Azzura


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Héléna Walkrain

Héléna Walkrain
◈ Missives : 1

◈ Âge du Personnage : 14 Ans
◈ Alignement : Neutre Bon
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Vreën
◈ Origine : Kaerdum, Raiendal
◈ Localisation sur Rëa : Dans la Région de Raiendal
◈ Magie : Magie Arcanique
◈ Fiche personnage : [url=][/url]
◈ Crédit Avatar : anderserna : Stephanie Mage soilaire.

Aventurier
Héléna Walkrain

◈ Ven 10 Mai 2019 - 18:41

◈ Prénom :  Héléna
◈ Nom : Walkrain
◈ Sexe : Femme
◈ Âge : 14 Ans
◈ Née le : Second Jour du mois de Merä lors de l'an 77 de l'Ere des Rois.
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Vreën
◈ Origine : Kaerdum, Raiendal
◈ Alignement : Neutre Bon
◈ Métier : Médecin, Herboriste et Alchimiste itinérante.
◈ Crédit avatar : Stéphanie, Mage solaire by anderserna


Magie


Bien que n'ayant pas réalisé qu'elle avait été affectée par la première, Héléna a ressenti résonner profondément en elle la seconde vague de magie et malgré le fait qu’elle ne l'ai pas compris immédiatement, elle a constaté rapidement quelques changements en elle. En cherchant en son for intérieur à comprendre la nature de cette énergie nouvelle, elle s'est découvert la capacité d'accélérer la vitesse de croissance des végétaux.
Afin de mieux maîtriser ce pouvoir, elle a décidé de l'intégrer totalement à son quotidien pour diverses tâches, ne manquant ainsi jamais de créativité pour trouver de nouvelles façons de l'employer.
Ce pouvoir lui sauva probablement la vie lors de l’apparition d'Ehara en lui permettant de se protéger partiellement de la vague d'énergie due à l’apparition du dragon.
Fascinée par ce pouvoir surnaturel, elle cherche toujours à en savoir davantage mais se refuse à suivre l'enseignement des anciens mages afin d'obtenir une magie façonnée par sa propre expérience et sa propre vision de monde.


Forces & faiblesses


Depuis toujours petite et fluette, Héléna n'a jamais brillé par sa force physique et porter des sacs d'herbes et de médicaments lui demande pas mal d'énergie. À 14 ans, elle a toujours un physique d'enfant.
Cependant si son physique est bien son plus grand point faible, sa détermination ne fait aucun doute. Malgré son enfance violente et difficile, elle s'est toujours relevé sans se plaindre ne se laissant ainsi jamais intégralement dévorer par la cruauté des Hommes.
Cette volonté s'est d'ailleurs grandement renforcée depuis sa rencontre avec la magie, sa rencontre avec Ehara et la découverte de son but.
De plus, ayant vécu les derniers mois de l'An 90 de l’ère des Rois en tant que médecin itinérant, tentant sans relâche de contenir l'épidémie sans réussir, voyant les cadavres s'empiler et la vie se volatiliser entre ses doigts sans pour autant renoncer, nul doute que sa solidité mentale n'est plus à prouver.
Éduquée par un libraire au savoir large, les arts des sages lui ont été transmis dès un très jeune âge et elle s'est montrée particulièrement douée en médecines, Herboristerie et Alchimie (elle a également reçu une formation en lettres).

Ses années en tant qu'enfant des rues lui ont appris à se fondre dans un environnement urbain et a faire preuve de discrétion en observant les gens de près comme de loin ainsi que l'art de la flûte pour captiver les foules du marché afin de gagner de quoi manger ou pour son plaisir personnel.
Sa condition de criminelle, lui a appris à toujours être sur ses gardes, à toujours être consciente des mouvements de patrouilles, et à la présence d'espions éventuelle avant de s'aventurer dans les quartiers riches, modeste ou de marché de la ville. Et dans les quartiers pauvres, elle a souvent eu l’occasion de rencontrer, tous types de personnes rejetés par la société et de découvrir que les rumeurs les concernant sont régulièrement fausses.
Esclave au sein de sa famille pendant toute son enfance, elle a appris comment s’occuper efficacement d'une habitation et sa proximité avec une famille titrée, lui a appris les rudiments de l'étiquette de la grande bourgeoisie et de la noblesse bien qu’elle n’ai jamais mis en pratique ses maigres connaissances. Enfermée à l’intérieur du domicile familial presque constamment, elle n’a eu que peu d’occasions de comprendre et d’expérimenter les relations sociales.


Physique


Des yeux bleus comme le ciel de midi, une peau rosée comme les pommettes d'un nourrisson, et de longs cheveux blonds assez épais qu'elle préfère attacher en deux larges nattes tressées. Un corps fragile de 4 pieds et 10 pouces de haut et pesant 3 ambannes et demie qu'elle entretient grâce à des tâches quotidiennes basiques mais relativement physiques.
Une jeune fille très belle, douce en apparence mais au regard perçant. Toujours bien droite sur ses épaules, elle déteste donner l'impression d'être faible car elle sait que dans le monde dans lequel elle vit, elle ne peut pas se le permettre.
Son apparence inoffensive est un leurre qui peut s’avérer redoutable car elle sait en jouer et connaît très bien les pires côtés de l’Homme. Et même dissimulé sous de larges vêtements, son petit corps abîmé est pour elle un rappel constant de la réalité qui l'entoure : elle connaît la douleur du bâton, du feu, et du fouet et la valeur de ceux qui se relèvent peu importe le nombre de coups reçus.
De ce fait, Héléna est très froide envers ceux incapables de respecter leur prochain. Il n'est pas rare qu'elle se crispe et se torde les doigts dans tous les sens en présence de ce genre de personne et peu importe votre âge, dans ces cas-là, la haine qui brûle dans son regard ne vous laissera pas indifférent.
À force de dévorer des ouvrages à la seule lueur de la lune, sa vue à quelque peu baissée mais pas au point de l'handicaper réellement et si vous la trouvez en train de lire sur un banc, elle possède toute une série de petites mimiques amusantes qui lui donne un air accessible.
Vous pourriez peut-être même la surprendre en train de sourire, perdue dans un univers dont vous n'imaginez ni les limites, ni les possibilités.
Le paraître ne lui étant pas d’un grand intérêt, et elle ne prend donc jamais scrupuleusement soin de son apparence, aussi, il lui arrive de temps à autre de sortir les cheveux en bataille, le visage crasseux ou avec des habits en piteux état, se moquant bien de savoir quelle image elle renvoie aux gens qui la croisent.


