sa soif de savoir. S'il se montre enthousiaste pour l'histoire, les langues, l'art, l’apprentissage de  la magie, la politique et la géographie, il porte moins d'intérêt aux mathématiques.

L'un de ses instructeurs, voyant son incuriosité pour la matière, le questionne un jour.

— Mon prince, qu'avez-vous contre les mathématiques ? Vous qui êtes si attentionné dans les autres cours, vous semblez ailleurs lorsqu'on doit arborer les théorèmes.

Les mires célestes de Lledriel observent attentivement l'érudit. La moindre courbe de son visage, le moindre plissé de sa tenue, ne lui échappent.  

— Je connais les bases. Je ne cherche pas à être un savant dans ce domaine. Les équations ne me serviront pas dans le futur. Je préfère m'instruire des connaissances qui me seront utiles.

L'instruit reconnait la finesse d'esprit de l'héritier et son sens de la répartie. Il s'avoue vaincu.

— Si vous changez un jour d'avis, je me ferai un plaisir de vous enseigner mon art.

Le prince ne répond rien. Malgré ses douze ans passés, il sait pertinemment que sa façon de penser restera égale.

L'échange achevé, les cours reprennent, pour la plus grande satisfaction de Lledriel. Alors qu'ils viennent d'aborder le cours d'histoire, après celui des dialectes, la porte s'ouvre en grand. Dans l'embrasure se dessine la silhouette imposante du roi. Le précepteur, voyant son suzerain, baisse sa tête, immédiatement.

— Laissez-nous seuls.

Comme le souhaite le monarque, le tuteur quitte la pièce, fermant la porte derrière son dos. Le prince, voyant les traits graves de son géniteur s’inquiète.

— Qui y-a-t-il père ? Est-ce quelque chose de grave est arrivé ?

Si la question désarçonne Lynfyw, il ne le montre pas. Son fils… Son successeur, a compris que quelque chose clochait, sans même que des mots ne franchissent la porte de sa bouche. Dans les tréfonds de son âme en pleur, nait de la fierté pour sa progéniture.

— Tu as une sœur.

Lledriel sent que son père ne lui dit pas tout.

— Mais ?

Les prunelles voilées de tristesse du puissant observent en détail son aîné.

— Ta mère n'est plus.

Il ne comprend pas...  Alors qu'ils sont censés être avancés sur les autres races de rëa, leurs connaissances n'ont pas pu empêcher ce drame ? Le mage astral n’a pas pu la sauver ? De dépit et de rage, il ferme ses poings, à en faire blanchir ses phalanges mais ne pose pas plus de questions.

Son cœur au bord de ses lèvres, Lledriel a l'impression que tout tournoie. Un lourd chagrin se répand dans chaque fibre de son corps. Une unique larme coule sur sa joue pour finir de mourir sur son menton. Il ferme ses paupières.

Le souvenir vivace de la veille lui revient en mémoire. Sa mère arborait le plus beau de ses sourires. Elle était éreintée mais, heureuse. Après de nombreuses fausses couches, elle allait enfin donner naissance. C'était presque le plus beau jour de sa vie.

Après de longues minutes de silence, l'héritier porte enfin son attention sur son père.

— Puis je la voir, une dernière fois ?

Un sourire triste s'affiche sur le visage du roi.

— Oui. Je suis venu pour t'annoncer la tragédie. Mais aussi pour cela.

Sa main se pose sur l'épaule du dauphin.

— Allons-y.

Les lèvres maintenant scellées, Lledriel affiche un air neutre. Ses abîmes céruléens se dardent sur la reine, vêtue de ses plus beaux atours. À la voir comme cela, on la croirait juste paisiblement endormie. Mais, ce n'est qu'un odieux mensonge. Elle n'est plus de ce monde.

Pour cette mort prématurée, il pourrait renier sa puînée. Sans elle, Lilliellë serait encore là. Par rancœur, il peut céder à cette facilité. Mais, sa mère n'aurait jamais voulu qu'il s'écarte de sa sœur.

Alors qu'il se décide à devenir un bon grand frère, le roi s'approche du corps de sa souveraine. Il se penche pour déposer un dernier baiser sur son front. Puis, devant le peuple, il la porte jusqu'à l'océan. Il s'enfonce dans l'onde jusqu'au buste. Sans un murmure, sans un soupir, il relâche la défunte à l'intérieur des flots, comme l’exige la tradition.  

Ce souvenir de son père, digne dans sa tristesse, le dauphin, le grave dans sa mémoire.


Chapitre 3 : Harïlys, le maître d'arme




Un an après la tragédie, alors que le soleil peine à sortir de son berceau d'isatis, le roi convoque son héritier dans un salon privé. Ses mires azuréennes contemplent le visage de son fils. Depuis l'année qui les sépare de leurs derniers échanges, il semble plus mûr, son regard, moins enfantin, comme si la mort de la souveraine l'a fait grandir plus vite.

— Qu'y a-t-il, père ?

Le souverain sort de sa bulle de mélancolie. Il présente de sa dextre, une chaise. Lledriel hoche la tête pour refuser l'invitation. Il sait que leur discussion ne durera que peu.

— Je t'ai fait venir pour t'entretenir d'un sujet qui me tient à cœur. J'aimerais que tu acceptes de t'entraîner avec le maître d'arme que je t'ai choisi.