Caractère


Héléna est une jeune fille calme et réfléchie qui n'agit que rarement sans connaître les détails d'une situation. Elle possède un air très mature pour son âge .
L'absence d'une mère, la présence d'un père indifférent à sa santé et celle d'une belle famille ne lui voulant que du mal, l'ont faite plonger dans une sorte de mutisme partiel. Héléna ne parle pas à beaucoup de gens et seuls ceux à qui elle peut instinctivement faire confiance pourront entendre aisément le son de sa voix. La présence d’individus foncièrement bons sur son chemin l'a aidée à ne pas se renfermer totalement sur elle-même, cependant, même si ces derniers la fascinent, son instinct la force à ne jamais trop s'ouvrir et à toujours être sur ses gardes lors d'une conversation.

Les personnes qui la connaissent savent que malgré son jeune âge, elle a une volonté inébranlable et que la briser psychologiquement est basiquement impossible. En peu de temps elle a cumulé les statuts d'esclave, de rebut et de criminelle, lui permettant ainsi de développer un regard critique sur la société dans laquelle elle vit et -avec l'aide des livres- sur la façon dont tourne le monde en général.
La pauvreté est un mal à guérir, l'injustice est un démon à éradiquer et l'inégalité la source de toutes les horreurs. Héléna s'est investie d'une mission impossible, d'un objectif inatteignable, et sa santé mentale repose sur le succès de cette mission car vivre dans ce monde tout en sachant qu'il n'y a aucun espoir d'amélioration lui serait insupportable.

Mais Héléna n'est pas qu'une âme en peine qui lutte désespérément pour sa survie. D'un naturel très posé, elle aime les moments de vide ou elle peut apprécier un bon livre, la chaleur du soleil sur sa peau, le son de la pluie qui tombe sur la terre, la vue des places de marché grouillantes des grandes villes ou les sauts d’humeur de la mer.
Très proche de la nature, elle s’émerveille toujours devant une espèce animale ou végétale inconnue et peut passer des semaines à l’étudier pour connaître tous ses secrets (à l'instar de son précepteur).
Ce caractère paisible ne l'empêche pourtant pas d'être une travailleuse chevronnée et dès lors qu'elle a un objectif, elle est prête à fournir des efforts sans relâche pour son accomplissement, parfois même au mépris de sa propre santé.

Curieuse, trop curieuse peut être, elle adore les livres et ce qu'ils racontent, tant ceux de légendes et d'aventures palpitantes que ceux rassemblant les connaissances scientifiques et magiques des races intelligentes à travers le monde. Apprendre est pour elle la première étape de son immense projet mais même sans cela, gagner de nouvelles connaissances est un plaisir dont elle ne saurait se passer trop longtemps.

Autant altruiste que serviable, elle aime aider ceux qui en on besoin mais jamais de manière trop étouffante et déteste faire le travail à la place des autres. Elle préfère de loin enseigner et partager ses connaissances afin qu'une fois partie les gens puissent se débrouiller sans elle. Bien qu'elle se soit montrée utile et très pédagogue en de très nombreuses occasions, elle ne s’enorgueillit jamais car sa rencontre avec Ehara lui a rappelé que nous -tous autant que nous sommes- ne pouvons rien face à l'écrasante supériorité et l'incroyable pureté de la nature.

Malgré le fait qu'elle a beaucoup douté à travers toutes ses épreuves, elle n'a jamais perdu la foi et elle compte bien expier ses péchés en menant à bien ses nobles objectifs et en comparaissant lors du crépuscule de son existence devant le juge suprême.


Inventaire


Une robe de mage grise ample, légèrement trop grande et un grand chapeau pointu de couleur identique.
Un grand bâton de marche en bois de chêne.
Deux chouchous bleus pour attacher ses nattes et le médaillon de sa mère caché sous le col de la chemise blanche qu'elle porte sous sa robe.
Un grand sac d'apothicaire avec des compartiments pour les fioles et les plantes ainsi qu'une grosse cape très chaude qui lui sert de couverture lorsqu'elle passe ses nuits en extérieur.


Histoire


La naissance d’un enfant est le produit d’évènements imprévisibles qui influe souvent sur le destin de beaucoup d’autres âmes.
Il se peut que cette arrivée soudaine parmi nos pairs ait été devinée depuis un long moment. Il est également possible que personne n’ai eût la clairvoyance nécessaire pour entrevoir les desseins de la vie.
Enfin, il arrive que certaines naissances soient marquées par le sceau de l’exclusion.

Car si l’amour est généralement brandi par le peuple ou l’église comme le symbole d’une relation pure, son revers ne dispose pas du même éclat et les enfants comme moi savent pertinemment que nous ne sommes pas tous égaux face aux doctrines qu’il a instaurées.
Relations impures, proscrites, déshonorantes, maudites, restent malgré tout des mères et le monde n’est pas tendre avec leurs enfants.

Mais je mentirai si je disais que l’amour est le seul responsable de mes malheurs.
Non, le coupable est l’infâme produit d’une mixture grotesque mêlant peur et ignorance, douleur et vengeance, incertitude et souffrance et qui a tranquillement pu mijoter des milliers d’années durant à l’intérieur de cette immense marmite rouillée que l’on appelle le monde.
Alimentée par le feu de la guerre, cette braisière à finalement pu voir la nature des sociétés changer pour devenir un procédé horrible qui consiste à rassembler les gens se ressemblant sous une même bannière afin qu’ils pensent, parlent, et finalement vivent de manière identique et ce, dans l’unique but de faire mûrir leur haine envers tout ceux qui leurs sont différents.
Mais ainsi élevés et habitués à obéir, les humains ne sont bientôt plus très différents des animaux d’élevage et finissent par arrêter de réfléchir laissant ainsi tout le loisir à la minorité qui se rit de leur bêtise de profiter de leur labeur. Insatisfait de sa situation cet humain va alors chercher quelqu’un sur qui reporter sa frustration et la seule condition à l’éligibilité d’une cible est qu’il ou elle soit différent d’une quelconque manière.

C’est cette société, cette norme, cette différence qui à poussé une enfant de 16 ans à me déposer sur le pas de la porte d’un homme qu’elle haïssait.
Cette jeune femme avait eu le malheur de naître avec des yeux de couleur différente qui, malgré le fait qu’ils étaient absolument superbes, restaient avant tout un symbole de malédiction dans la plupart du royaume.

J’imaginais souvent le déroulement de cette scène avant de m’endormir et j’essayais de comprendre comment, alors qu’elle n’était qu’au crépuscule de son enfance, cette jeune mère avait trouvé en elle, la force de m’offrir une chance de vivre heureuse au mépris de son propre bonheur.

Ma belle-mère me nomma Merä, car c’était le mois de ma naissance. Je ne suis pas sûr qu’elle m’ait jamais vue comme un être vivant. C’était une femme effrayante d’une quarantaine d’années dont la beauté ne laissant présager toute la froideur et la violence qu’elle était capable de dégager. Mon père avait décidé de me garder en dépit des commérages et des superstitions et pour cette dernière, cela faisait de moi une gêne conséquente ainsi qu’une atteinte à l’honneur de sa famille.

Elle me mit au travail très tôt - je ne devais alors pas avoir plus de quatre ans – et m’affublai de toutes les tâches ingrates possibles et ce même lorsque les domestiques de la maison avaient du temps libre. J’avais pour tout repas le reste dès leurs et lorsque j’avais fini, j’étais jetée en pâture à ses enfants qui avaient tous trois étés autorisés à me cogner pour se défouler.

Après m’être faite rouer de coups, alors que je retournais en titubant vers la cave qui était aussi ma chambre, il m’arrivait souvent de croiser le regard de mon père, installé dans son grand fauteuil au milieu du salon. Droit, strict, le regard sévère dénué de toute once de culpabilité, il ne se sentait nullement responsable de mes malheurs et me faisait comprendre silencieusement qu’il n’interviendrait jamais en ma faveur. J’étais alors jeune, mais j’avais déjà pris la décision de ne jamais lui laisser la satisfaction d’entendre mes plaintes.

Chaque Sheal néanmoins, j’avais du répit. La maison recevait régulièrement des invités et on m’intimait alors de quitter les lieux dès l’aube.
Je passais le plus clair de ces journées chez le vieux Dorne, un libraire de la rue voisine. Un vieil homme d’une soixantaine d’années qui s’était mis en tête de m’apprendre à lire et à écrire, qui pansait mes blessures et me racontait mille légendes des contrés du Sud et de l’Est ainsi que des récits passionnants narrant la toute-puissance de la magie et la majesté des dragons.
Chaque semaine, il me prêtait un nouveau livre que je cachais dans la cave et ressortais la nuit pour le dévorer en silence dans la cuisine alors que tout le monde dormait, avec comme seule source de lumière, les délicats rayons de la Lune.
La lecture fut pour moi une découverte incroyable. À l'intérieur de ces amas de papiers, se cachaient des mondes entiers et les explorer était un exercice des plus amusants d’autant plus qu’il me suffisait de lire un ouvrage une fois pour le retenir intégralement. Ce talent intéressait beaucoup le vieil homme qui me diagnostiqua après quelques recherches, une mémoire eidétique.

Le temps passait et je n’avais à présent plus l’impression de vivre que lors de cette journée qui mettait toujours bien trop de temps à arriver.
Chaque soir, je comptais inlassablement le nombre d’heures qui me séparaient de ce moment tant attendu. Se lever pour les autres matinées tout en sachant pertinemment que je ne connaîtrais pas la joie de déambuler dans la rue portée par le vent pour aller m’enfermer dans cet antre du savoir, manger des bonnes choses, m’instruire sur le monde et profiter de mon seul vrai contact humain devenait de plus en plus insupportable.

Fort heureusement, les années passant, les enfants de la famille commencèrent à passer plus de temps à l’extérieur de la maison, si bien que lors de mon sixième printemps, il arrivait que je passe parfois jusqu’à trois jours sans les croiser. Cependant ils ressentaient encore, de temps à autre l’envie de me battre et malgré ce que j’avais espéré, ils n’avaient visiblement toujours pas appris le sens du mot retenue.
Les blessures, quoique moins fréquentes, étaient donc plus graves qu’auparavant. Le vieux Dorne s’en apercevait . Ses sourcils froncés et son regard triste lorsqu’il me soignait me peinaient toujours car je refusais que ma condition efface le sourire chaleureux qu’il arborait chaque fois que j’entrais chez lui.
Cela ne l’empêchait pourtant pas de se servir de mes blessures pour m’enseigner l’anatomie humaine et m’apprendre comment les soigner (je ne compte plus le nombre de fois où j’ai dû me recoudre seule sous son regard inquisiteur quoiqu’un peu amusé).
Je me sentais prisonnière du temps. Mon seul refuge restait cette librairie poussiéreuse où il semblait reprendre son cours normal. Rustique et mal rangée, elle n’en demeurait pas moins apaisante et passer la porte d’entrée me donnait systématiquement l’impression de traverser l’un de ces portails magiques, qui dans les contes, mènent vers de nouvelles contrées luxuriantes et inexplorées. Dans mon cas il s’agissait d’un monde de paix, de joies, d’histoires et de thé aux herbes.

Le vieux Dorne prit bientôt la décision de m’inculquer tout son savoir livresque. Il clamait régulièrement que le savoir serait à terme, ma meilleure arme. Il commença par l’histoire du monde et les mathématiques mais décela rapidement mon intérêt pour la médecine. Les mois passaient et chaque semaine, le vieil homme s’émerveillait de mes progrès, me répétant régulièrement qu’il n’avait jamais vu une enfant aussi douée. Mes dimanches à la librairie étaient de plus en plus rares car nous allions maintenant de manière fréquente sur le terrain pour apprendre « à la source » comme il disait.