Nulle expression faciale ne s'affiche sur le visage du dauphin. Même s'il ne trouve pas d'intérêt à pratiquer, de prime abord, il ne se fermera pas à l'idée de son géniteur.

— Si c'est votre désir, je m'y plierai.

La réplique dite d'un ton neutre refroidit le couronné. Mais, il ne doit s'en prendre qu'à lui-même. La décision de dresser un mur entre ses enfants et lui reste de son fait.

— Bien.

Le monarque ouvre la porte en grand. D'un geste indolent de la main, il fait signe à l'atlante, le dos contre le mur, d'entrer. L'Eressåe en question foule de ses pas la pièce avant de darder ses célestes mires sur son disciple.

— C'est donc à lui que vous voulez que j'enseigne ? Il est aussi chétif qu'un fétu de paille.

Si la remarque laisse de marbre Lledriel, le souverain hausse un sourcil. Décidément, son franc parler ne changera jamais.

— Lledriel, je te présente, Harïlys. Il se chargera, à la fois, de t'enseigner l'art de l'épée et s'occupera de ton éducation militaire.

Ledit Harïlys, vient à la rencontre de son disciple. Tout proche, sa main frappe fort son dos.

— Allons-y, gringalet ! L'entraînement n'attend pas.

Lledriel, qui jusqu'ici s'est tu, rétorque.

— Je dois me rendre à mon prochain cours.

Harïlys émet en toute réponse, un rire franc.

— Pas besoin de faire la fillette, petit. Je m'arrangerai avec ce vieux grigou.

Lledriel, voyant qu'il n'a pas d'autre choix que d'abdiquer, soupire. Ses mires célestes se posent sur son père. Si l’œillade se fait parlante, pas un mot ne s'envole. Il a dit qu'il se pliera à l'exigence. Sa parole est d'or et de diamant.

À la suite du maître d'arme, il quitte la pièce et se rend dans la cour, sans hâte. Bien vite, Harïlys lui donne une épée en fer. Lledriel hausse un sourcil. Il pensait débuter avec une arme en bois.

— Qu'as-tu biquet ? C'est l'arme qui te laisse sceptique ?

Le Prince lève les yeux au ciel. Biquet... Sa familiarité et son vocabulaire lui arrachent une mimique désabusée. Voyant qu'il n'obtiendrait aucune réponse, l'atlante charge. Si par réflexe, Lledriel put protéger sa gorge avant que la lame ne l'atteigne, il ne prédit pas le coup de pied dans son genou. La douleur fulgurante provoque une grimace. La deuxième attaque le fait tomber. Avant même qu'il ait le temps de se relever, le tranchant de l'épée de son mentor érafle sa gorge.

— Tu es mort une fois. Souviens-toi, dans une lutte où ta vie est en jeu, ton adversaire sera sans pitié. Reste toujours sur tes gardes... Grave donc dans ta calebasse cette leçon, gamin.


Chapitre 4 : Impuissance et espoir




Quatre années ont passé depuis sa rencontre avec Harïlys. S'il continue de recevoir les éloges de ses précepteurs et qu'il a prouvé sa valeur auprès de son maître d'arme, Lledriel, n'est pourtant pas heureux. Rongé par l'émoi, il n'arrive pas à se satisfaire de sa réussite. Un souvenir le hante à chaque fois qu'il aimerait : l'image de sa puînée malingre, perdant l'équilibre depuis quelques mois.

Elle qui était toute gazouillante, un véritable petit soleil, dépérit. N'acceptant pas l'idée qu'elle soit condamnée, l'héritier serre les dents. Il se sent impuissant... Il cogite. Il se souvient bientôt d'une solution : Gwyninne, le médecin de son père. Pourquoi aucune des nourrices n’a pensé à lui en parler ? Il entrevoit de l'espoir dans les ténèbres. Cette lueur réchauffe son cœur alors qu'il se dirige d'un pas pressé vers ses appartements.

Il fouille dans son armoire, et extirpe des rayonnages, des vêtements de modeste facture. Sans un bruit, sans un soupir, il se débarrasse de ses habits princiers pour ces atours de moindre qualité. Il rabat le capuchon sur son visage et quitte le confort de sa chambre.

— Que fais-tu attifé comme ça ? Tu pensais sécher l'entraînement gamin ?

Dos contre le mur, les bras croisés contre son buste, Harïlys l'observe. Lledriel sait qu'il ne pourra pas s'en débarrasser alors autant jouer la carte de la sincérité.

— Je dois me rendre en ville.

Le maître d'arme lève les yeux au ciel, comme si son disciple disait n'importe quoi.

— Seul et sans escorte ? Quelle foutue idée t'est passée par la calebasse ?

Lledriel ferme ses poings. Son regard céleste posé sur Harïlys se veut féroce.

— Je dois voir le médecin de mon père.

Son vis-à-vis soupire. Il se gratte derrière la tête.

— J'avais bien remarqué que tu te faisais du mouron. Je viens avec toi et pas de mais. Si tu refuses, je te traîne par la peau de tes fesses princières et je t'enferme dans ta chambre.

Le dauphin abdique. Il se rend compte qu'aller dans la ville haute, sans personne pour l'escorter, est pure folie.

— Allons-y.

— Tu as pris une sage décision, gamin.