Après m’avoir fait découvrir l’alchimie et l’herboristerie, il était devenu clair pour le libraire qu’elles étaient avec la médecine, mes matières de prédilection.
Les plantes et les animaux de notre continent ainsi que certaines espèces des autres n’eurent bientôt plus aucun secret pour moi et je n’avais plus besoin de mon vieil ami pour me soigner.
Trouver une opportunité de pratiquer l’alchimie n’était à l’époque pas chose aisée mais Dorne n’abandonnait pas et il n’hésita pas à dépenser ses maigres économies pour acheter le matériel nécessaire à la réalisation d’expériences diverses et variées lorsqu’il fut disponible.

Expérimenter en situation réelle toutes mes connaissances en médecine devenait une obsession, mais malheureusement, l’occasion m’en était rarement donnée et les seuls êtres vivants que je pouvais soigner étaient des animaux de petite taille trouvés dans les ruelles ou les forêts.

Les six années qui suivirent furent identiques. J’engrangeais les connaissances à toute vitesse et plus j’apprenais plus l’envie d’apprendre était pressante tant et si bien que j’en viens à penser que sans les livres théoriques que me prêtait mon vieil ami, je serais devenue folle.

Mais alors que je venais d’avoir 12 ans, le fragile équilibre qui s’était mis petit à petit en place se brisa violemment.
Un soir, en toute fin du mois d’Aldar, alors que je souffrais d’un étrange mal de crâne, je demandais à mes frères et sœurs de bien vouloir me laisser exceptionnellement une soirée paisible. Grand mal m’en pris, car ils redoublèrent de violence par rapport à d’habitude. Leur petit jeu durait beaucoup plus longtemps ce soir-là et je commençais à perdre connaissance. Soudain, le temps que je pensais bloqué repris son cours et brusquement alertée par un instinct de survie dont je ne soupçonnais pas l’existence, je bousculais le plus petit de la fratrie afin de fuir vers le salon.
Mais ma tentative fut vite transformée en échec alors que je me cognais au flanc de mon père qui passait juste devant la porte.
Il me portait le même regard que d’habitude nonobstant la faible lueur de surprise induite par ce choc imprévu qui mourut aussi vite qu’elle était née. Il stoppa sa marche quelques secondes pour regarder mon état puis me poussa en arrière et referma lentement la porte alors que je tombais au sol.
Je m’y attendais. Il était accompagné. Un ami ? Un confrère ? En tout cas visiblement quelqu’un d’important : il était rare que nous ayons des invités avant la fin de semaine et il m’était formellement interdit de me montrer lors de ces visites.
Je me réveillais, au milieu de la nuit sur le sol du salon de l’autre côté de la porte que j’avais tenté de franchir quelques heures auparavant, incapable de bouger, l’œil droit boursouflé et avec un atroce goût de fer dans la bouche.
Rester à jamais sur le sol gelé ne m’apparaissais alors pas comme une si mauvaise option. Immobile, le souffle cours, je voyais ma vie défiler devant mes yeux. Tout devenais noir, l’atmosphère était pesante. La joie et l’espoir fuyaient mon corps à toute vitesse. J’avais envie de pleurer toutes les larmes de mon corps, jamais je ne m’étais sentie si misérable qu’aujourd’hui. Même la bénédiction d’Alvar qu’était la vie me semblait soudain avoir perdu toute sa valeur.
La colère pris peu à peu le dessus. Je la sentais s’infiltrer en moi comme l’eau s’infiltre dans une cabane d’enfant un soir d’averse.
Péniblement, ma carcasse brisée se mit debout, et boita jusqu’à la cuisine ou elle empoigna la lame la plus aiguisée possible.
Ma conscience était partiellement endormie et le temps me semblait être ralenti mais je me souviens avoir entendu très clairement résonner dans ma tête :

- Lequel choisis-tu ?

C’était une voix grave que je n’avais jamais entendue auparavant. Elle me semblait lointaine, comme perdue, provenant du haut d’un immense pic de montagne, assurée et dure comme la roche.
Négligeant le fait qu’il était impossible que quelqu’un soit réellement en train de m’adresser la parole, je répondis à voix basse.

- Quelle importance ?

C’était tous les mêmes après tout…
Le hasard voulu que je m’arrête devant le lit de ma sœur aînée. Aucun cri, je ne put lire dans ses yeux qu’une immense incompréhension. Aucune joie. Aucune tristesse. Juste la découverte de la sensation étrange de planter une grande lame brillante dans le cou délicat d’une jeune femme et une fascination morbide pour la fluidité avec laquelle toute cette scène s’était déroulée.
Je restais encore là, quelques secondes, à fixer sans vraiment la voir, la tache rouge qui avec le peu de luminosité me semblait noire, s’étendre lentement sur la taie d’oreiller et les draps blancs de soie. Les yeux précédemment paniqués s'étaient calmés et fixaient maintenant le plafond de la pièce alors que je croyais voir la vie finir de s'évaporer lentement par la bouche entrouverte du cadavre.

Comme abruptement sortie de transe, je réalisais que je devais fuir. Je retournais l’oreiller et tentais de masquer mon crime en remontant la couverture par-dessus le visage de la morte.
Quelques minutes pour m’habiller et récupérer le livre de Dorne avant de me rendre au seul endroit possible.

En voyant la gravité de mes blessures et mes mains maculées de sang, il me poussa à l’intérieur sans rien me demander et m’expliqua tout en rassemblant des affaires dans un sac qu’il ne pouvait pas me cacher efficacement.
D’un coup, il se raidit et regarda l’heure, et se détendit quelque peu. Il était à peine deux heures du matin.

- On a le temps de réparer tout ça ! Me dit il en souriant mais la voix tremblotante tout en me montrant d’un petit signe de tête.

Il me déshabilla et se mit au travail. Je sentais qu’il était paniqué. Ses mains si assurées et délicates en temps normal tremblaient comme un chaton dans la neige et je l’entendis pour la première fois maudire mes agresseurs lorsqu’il découvrit que plusieurs de mes côtes étaient fêlées sinon brisées.

Vers trois heures, il avait fait tout ce qu’il pouvait. Il me fit sortir et, tout en vérifiant que la rue était déserte, il me tendit un bout de papier jauni sur lequel était inscrit un nom et un itinéraire.

- Vi-Vikein L-Larghon Branmarth, prononçais-je avec difficulté.
- C’est cela, répondit-t-il. Appelle-le par son nom complet et il saura que tu viens de la part d’un ami. Va maintenant … Va !

C’est ainsi, que par cette nuit glacée, je fis la rencontre de Vikein Deux-Bosses, un aimable cordonnier des bas quartiers de la capitale. Il était nommé ainsi par presque tout le monde et pour cause, je n’avais jamais vu une colonne vertébrale aussi dissidente. Il n’était pas laid mais juste complexe. Dans la nuit, il était effectivement dur à croire qu’il était humain. Mais à la lumière du jour, il y avait toujours un sourire pour illuminer son visage. Un étrange personnage, qui ne parlait qu’en de rares occasions et qui aimait par-dessus tous ces petits instants de liberté où il pouvait tranquillement sculpter des petites statuettes d’animaux en bois ou dessiner des portraits de passants.

Il accepta immédiatement de s’occuper de moi. Il eut l'air horrifié lorsque je lui racontais ma situation mais me donna un bon coup sur le crâne lorsqu’il entendit ma faute. Surprise je le fixais bouche bée. Il me alors pointa du doigt une grande toile qui ornait le fond de sa petite maison délabrée sur laquelle il était inscrit : « Toute vie est précieuse ».
Je voulus riposter mais ne trouvais pas les mots. Il avait raison.
Les mois qui suivirent furent compliqués. J’avais peur de sortir dehors et de me faire emprisonner mais Vikein me fit vite comprendre que dans les bas fonds, il faut mériter sa nourriture et il commença à m’enseigner des moyens de la gagner. Il me fit commencer comme apprentie cordonnière mais vu vite que cela ne me plaisait guère. Il m’enseigna donc la flûte, afin que je puisse les jours de marché récolter quelques piécettes. Pour une fillette recherchée, je trouvais ce plan audacieux mais il m’apprit à éviter les patrouilles de gardes, à recueillir des informations, à reconnaître la classe sociale d’un homme à ses vêtements.
Je n’étais pas prédestinée à devenir une grande musicienne mais les morceaux que je jouais me payaient effectivement mes repas et il m’arrivait de voler une bourse de temps à autre. Parfois un garde me demandait de lui montrer mon visage et je plongeais alors dans une ruelle.
Être fugitive était une source de stress permanent mais le frisson du risque était addictif.

Un jour il m’emmena avec lui porter une commande dans une immense maison des bas fonds de la ville. Alors qu’un homme accoudé à un grand comptoir tentait de négocier le prix avec Vikein, je passais par pure curiosité dans la pièce voisine.

Une voix forte me surpris et me fis presque tomber au sol.

- Viens par là gamine !

C’était une vieille femme qui avait bien passé la soixantaine qui me criait dessus depuis un fauteuil posé sur une grande estrade au centre de la pièce.
Intimidée, j’obéissais et me plaçais devant le fauteuil.

- Quel âge as-tu ?
!
Elle parlait fort, d’une voix grave, rauque et surtout bien trop puissante pour une femme de son âge.

- Douze ans, répondis-je timidement.

Elle se pencha vers moi puis détourna le regard en soupirant :

- J’embauche pas aussi jeune fillette, reviens dans 3 ans. En attendant essaye plutôt de voir avec le bossu…

Je la fixais, intriguée, me demandant ce qu’elle voulait dire.

- Excusez-moi, mais je ne cherche en aucun cas un travail madame…

Elle se tourna à nouveau vers moi et me fixa quelques instants. Soudain elle se leva, descendit les quelques marches qui nous séparaient et plongea son regard dans le mien. Bien qu’intimidée, je profitais de ce rapprochement pour mieux l’observer. Elle devait en effet avoir au moins soixante dix ans mais elle s’était approchée de moi avec légèreté, presque avec grâce. Elle avait des grands aux noisettes, de longs cheveux blancs, un gros nez que je trouvais amusant et surtout ce qui me marquait le plus : de grande et magnifiques mains usées par le temps.
Elle attrapa une mèche de mes cheveux et observa mon visage.

- Par Alvar ! s’écria-t-elle. Tu es la fille d’Ariane !

Une nouvelle fois dans ma vie, le temps se figea. Ariane… Voilà donc le prénom que j’avais tant cherché. Voilà donc le prénom de celle que j’avais tant appelée à l’aide la nuit, entre deux sanglots. C’était bien là le prénom de celle qui m’avait déposée sur le pas de cette porte.

- Ma mère ! Hurlais-je. Dites-moi où elle se trouve s’il vous plaît !

Elle prit un air grave et m’invita à la suivre dans une pièce adjacente. Il s’agissait d’un petit salon avec une table basse et deux fauteuils. Elle en désigna un du doigt, me dit de m’asseoir et commença son récit depuis le début.

J’avais en face de moi Eleanor Haldeïr plus communément appelée Tante Halda, la patronne du plus gros bordel de Raiendal.