Lledriel, accompagné par son mentor, s'extirpent du palais. D'un pas vif et les lèvres scellées, ils entament le chemin qui les sépare du médecin royal. Il entre dans son office. Bien sûr, il n'est pas seul. Affairé à s'occuper des malades avec ses infirmières, il ne se rend pas compte de sa présence.

— Gwyninne ?

Lledriel abaisse son capuchon, dévoilant son visage au mage astral. Celui-ci le reconnaît immédiatement.

— Venez.

Il fit signe au dauphin et son maître d'arme d'entrer dans un bureau privé. D'un geste de la main, il les invite à s'asseoir, puis, il s'installe à son tour.

— Excellence, qu'est-ce qui vous amène ici ?

L'héritier, la mine sombre et le regard voilé par l'émoi darde ses mires azuréennes sur son seul espoir.

— Cyrillë est malade... Venez.

— Ni le roi, ni vos gouvernantes ne m'en a fait la demande. Quelque chose ne tourne pas rond…


Lledriel désespère. Mais, il ne perd pas son expectance. Il ne démord pas.

— Je vous en supplie. Ne me forcez pas à me mettre à genoux. Elle est gravement malade.  

Harïlys frappe un bon coup dans le dos de Lledriel.

— Faites-le pour le gamin et pour votre réputation. Si la princesse meurt et qu'il est su que vous aviez refusé d'agir, je doute que sa majesté l'apprécie.

Gwyninne sans prononcer un mot se lève. Il marche vers la porte et l'ouvre. Il cherche du regard sa seconde et lui fait signe.

— Sibaylle, je dois me rendre au palais, pour une urgence.

Un grand sourire illumine le visage de Lledriel.  

— Tu vois gamin, il faut savoir porter ses joyeuses et trouver les bons mots. Tu fais tout de suite mouche.

Si Lledriel pose un regard rempli de gratitude à Harïlys, le médecin rit jaune, mais il n’allait pas refuser la requête : il était fortement anormal que personne ne l’ait prévenu.

— Partons, le temps presse.

Moins d'une heure plus tard, le guérisseur consulte Cyrillë, sous le regard de la gouvernante, de l'héritier et du maître d'arme. Après avoir estimé le mal qui ronge la cadette et évalué la quantité de magisme à utiliser, il s'affaire à détruire les cellules souches sans toucher à celle saines. L'opération certes délicate ne le fait pas sourciller. Médecin de métier, il sait comment soigner une telle maladie.

Sa tâche achevée, il s'occupe à présent de la moelle épinière et des organes touchés. Par chance, aucun n’est mort. Si le contraire c'était arrivé, il n'aurait pu rien faire. La magie astrale possède ses propres limites.

Après de longues minutes, Gwyninne se tourne.

— Elle est hors de danger.

Le prince s'approche.

— Merci. Vraiment merci.

Le guérisseur secoue la tête négativement.

— Vous n'avez pas à me remercier, Excellence, je n'ai fait que mon devoir. Et...

Il baisse sa tête quelques secondes.

— J'aurais dû être prévenu plus tôt. Vous devriez vous renseigner auprès de celles qui s’occupent de votre sœur. Il est anormal qu’aucun n’ait montré d’inquiétude à ce propos alors qu’il s’agissait de quelque chose qui aurait pu devenir grave.



Lledriel s'est éveillé. Le passé s'efface pour laisser place au présent. Assit sur son lit, le maître des informations chasse les derniers embruns de ses songes. Il s’agissait du signe précurseur de ce qu’il n’avait pas réalisé à ce moment. Les gouvernantes étaient là pour laisser mourir sa sœur. Un présage de plus au forfait d’Étheler et de ce qui s’était passé ensuite.
À l'aide de ses deux mains, il repousse la couverture et regarde par la vitre, dehors. La mante nocturne recouvre toujours le monde. Étant trop tôt pour travailler et trop tard pour dormir, il enfile une cape et part dans les jardins. Il s'installe sur un banc, près d'une roseraie.

Embaumé du parfum des fleurs, il ferme ses paupières. Il repense à son enfance. Il s'en souvient comme si c'était hier. Après l'intervention de Gwyninne, il fut plus proche que jamais, de sa sœur et bien entendu, d'Harïlys. C'est sous la tutelle de ce rustre à la langue bien pendue qu'il passa ses années d'enseignement militaire. À défaut d'avoir un père attentif, il a grandi en voyant le dos de cet atlante. S'il n'imite pas son vocabulaire, bien trop familier à son goût, il en a appris la finesse d'esprit et le xiangqi.

Aussi étrange que cela puisse paraître, Harïlys possède un esprit aiguisé et de fortes connaissances en stratégie. Un jour, il lui a conté qu'on avait voulu faire de lui un haut tacticien mais il a refusé. Son rôle de maître d'arme le satisfaisait. Il n'avait pas envie de plus de responsabilités. Pas un instant, Lledriel n'a mis en doute sa parole. Le maître d'arme est fort cru dans son langage mais pas menteur.

Bercé par l'odeur des fleurs écloses du jardin d’Azzura, languis par le vent vernal, il finit par s'endormir sur ces anciens et douloureux souvenirs.  