« J’ai rencontré ta mère il y a une quinzaine d'années petites et elle était alors à peine plus vieille que toi. Elle a débarqué de nul part pour me demander un boulot. Mais elle n’y connaissait rien et elle était bien trop jeune pour que j’envisage de la former. J’allais la renvoyer lorsque j’ai vu ses yeux. Ils étaient magnifiques. Le gauche était marron clair alors que le droit était bleue mer. Mais je connais les superstitions et je savais qu’elle mourrait de faim avant de trouver du travail ailleurs. Je l’ai donc engagé comme aide.
Elle assistait les filles et s’occupait de garder cette bicoque propre mais je n’avais jamais vu une andouille pareille. Pas fichue de faire quelque chose de ses mains avant plusieurs mois ! Elle n’avait clairement jamais travaillé de sa vie. Mais bon, je ne pouvais pas me résoudre à la renvoyer…
Après quelques années elle s’est mise au travail… Tu sais ce qu’on fait dans ce genre d’endroit gamine ? Bon, alors je n'ai pas besoin de te faire un dessin. Elle n’aimait pas ça. Mais honnêtement rares sont celles qui font ça par plaisir ici. Je l’ai fait travailler le moins possible au début.
Mais je ne pouvais pas la protéger de tout. Un printemps, un homme « important » est venue et a demandé une chambre. Il a ensuite désigné Ariane et a ordonné qu’on la fasse monter. J’ai tenté de lui faire choisir une fille plus expérimentée mais au final, le client est roi.
Je m’en veux toujours de l’avoir fait monter… Je n’avais pas entendu une de mes filles crier comme ça depuis des années et je savais au fond qu’Ariane n’était pas prête.
Après qu’il soit parti, on l’a retrouvée en boule dans la couverture, cachée sous le lit, le visage enflé et avec de grosses marques de doigts sur le cou. J’ai essayé de lui parler mais je crois qu’elle ne m’entendait pas, elle est juste restée là pendant des heures à se ronger les ongles en fixant le mur. Après quelques semaines elle acceptait de sortir de sa chambre mais il était hors de question de la refaire travailler. Elle se remit donc au ménage un temps. Avant qu’on se rende compte qu’elle était enceinte. Cette nouvelle aurait dû finir de la briser, enfin c’est ce que je pensais. Mais elle était heureuse. Je me demande si elle n’avait pas déjà commencé à sombrer dans la folie.
Elle te parlait tous les jours pendant des heures, t’expliquant tout ce que tu allais devoir savoir pour vivre ou pour survivre. Elle te parlait de ses passions, de ses malheurs, elle essayait de t’imaginer. Elle a toujours su que tu serais une fille. Je ne peux pas l’expliquer, mais elle en était convaincue.

Quand tu es née, elle a éclaté de joie. Elle ne pouvait s’empêcher de montrer à tout le monde comme tu étais belle. Les autres filles du bordel t’avaient immédiatement adoptée mais à peine deux jours plus tard, tu n’étais plus parmi nous. Lors d’une nuit, ta mère t’a pris et t’a emmené jusqu’à la maison de ton « père ». Elle avait dû se renseigner au préalable car elle ne m’a jamais demandé son adresse.
Elle était en retard pour le ménage ce jour-là et quand elle est revenue elle a fondu en larmes dans mes bras :

- J’ai sauvé Héléna, criait elle, tu entends Tante Halda, je l’ai sauvée ! »

La vieille femme marqua un arrêt. Les larmes coulaient sur mes joues sans que je puisse les retenir.
- Oui c’est bien ton prénom petite, me dit-elle doucement. Héléna, c’est toi.
La joie procurée par la découverte de mon véritable nom contrastait avec la tristesse que je ressentais en entendant l’histoire de ma mère. Je ne savais plus quoi penser. J’étais comme tiraillée entre deux sentiments contraires et j’avais du mal à retrouver mon souffle.
Entre deux hoquets, je marmonnais :

- Continuez, ne faites pas attention…

Elle hocha la tête et poursuivit : « Il y a assez peu à dire pour être honnête. Après cela Ariane a totalement changé. Elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. Elle travaillait toujours bien mais ne parlait plus à personne. Sitôt sa journée finie, elle allait se barricader dans sa chambre parfois sans manger. Elle est restée dans cet état plusieurs mois puis elle m’a dit qu’elle partait de la ville. Sans prévenir, un matin elle a pris quelques vêtements et m’a annoncé qu’elle avait assez économisé pour partir. Je ne pouvais pas la retenir, quel avenir y avait-il pour elle ici ? Je lui ai alors souhaité bonne chance et elle s’en est allée.
Quelques mois après, je l’ai recroisée… »

Elle marqua une pause et avala sa salive en me regardant d’un air grave.
« Elle… elle était devenue complètement folle, et survivait en se vendant au plus offrant de l’autre côté de la ville… J’ai tenté de la ramener au bordel pour que je puisse m’occuper d’elle mais elle agissait comme si elle ne me reconnaissait pas. Une de mes filles l’a retrouvée pendue dans le cabanon de l’arrière-cour de l’établissement quelques jours après. Je l’ai faite enterrer à l’extérieur de la ville sur une petite colline avec un ruisseau. Je t’y emmènerai. »

Sur ces derniers mots, elle me tendit un médaillon argenté.

- Celui de ta mère, dit elle.

À l'intérieur, il y avait un dessin d’une jeune femme magnifique avec deux grosses nattes, et c’était en tout petit, mais le portrait était signé « Branmarth ».
Soudain le plancher grinça. Tante Halda lança :

- On écoute aux portes maintenant bossu ?

La porte s’ouvrit lentement et Vikein apparu, l’air honteux. Il avait cependant l’air de déjà connaître cette histoire. Il s’approcha de moi et me fit signe de retourner le médaillon. Au dos, gravé dans le métal, on pouvait lire « pour Héléna, ma vie, ma joie ». Je ne m’en séparerai plus jamais.

Je pense que cette journée restera la plus importante de ma vie pendant de nombreuses années encore. Je remerciais Tante Halda et suivi Vikein jusqu’à notre maison.

Durant l’année qui suivit, l’histoire de ma mère me hantait. Je priais Alvar régulièrement pour essayer de canaliser ma colère à l’encontre de mon père. Je faisais régulièrement des cauchemars où je restais spectatrice impuissante des scènes que m’avait décrites Tante Halda.
Aller dormir devenait le pire moment de la journée, si bien que j’avais demandé au vieux Dorne l’autorisation de passer mes nuits dans sa librairie afin d’étudier en paix jusqu’à l’épuisement. Ces soirées d’apprentissages allant de paire avec la reprise de nos leçons sur le terrain, mes connaissances grandissaient rapidement et Dorne commençait à voir la fin de ce qu’il pouvait m’enseigner. Le manque de sommeil pesait de plus en plus sur mon corps et mon esprit mais pas autant que l’observation du monde qui m’entourait. Ce que Tante Halda m’avait révélé avait déclenché une sorte de déclic dans mon cerveau. Il m’arrivait de plus en plus souvent de constater les mauvais traitements subis par les populations résidant dans les bas quartiers. Que ce soit les infirmes, les pauvres ou les « étrangers », aucun ne pouvait se rendre dans les autres quartiers sans subir de violence verbale sinon physique. Les Ordhaleron étaient ceux qui subissaient le plus. Je connais bien notre histoire mais je me désole de constater que le croquant standard n’est nullement capable de différencier un gouvernement d’un individu. Si certains étaient effrayants, tous n’étaient pas mauvais, et ceux qui recevaient mes soins se montraient parfois bien plus reconnaissants que ceux de ma race. En ce qui concerne les autres, j’avais souvent l’impression qu’ils se montraient agressifs uniquement à cause de mon origine et non à cause d’une soi-disant méchanceté naturelle que la plupart des gens leur prêtaient.
Cette situation m’était insupportable mais n’ayant que des moyens limités, je me résignais à ne pouvoir que préparer des onguents et des médicaments à base de plante que je distribuais régulièrement à qui en avait besoin.

Vers la fin de l’année, mois d’Ansbar, alors que je soignais un enfant d’une vilaine entorse, je ressentis quelque chose d’indescriptible. Un changement presque imperceptible, infime mais qui remettait en question le fonctionnement du monde. Une modification de l’univers à la fois brutale et exécutée en douceur. Je me sentais investie d’une énergie nouvelle et pourtant étrangement familière, comme si quelque chose venait de se réveiller en moi. Quelque chose qui somnolait patiemment en attendant son heure.
Et lorsque la semaine suivante, je vis que l’un de mes plants soudain entouré d’une pâle lueur émeraude et pousser à toute vitesse, je compris. La magie était de retour et elle m’avait choisie. Apparaissant çà et là, des rumeurs confirmaient ce que j’avais ressenti. L’objectif de tous les jours devint de maîtriser ce nouveau pouvoir. J’y allais progressivement comme un nouveau-né qui cherche à tenir sur ses jambes et quelque chose devint vite évident. J’étais douée, très douée. En quelques mois de pratique intensive et en intégrant l’utilisation de mon pouvoir à ma vie de tous les jours, j’étais capable de faire pousser les végétaux de petite taille rapidement tandis que les autres mages que je connaissais n’arrivaient toujours pas à maîtriser leurs pouvoirs.

La joie d’avoir l’opportunité de devenir une héroïne semblable à celles de mes œuvres préférées et mes progrès fulgurants me firent devenir quelque peu arrogante. Heureusement, un évènement me ramena vite à la raison.

En l’An 90 de l’ère des Rois, mois de Merä, quelques jours seulement après mon treizième anniversaire, la magie me fit comprendre que l’Homme n’est rien face à l’équilibre du monde et ses gardiens.

Je me souviens avoir contemplé la soudaine apparition du dragon entre deux bâtiments et avoir fondu en larmes devant tant de beauté.
Elle était devant moi. La magie personnifiée, pure, celle pour qui la morale ou la justice des humains et des autres races intelligentes n’a aucun sens. Le condensé de puissance qui n’est ni arrogant ni prétentieux, pour qui sa propre existence relève simplement de l’ordre naturel des choses alors que nous, nous l’affilions au divin. La gueule dans les nuages, la créature poussa un hurlement puissant qui respirait la liberté.

- Que c’est beau… prononçais-je alors sans m’en rendre compte tandis que les gens autour de moi tentaient de fuir cette créature comme la promesse de mort qu’elle était.

Je n’eus que peu de temps pour réfléchir, et je pus à peine me cacher derrière le grand chêne de la place du marché avant que l’éclat aquatique ne frappe les remparts de la ville balayant tout sur son passage.
L’onde de choc commençait à déraciner l’arbre mais j’utilisais ma magie pour développer les racines le plus possible. Mais c’était trop peu, mon abri se brisa, l’onde de choc me projeta à une vitesse folle sur les restes du stand du tisserand et je perdis connaissance.

Je fus trouvée par la garde qui, dans la panique, ne reconnut pas la petite fugitive que j’étais. Les stocks de tissus avaient presque totalement amorti ma chute et il fut décidé que les blessés légers seraient évacués dans les villages alentour le temps que la capitale se réorganise. La dernière chose que je vis, alors que nous quittions la ville sur des chariots, fut la librairie du vieux Dorne, totalement ensevelie sous les débris de la tour voisine. Je tendis faiblement la main dans sa direction puis retombait dans l’inconscience une seconde fois.

Une fois au village, constatant le nombre de blessés, je décidais de rester pour mettre au service des victimes tout mon savoir. C’était un entraînement des plus efficaces, et faire pousser des ingrédients me permettaient d’améliorer mon contrôle de la magie.

Vers le mois de Friya, je commençais également à visiter la plupart des villages aux alentours de Raiendal dans le même but. Je devenais de plus en plus connue auprès des villageois. Notamment grâce à un barde soigné le mois précédent, qui pour me remercier contait à qui voulait l’entendre, l’histoire d’une enfant-médecin. Je n’arrêtais plus. Il y avait toujours un blessé, un malade à soigner mais heureusement, les gens payaient bien plus que pour un air de flûte.

La stabilité gagnait enfin ma vie mais une autre catastrophe allait bientôt frapper le pays.
Seulement huit petits mois après l’apparition du dragon, c’était maintenant la maladie qui ravageait nos Terres.

Je n’ai jamais autant côtoyé la mort que pendant cette période. Même si nous étions bien loin de l’épicentre de cette épidémie monstrueuse, elle était vite arrivée jusqu’en Ordanie et même aussi haut que Raiendal, il y avait des cas de maladie. J’étais souvent contactée par les villages alentour car ma soif de connaissances me poussait à accepter n’importe quel type de patient. Je n’étais pas vraiment plus douée que les autres médecins de la région bien sur, mais les habitants appréciaient le simple fait que je tente le coup là où d’autres clamaient que plus rien n’était possible.