Chapitre 5 : Royauté




Lynfyw sent sa fin approcher. Âgé de maintenant trois cent quarante-quatre ans, il n'en peut plus. Cela fait bien trop longtemps qu'il erre dans ce monde. Épuisé mentalement, fragilisé depuis la perte de son épousée, le puissant ne désire point allonger sa durée de vie. Il veut s'unir aux flots, rejoindre celle qui, le jour de son décès, emporta une partie de son âme.

Mais, il ne peut pas partir maintenant, comme un égoïste. Il doit légitimer la place de Lledriel devant tous. C'est dans cette optique qu'il le convoque dans la salle du trône. Après quelques longues minutes d'attente, la porte s'ouvre. Son héritier, devant la Cour et le Haut conseil, pose un genou devant le monarque.

— Mon roi, que désirez-vous ?

Attristé de le voir si formel avec lui, le couronné ressent de la douleur dans son palpitant. Son regard, rempli de tristesse s'appose sur le dauphin.

— Lève-toi.

Les mires célestes de Lledriel captent l'émoi de son géniteur. Étrangement, nul écho ne survient dans son cœur. Après avoir été écarté tant de siècles, il s'est endurci. Le malheur de son propre père le laisse impassible.

— Il est temps pour moi de rejoindre l'océan. Lledriel, car il est mon sang, est donc votre nouveau roi.

Déclame Lynfyw à l'attention de tous. Parmi les membres de la Cour, des nobles, appartenant à la branche cousine de la famille royale, grondent leur désaccord. Lledriel, d'un regard au couronné, demande la permission de parler. Sourire relevant les coins de sa bouche, le monarque lui en donne l'autorisation. Il connaît la finesse d'esprit de son héritier et il sait d'avance qu'il va désamorcer la situation.

— Everni, si je demande la main de votre fille, contesterez-vous toujours ma souveraineté ?

L'atlante susnommé se tait. Il fait mine de réfléchir à la question. Asseoir sa lignée sur l'assisse royale est l'un de ses desseins. La proposition du Prince, en vérité, l'arrange. Il joint ses mains une à une avant de prendre la parole.

— Je reconnais que vous savez vous y prendre, pour régler les conflits, Prince. Soit, j'abdique. Je vous offre sa main. Mais sachez que si j'apprends qu'elle est malheureuse, je ferai tout mon possible pour vous destituer.

Ses suivants se turent, sachant que le cœur de leur guide s'est vu corrompre par une alléchante proposition.

— Nous avons un terrain d'entente.

Déclame Lledriel. Alors que ses mots viennent de mourir, Lynfyw frappe dans ses mains pour avoir toute l'attention.

— Maintenant que tout le monde est d'accord, accepterez-vous d’en faire votre roi et de lui offrir votre loyauté ?

Cette fois, personne ne proteste.

— Nous allons donc procéder au couronnement.

Car Lynfyw a tout prévu, un membre éminent de l'Ordre de l'Oracle se tient dans la pièce. Devant tous, il se dirige, d'un pas assuré, vers le puissant, dorénavant debout, près du trône. Il ôte de sa tête, la couronne et de son doigt, le sceau royal. Il les pose sur un coussin virginal. Il se tourne vers Lledriel.

— Consentez-vous à être un bon roi pour votre peuple ?

Lledriel se met à genoux.

— Je consens à servir chacun de mes vassaux et de mes sujets, à les considérer de la meilleure des manières qu’un Roi atlante le ferait...

Il sent bientôt sur sa tête, peser la couronne d'argent, de saphirs et de diamants.

— Votre main.

L'héritier obéit. Bientôt il sent le métal ceindre son auriculaire gauche.

— Ce trône vous appartient désormais.

Lledriel, plein d'appréhension, s'installe sur l'assisse royale. Jamais il n'avait imaginé qu'à cent quarante-sept ans, il deviendrait le monarque d'Eressa. Alors qu'il vient à peine de prendre place sur le trône, la Cour clame à haute voix.

— Vive le Roi.


Chapitre 6 : Mariage et descendance




Trois jours après le couronnement, alors que Lledriel, traverse les couloirs du palais, il rencontre Everni et ses suivants. L'atlante s'approche du puissant, sans intention hostile à son égard. Sourire sur ses lèvres, les mains derrière son dos, il se plaît à toiser le couronné.

— Majesté, avez-vous oublié votre proposition ? J'attends encore que vous vous unissiez à ma fille.  

Le jeu de regard n'impressionne pas Lledriel. Il en faut plus pour l'intimider.

— Vous espériez que je manque à ma parole. Cependant, j'ai toujours l'intention de prendre votre fille pour épouse. Demain, je soumettrai ma demande à votre aînée.

Le sourire du noble s'agrandit davantage. Ses mires luisent d'une joie malsaine.

— Bien. Nous vous attendrons.

Au crépuscule venu, le roi, encadré par son escorte, se dirige vers l'une des imposantes bâtisses. Alors qu'il vient à peine de se tenir devant l'immense porte, celle-ci s'ouvre, sous l'action de l'artefact que porte Everni autour de son cou.

— Quelle surprise, mon roi. Vous avez tenu parole.

Cette pique n’a aucun effet sur Lledriel. D'un calme limpide, il attend que ce jeu finisse. Son vis-à-vis, après s'être raclé la gorge, continue.

— Entrez, mais entrez donc.

Le puissant et ses protecteurs foulent de leurs bottes la demeure d'Everni.

— Je vais chercher mon aînée. Attendez ici.

Après de longues minutes, le noble revient, sa fille derrière son dos. Voyant Lledriel, ses yeux se voilent d'une tendresse timide.

— Majesté...

Son escorte lui laisse la place. D'un pas vif, il se tient en face d'Elandillë. Sa main, prend celle de sa vis-à-vis.

— Elandillë, souhaiteriez-vous unir votre noble famille à la couronne d’Eressa et consentir à m’offrir votre main ?

Comme un papillon, Elandillë pose sa paume sur celle du souverain.

— Je ferai ce que mon devoir m’oblige avec grand plaisir, votre Majesté.

Everni souffle à l'oreille du couronné.

— Souvenez-vous de notre accord. Si par malheur, je venais à apprendre que ma fille souffre de cette union, je saurais vous le faire payer.

Son étreinte se relâche. Il frappe dans ses mains.

— Malgré les ressources de la royauté, nous tenons à vous offrir la dot de notre fille et à prendre en charge vos épousailles comme gage de notre alliance et de notre respect. Nous vous remercions de cette demande formelle et vous laisserons notre fille au jour de votre mariage. Nous aurons avant cela à discuter des conditions de notre alliance. Il va sans dire que, bien que mettre notre fille sur le trône d’Eressa puisse être un immense honneur pour notre famille, nous aurons bien de choses à discuter concernant nos titres actuels et à venir.

Au jour du mariage, bien des mois après cette entrevue, Lledriel, le visage cerclé par le masque de métal, est guidé à l'autel par sa chère sœur, dernière représentante en vie de la famille royale. Peu après, Everni arrive avec son aînée. Les futurs époux présents, le sacre commence, dans un premier silence. Ensuite, si les paroles moralisatrices de l’Élu qui préside la cérémonie, son babillage sur la sincérité d'un couple et les valeurs de l'amour sont plutôt bien perçues par les mariés, le maître d'arme ose bâiller. Pour lui, qui demeure toujours célibataire à jamais, ces propos sonnent comment des fariboles.

Si l’Élu le perçoit, il ne dit mot et continue de réciter les paroles liturgiques.  Après une heure de sacrement, les deux atlantes sont considérés comme mari et femme.

Fébrile, Lledriel retire le masque qui lui ôte la vue. Libéré de cette gêne, ses mires célestes s'apposent sur le visage d'Elandillë. Il la trouve merveilleuse, avec ses rousseurs aux joues. Ses carpes viennent effleurer ses pommettes. Puis, comme s'ils n'étaient que deux, il dépose en chaste baiser sur ses lèvres.

— Nous allons maintenant nous joindre à cette radieuse alliance et fêter ces épousailles comme il se doit.

Everni appose ses mires azuréennes sur le visage du couronné.

Lledriel et son épousée, profite d’un court moment durant lequel tous se dirigeraient au banquet prévu pour célébrer leur union, afin de parler quelque peu et d’apprendre à se connaître. Ils ne se sont vus qu’une fois, au jour de la demande d’alliance entre leurs deux familles, et ont besoin de se rassurer l’un l’autre, quant à leur futur tracé et imposé.

Apaisé par leur opinion conjointe et le fait de se voir comme deux égaux, le couple royal se joint à la fête. En leur absence, Harïlys l'a animée, pour le plaisir de Lledriel. A nouveau, il a pu compter sur son vieil ami. Les heures filent. Tard dans la nuit, les convives finissent par rejoindre chacun leur demeure. Hésitants, Elandillë, Lledriel se dirigent vers la chambre royale.

De leur nuit, naîtra deux fruits.


Chapitre 7 : Élu de l'oracle



Au cours de sa cent quatre-vingt-douzième année, alors que Lledriel est assis sur son trône, les mains bien à plat sur les accoudoirs, et qu'il réserve son jugement, l'Oracle, avec une magie qui lui est propre, prend possession d'une partie de son âme. Poussé par l'entité mystique, le puissant se lève. Il se dirige vers la porte, provoquant l'incompréhension de tous.

— Majesté ? Mais, que faites-vous ?

Il ne répond rien, sa conscience est comme léthargique. En silence, il quitte la pièce, surprenant toute les mânes présentes. La reine, son épousée, fait signe qu'elle continuera la séance, à la place de son mari, comme elle le fait lorsqu’il est indisponible et parce qu’elle est son égale.

Poussé par un appel du plus profond des âges, le souverain marche dans les couloirs jusqu'à un boudoir privé. Il prend de manière inconsciente, un épais ouvrage, aux pages vierges de ligne, un encrier et une plume et il quitte la capitale pour se réfugier au cœur de la forêt.

Installé sur un tronc d'arbre, Lledriel ouvre le livre sur ses genoux. Pendant des jours, sans manger, ni boire, ni dormir le roi, écrit de manière mécanique. À l'aube du quatrième jour, il s'écroule épuisé et libre. Lorsqu'il reprend connaissance, il est désorienté. Depuis combien de temps il est là ? Comment il est arrivé ? Il l'ignore. Il ne se souvient de rien. La seule chose qu'il sait c'est qu'il doit se rendre à Azzura. Mais pourquoi... la raison reste nébuleuse.