Mes réserves d’oignons et de résine de bouleau diminuaient à vue d’œil et je devais souvent mettre les villageois à contributions pour récolter les ingrédients nécessaires cependant, même avec suffisamment de poix et d'allium cepa, je ne pouvais guérir que les malades infectés très récemment.
Sans m’en rendre compte, je perdais un sourire déjà bien peu présent sur mon visage. Mes journées étaient emplies de visions de mort, de tristesse, d’abcès en tous genres, de malades délirants et il n’y avait aucun moyen de savoir quand cette bête désincarnée et affamée terrée dans les soies allait enfin être repue.
Autrefois je n’aurais pu supporter la vue de certains de ces corps, de leurs yeux injectés de sang, des hématomes qui se multipliaient sur l’ensemble de leur carcasse et des ganglions lymphatiques tellement enflées qu’on aurait dit qu’un nid d’insectes se développait à l’intérieur de leur cou mais je m’étais sérieusement endurcie au cours des dernières années. Cependant dans ces cas-là, je savais que la mort était inévitable mais je luttais néanmoins contre la maladie, espérant de tout mon cœur remporter un combat perdu d’avance. Malheureusement, je devais bien souvent me résigner à demander à la famille l’autorisation de délivrer une mort rapide et sans douleur à l’infecté.
Je multipliais les trajets entre les villages autour de Raiendal et dans cette période de chaos, les routes n’étaient pas les endroits les plus sûrs. Je coupais régulièrement par la forêt car en plus d’éventuels brigands ou âmes torturées, il me fallait également éviter la garde car maintenant que l’attaque d’Ehara était loin, je savais que les soldats étaient redevenus des ennemis potentiels et dans les hameaux les plus proches de la ville, un avis de recherche à mon nom était parfois visible.
L’automne puis l’hiver s’installait et ma tâche continuait. Les pluies torrentielles de la saison m’aidaient à voyager en toute discrétion et me valurent bientôt un nouveau surnom : La marche-pluie ou Walkrain selon les villages. Ma surprise fut totale lorsqu'un jour de Friest, un villageois m’appela par ce nom. Mais amusée, il ne me fallut pas longtemps pour que je l’adopte comme nom de famille. Il me plut tellement que je risquais un court périple près de Raiendal pour le graver sur la tombe de ma mère. Ariane Walkrain. Je suis sure que cela lui aurait plu.

Ehara, sa grandeur, sa majestée et son pouvoir m’obnubilait de plus en plus et devenir son égale était maintenant mon objectif. Je souhaitais de toute mon âme maîtriser mon pouvoir, et avoir l’opportunité de créer un nouvel équilibre où les laissés-pour-compte auraient une chance de vivre autre chose qu’une vie de misère, prisonniers d’un carcan de peur.

Les choses se calmaient. La capitale commençait à bien se remettre de l’attaque du dragon et les cas de peste devenaient rares.
Je retrouvais alors le temps libre nécessaire à l’exploration de ma magie et je me rendis bientôt compte que les conditions météorologiques avaient une influence importante sur elle.
Les pluies de ces derniers mois, les froids et l’absence de journées ensoleillées rendaient certaines plantes extrêmement difficiles à faire pousser tandis que celles nécessitant beaucoup d’humidité voyaient -avec mon aide- leur taille et leur qualité améliorées.

Il me restait bien des choses à découvrir sur la magie naturelle. Alors, lorsqu’il fut annoncé trois mois plus tard que des académies sous l’autorité directe des sages de la cité de légendes venaient d’être créées, j’hésitais à me rendre à celle de Waldric près du lac-mer. Mais alors je n’aurais plus eu assez de temps pour mes autres disciplines et je voulais découvrir ce pouvoir par moi-même, apprendre les conséquences de mes erreurs, découvrir de nouvelles manières de l’utiliser et ne pas être orientée par une vision de la magie déjà existante.

Mon choix fut confirmé lorsque plus tard dans le mois, je trouvais chez un marchand, une copie de « Mistiltein ».
C’était le premier livre de légende que le vieux Dorne m’avait prêté. Il racontait l’histoire d’un jeune garçon nommé Hrómund abandonné dans la forêt par ses parents qui après avoir voyagé tout autour du monde, créa un pommier montant jusqu’aux étoiles à l’aide de sa magie : Axis mundi. Il y cueillit une pomme et un buisson de gui et les offrit à Alvar une fois arrivé dans son royaume espérant obtenir la paix pour notre monde.

Un conte qui restait malgré le temps l’un de mes préférés et qui m’apportait la réponse. J’allais voyager. Autant et aussi loin que possible, je développerai ma magie en secret et continuerai à apporter mon aide à ceux qui en auront besoin. Ce soir mon voyage commence, et alors que je fixe les étoiles sans savoir combien de temps il durera ou même si mon but est atteignable, je m’élance aux trousses d’un pouvoir capable de changer la face du monde.





Ambitions & Desseins



- Je n'ai qu'un seul but : devenir la mage la plus puissante, emmagasiner toute la connaissance et l'expérience possible jusqu'au jour où je pourrais créer un nouvel équilibre pour notre monde où l'égalité primera sur tout et où le but du puissant sera de protéger le faible. Peu m'importe les barrières qu'il faudra faire tomber et le nombre de fois où je devrais mettre ma vie en jeu car si je ne réalise pas ce rêve, notre monde continuera d'être ce qu'il est : un lieu malsain ou chaque contrée porte des cicatrices indélébiles, où le pauvre, le faible, le difforme et le différent vivent dans la peur et la crainte sachant qu'ils ne seront jamais entendus et où il n'est enseigné aux enfants comme moi que la possibilité d'une vie emplie de violences, de malheurs et de désespoir.



Divers


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"La Magie est un pont. Un pont qui te permet d'aller du Monde visible vers l'invisible. Et d'apprendre les leçons des deux mondes." Paulo Coelho - Brida.