Il observe son environnement. Il avise près de lui, l'épais volume. Il l'ouvre et découvre avec stupeur que les lignes sibyllines sont écrites de sa main. Il suit des yeux, les courbes et déliés. La prophétie parle de lui, de la reine Onyria et d'un danger imminent qui frappera le monde. Comprenant le grand dessein qui était sien, il se jure de ne jamais dire à quiconque qu'il fut un Élu de l'Oracle.

Résolu à ne jamais énoncer la vérité, il cache le livre annonciateur, dans un arbre creux. Alors qu'il est en chemin pour retourner à Ann'Drah, Harïlys, qui a quitté la capitale, l'arrête.

— Gamin, si j'étais toi, j'abandonnerai l'idée de rentrer. Seul t'attend un désespoir sans fin.

Lledriel hausse un sourcil, avant de poursuivre son chemin. Le maître d'arme l'arrête à nouveau.

— Laisse-moi passer...

Harïlys hoche négativement de la tête.

— Plutôt mourir. Écoute-moi, c’est très grave ce qui s’est passé pendant ces quelques jours d’absences. Moi qui peux venir à toi par ma simple essence, tu demeurais introuvable et tes ennemis en ont profité.

Cette supplique surprend le puissant. Jamais encore, cet être bourru, à la langue bien pendue, ne l'a exprimé. Il craint le pire.

— Que dis-tu ? Que se passe-t-il ?

Son vis-à-vis affiche un regard sombre avant de soupirer.

— Le cinquième successeur au trône après tes enfants, ton cousin, ennemi d’Everni et courroucé par ton alliance, a profité de ton absence afin de mettre la capitale à feu et à sang Lledriel. C’est très grave.

Les mots se meurent avant d'être soufflés. Lledriel blanchi. Inquiet pour son épousée, sa descendance, sa sœur, il se met à courir en direction de la cité et Harïlys l’arrête promptement et brutalement en le mettant à terre.

— Tu ne peux pas y retourner. Ils sont tous morts Lledriel. Tous.

Lledriel reste muet, choqué par cette annonce. Alors qu’il est à terre piégé par le poids de son maître d’armes, il dénie et hurle en se débattant et en tentant de rouer de coups son ami afin de se dégager de son emprise :

— Tu mens Harïlys ! Je n’ai pas pu disparaître tant de temps ! Tu mens !

Harïlys se redresse et le coince avec ses bras, dans une embrassade étouffante :

— Tu as disparu près de deux semaines, il en fallait moins pour que tes ennemis décident de s’attaquer à nous. Aucun de tes espions n’a pu voir cela venir, je n’en sais pas plus Lledriel et je te prie de me pardonner ne n’avoir su les protéger. Le palais était infesté des rats d’Étheler depuis des années.

Le maître d’arme serre Lledriel entre ses bras puissants afin qu’il ne s’écroule pas, ni ne coure à sa ruine et à sa mort. Harïlys a encore devant ses yeux l’image horrifique de la famille royale, têtes coupées et exposées sur des piques devant la cité. Il ne peut le lui dire et gardera ce secret afin de ne pas détruire l’âme de son protégé.

Des larmes prennent naissance à la bordure des yeux du roi déchu pour finir de mourir sur ses joues.

— Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi cette folie ?

Le cœur au bord des lèvres, bouleversé par cette annonce, il ressent dans ses veines, dans tout son être, un désir de se venger. Embrumé par la tristesse et par la rage, les deux atlantes restent ainsi pendant des heures. Pourtant, la dernière battue des hommes d’Étheler, celle qui cherchait depuis des jours le dernier représentant des Syel’Aen, arrive vers eux : ils les entendent, entendent les chiens avec eux et le fracas des armes et des chevaux.
La seule chose qu’Harïlys a pu récupérer fut sa propre épée, ainsi que celle de Lledriel : Shyden.

Lorsque les assaillants arrivent dans leur direction et les pointent du doigt en hurlant, le roi attrape son épée au sol, prêt à combattre de son dernier souffle. Il n’a plus rien à perdre et veut mourir dignement, oubliant temporairement tout souvenir de sa propre prophétie : son cœur est dévasté, vide. Alors qu'il est prêt à combattre et que les ennemis fondent sur lui et sur son indéfectible ami, des mains le cramponnent et il est transporté à l'orée de la forêt, à l’opposé d’Ann’Drah.

Son regard, plein de haine s'appose sur le visage d'Harïlys.

— Ne m'en veux pas, gamin. J'ai fait ce que la reine aurait voulu. Te sauver la peau.

Ces mots, eurent l'effet d'une douche sur Lledriel. Assit sur le sol, ses ongles lacérant la terre, il est désespéré. Pourtant, le souvenir, tranchant et violent, comme guidé par l’esperite d’un autre être plus puissant, revient :

— Nous devons nous rendre à Azzura.

— Que racontes-tu gamin ?


Lledriel se lève.

— C’est là que vit Onyria, la dernière de notre lignée, une cousine. C’est le seul endroit où nous pourrons trouver refuge.

Le maître d'arme observe son disciple, presque éteint.

— C’est une idée, gamin. C’est une idée. Ta vie ne doit pas s’arrêter là, qu’importe combien tu souffres.
— Tu ne comprends pas, Harïlys. Je crois que c’était mon destin. Je crois que l’Oracle a causé tout ça pour que je m’y rende de force et au plus vite.
— Gamin, je ne comprends pas un fichtre mot de ce que tu me dis. Si tu veux que j’assimile tes dires il faut être plus concret. Et nous pressés…


Le dernier des Syel'Aen ne lui répond pas et lui fait signe de venir. Il s'enfonce dans les bois, suivit par Harïlys. Après une très longue marche, nécessaire afin que Lledriel se calme, ils retrouvent l’arbre et récupèrent la prophétie de l'oracle. L'Atlante regarde l'ouvrage, puis Lledriel, puis à nouveau l'ouvrage et comprend. Tout fait sens mais le maître d’arme ressent une profonde colère, envers son dieu. Colère qu’il sait partagée par sa pupille. Une vérité douloureuse, un destin implacable, mais nécessaire. Il comprend que Lledriel a été hanté par l’Oracle pour écrire une prophétie sûrement plus importante, que la vie de quelques-uns. Il est horrifié.

— Nous irons à Azzura. Mais avant, nous avons une vengeance à accomplir.

Sans formuler plus de mots, Harïlys les téléporte devant un immense artefact, au cœur même de la cité des abysses. Quitte à avoir tout perdu, autant annihiler les défenses de la cité engloutie pour donner du fil à retordre à Étheler pour les cinq cent prochaines années et dévaster le joyau des atlantes : la cité engloutie.

— Si on veut aller à Azzura, autant ne pas arriver les mains vides.

Même si Lledriel est d'accord avec Harïlys, il ne dit rien. Trop vide par l'émoi et par sa rage.


Chapitre 8 : Azzura




La minute suivante, Lledriel, l'ouvrage prophétique, l'immense artefact et Harïlys se retrouvent devant les portes de bois précieux, aux volutes ornées de métal, du palais d'Azzura. Voyant la magnificence de l'édifice, le maître d'arme souffle d'admiration.

— Hé bé... Ça force le respect.

Ses abîmes se posent sur son disciple, dont les mains tiennent fermement l'épais livre annonciateur d'un mal terrible prochain, comme s’il s’agissait de la dernière relique de son glorieux passé. Il s’y accroche comme s’il était le dernier souvenir de ce qui avait fait de lui un roi, un mari et un père aimé.

— Regarde, c'est magnifique.

Les prunelles de Lledriel sont voilées de tristesse. Harïlys, même s'il comprend sa peine, le secoue.

— Bouge-toi. On est venu dans un but précis. Fais ce pourquoi tu es là, gamin. C’est peut-être ce que voulait l’Oracle qui t’a tout pris, mais c’est aussi ton destin. Je crois que la vie nous apprend le sacrifice. Je suis sûr que la perte de nos êtres chers permettra la survie de dizaines de milliers d’autres.

Clame-t-il toujours en l'agitant. Après une minute, l'atlante relâche son vis-à-vis. Il se tourne vers la porte et beugle.

— Oh héééé. On veut voir votre Reine. C'est de prime importance.

Les minutes passent. Rien ne vient. Le maître d'arme peste. Le palpitant saignant les larmes de son corps, Lledriel pose son regard sur Harïlys.

— Elle viendra. Nous avons correspondu des lunes durant. Elle doit s'attendre à ce que je vienne avec Elandillë et les enfants.

Cette phrase lui coûte énormément. Elle le confronte à cette inhumaine réalité : cela ne sera jamais possible. Ils ne sont plus. Les portes finalement s'ouvrent. Dans l’embrasure se dessinent la reine Onyria et son plus fidèle allié, Baltazar.

— Onyria, me voilà enfin.

Il passe le livre à Harïlys, qui, comme un dragon jalousant ses trésors, veillera dessus. Il s'approche. Prend sa cousine dans ses bras. Puis enfin, la relâche. Un sourire triste relève les coins de sa bouche.

— Ce qui m'amène ici est un sombre présage. Des nouvelles qui ne peuvent attendre.

Harïlys montre l'artefact de son index.

— Et nous vous avons apporté ceci, Majesté. Je pense que vous en ferez mieux usage que la nation atlante.

Pendant que le vénérable incline la tête pour le présent, Onyria les invite à entrer. En silence, Lledriel et le maître d’arme suivent la monarque et l’astre. Parvenus dans une pièce où nulle oreille indiscrète ne les écoutera, l’ancien couronné reprend son livre.

— C’est vrai qu’il t’est précieux.

Lledriel pose ses mires célestes sur Onyria qui dit.

— Parle mon ami. Je sens dans ton corps de sombres mirages. Raconte-moi tout ce que tu renfermes.  

Un instant, Lledriel ferme ses paupières. Lorsque ses mires viennent rencontrer les océans de sa cousine, sa voix retentit.

— Aussi dur qu'il est pour moi de l'admettre, il est question d'une sombre prophétie dont tu fais partie. Elle est inscrite dans ces lignes annonciatrices.

Il lui tend le précieux livre. Il poursuit avec un regard d'une infinie tristesse.

— Quant à ma situation, laisse-moi un peu de temps avant de te l'exposer. Je n’en ai pas la force, ni l’envie.

Les jours passants, alors qu'Onyria sans le savoir, l'aide à cicatriser son cœur, Lledriel s'épanche, il lui révèle tout ce que le maître d’arme a pu lui confier : la perte tragique de sa famille, le coup d'état. Après avoir pu lui dire la vérité, il se sentit à peine plus libre.

Alors qu’il réside à Azzura depuis à peine une lune, il se trouve un refuge : il désire mettre à contribution ses talents dans l’information afin d’aider les démunis de ce monde ravagé par les guerres de succession et les changements de couronne. Il se dévoue corps et âme pendant un temps, à fonder ce qui deviendra l’ordre de l’Aigle d’Argent.
Ayant déjà été victime d'un complot, il souhaite, de cette façon empêcher qu'un autre ne détrône sa cousine. Il a lui-même trop d’affection pour la dernière de leur famille en vie et estime que des vies innocentes ne méritent pas d’être détruites ainsi.

Voyant son efficacité et la pureté de son être, Onyria lui propose une place dans le haut Conseil, suivant directement la trame de cette création : mettre en place un réseau d’informations et d’espions loyaux à la couronne et prêts à tout pour démêler les pires complots. À la fois surpris et comblé, il accepte. La reine ne put savoir à quel point il lui en fut reconnaissant. Quelque part, il mettrait son intelligence et ses capacités au profit de quelqu'un. Il avait besoin de se savoir utile, non pas par sa naissance ni même en s’arrogeant quelque droit de rang, mais en travaillant au service de celle qui l’avait recueilli comme un oiseau brisé.


Chapitre 9 : Piégé dans la peau de l'Arkvald




Lui qui a repris goût à la vie, grâce à Onyria, grâce à Harïlys, en a oublié l'essence même de ce qui l'a emmené ici : la menace terrible qui s'abattrait sur Rëa. Ivre de ce bonheur nouveau, de cette seconde chance qu'on lui avait offerte, Lledriel sous le regard impressionné de Numengar, prend l'apparence d'un Arkvald à la tête et au poitrail cerclé d'argent et de saphirs.

Grisé par sa victoire face au plus grand mage de tous les temps, il lève sa tête, les cieux sont couverts d'une immense tâche sombre. Face à sa compréhension que le grand péril, cité dans la prophétie de l'Oracle se tenait là, il se mit à courir, courir jusqu'à la salle amplificatrice de magie. Mais, c'était trop tard. Avant même qu'il n'arrive, Azzura s'était transformée en écrin glacé et Onyria s'était sacrifiée. Toutes les âmes, à part lui, furent figées dans le temps. Et lui, piégé par la force du sort, demeurait à l’image d’un arkvald blanc.

Poussant un grondement terrible, de rage et de désespoir de n’avoir rien vu venir, il tente d'ouvrir les immenses portes. Tout ce qu'il arrive à faire, c'est laisser de grands sillons de griffes sur le bois. Incapable de la forcer, incapable de reprendre forme humaine, Lledriel est dévasté.

Il se jure en cet instant, qu'il sera le gardien de la cité endormie car tel sera son destin. Après quelques centenaires à veiller seul sur Azzura, sa raison se détériore inexorablement. Afin d'échapper à la folie, sa conscience s'estompe dans celle de la bête. Jusqu'en 65 de l'ère des rois, Lledriel abat toutes les mânes qui ont l'inconscience de venir jusqu'ici.

Alors qu'il réserve le même sort à un enfant perdu, un feu follet l'arrête. Syel'Aen comprend à cet instant-là, son esprit ayant un infime éclat de conscience perdue, qu'il s'agit d'Onyria et que le garçon est celui relaté dans la prophétie de l'Oracle. De loin, sans le perdre de vue, il le guide à travers le mont des Dieux, des heures durant. L'enfançon, de fatigue, finit par s'écrouler.

Lledriel, sans réveiller le dauphin, avec une tendresse infinie, le prend dans ses mâchoires et le dépose sur le palier, juste devant la porte du palais. Puis, il s'allonge à ses côtés. Avant même que les paupières de son protégé se soulèvent et qu'il ne revienne à lui, il part.

Plein d'une espérance nouvelle, il le suit de loin. L'incantation du prince ne suffit pas à redonner vie à la cité. Affligé, Lledriel laisse à nouveau, la bête prendre le dessus.

En l'année 89, Lledriel faillit réitérer la même erreur. De folie et de rage entremêlées, il faillit tuer les dix-neuf chevaliers de la prophétie. Ce fut un éboulement qui les sauva d'une mort certaine.



Lledriel s'éveille à nouveau. Cet épisode de sa vie, il s'en souvient encore nettement. S'il avait commis l'irréparable, que ce serait-il passé ? Il l'ignore. Il serait certainement encore en Arkvald. Jamais il ne parla à quiconque de ses errements et toute ses vies qu'il a arraché pour préserver la cité. C'était son devoir de gardien.





Ambitions & Desseins


Lledriel aimerait plus que tout trouver un moyen pour ramener l'âme de sa cousine dans son enveloppe de chair. Son second dessein est d’étendre à nouveau son réseau à travers le monde.



Divers


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Calim Al'Azran
◈ Missives : 2307

◈ Âge du Personnage : 82 ans
◈ Alignement : Loyal Bon
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Sharda du Nord
◈ Origine : Al'Akhab - Siltamyr
◈ Magie : Aucune
◈ Fiche personnage : Calim
◈ Crédit Avatar : Old man with a cane By Igor Babailov

Conteur
Calim Al'Azran

◈ Sam 17 Nov 2018 - 16:42

Et coucou et c'est validé !

Oh boy encore des compétences à faire xD.................