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Thémis Aëhondariel - Adjointe du Roi Silairye Tel'Syar

Thémis Aëhondariel
◈ Missives : 1

◈ Âge du Personnage : 202 Lunes
◈ Alignement : Neutre
◈ Race : Eressäe
◈ Ethnie : Clair De Lune
◈ Origine : Ann'Drah
◈ Localisation sur Rëa : Académie de Syal'Toor
◈ Magie : Magie Psychique : Endoctrinement
◈ Fiche personnage : Une Bougie sur l'Océan
◈ Crédit Avatar : Lady Elluna par Héléna Cnokaert

Aventurier
Thémis Aëhondariel

◈ Mar 21 Jan 2020 - 1:00

◈ Prénom :  Thémis
◈ Nom : Aëhondariel
◈ Sexe : Femme
◈ Âge : 202 Cycles
◈ Date de naissance : 2nd Astar du moi de Drema, An 889 Ère de la paix
◈ Race : Eressae
◈ Ethnie : Clair de Lune
◈ Origine : Ann’Drah
◈ Alignement : Neutre
◈ Métier : Ancienne capitaine d’une unité de recherche de criminels, Professeur à l’académie de Syal'Toor, 6e Siège du Haut Conseil d’Ann’Drah, Adjointe du Roi Silairye Tel'Syar
◈ Crédit avatar : Lady Elluna by Héléna Cnokaert [url=https://cnocky.artstation.com/projects/lVnLbO [/url]


Magie


Magie des Ombres : Endoctrinement.

Les vagues d’Éther n’épargnèrent pas la conseillère dont la magie se manifesta rapidement après la première des deux.
La découverte de cette puissance devint vite un tournant majeur dans la vie de l’Eressae car l’essence même de son pouvoir était des plus sombres. Les mages qui, lorsque la cité d’argent fut libérée de son éternel sommeil, vinrent l’étudier à la demande des puissants d’Ann’Drah nommèrent cette capacité : l’Endoctrinement.  
À la fois bénédiction et malédiction de l’éther de par sa puissance, le pouvoir s’échappant de Thémis à un effet sur ceux qui l’entourent, amenant lentement mais sûrement les esprits faibles autour d’elle à adopter sa vision des choses, à accepter tout d’elle pour finalement après un long temps d’exposition, ne rien devenir de plus qu’une coquille vide prête à recevoir n’importe quel ordre.
Ce pouvoir confère en réalité à Thémis les caractéristiques des ténèbres qui l’ont tant fasciné de par leur beauté et leur promesse de néant mais les esprits un tant soit peu robustes verront la lumière déchirer ce tableau noir comme l’Eressäe avait elle-même réussit à le faire il y a bien longtemps.
C’est sûrement pour cela que chaque sentiment pouvant remplir de clarté le cœur desséché de la conseillère rend cette sombre puissance totalement inopérante peu importe la capacité de contrôle de son utilisatrice. Ce mal éthérique se nourrit des ténèbres et sans elles il n’est rien.

S’il est volontairement utilisé, l’effet gagne en puissance et se manifeste telle une aura inquiétante chaude et lourde pesant avec insistance sur tous ceux à proximité de l’atlante. La couleur de cette magie est un noir somptueux à l’image de sa nature.


Forces & faiblesses



Forces :

« Sang Froid » Les émotions ne l'atteignent plus comme avant. Il s'agit à la fois d'un constat tragique et d'une défense psychologique supplémentaire qui permet à son esprit de ne jamais être totalement déstabilisée quelles que soient les situations dût-elle mettre sa vie ou bien celle d’autres personnes en danger.

« Sang-Bleu » L’éducation et la situation politique et familiale de Thémis l’ont clairement habituée au monde de la haute société ainsi qu’à la part d’ombre de cette dernière. Elle connaît plus que bien les jeux de pouvoirs et les sentiments que la puissance fait naître chez les gens et les utilisera d’ailleurs sans aucun scrupule afin des les manipuler le mieux possible.

« Érudite » Un esprit hautement cultivé reconnaissant la valeur de la logique mais capable également de se fier à son instinct lorsqu’il se manifeste. Machine de précision et d’organisation, ce même esprit aiguisé par la pratique et l’héritage est très certainement l’atout principal de l’Eressae.

« Soldat du Roi » Une éducation militaire complète effectuée dans les règles de l’art avec brio. Si les talents stratégiques de Thémis sont surtout ce à quoi l’on pense lorsque l’on évoque cette facette de son personnage, il ne faut pas oublier qu’elle a commencé à manier la rapière à un très jeune âge. S’il s’agit malheureusement de la seule arme qu’elle maîtrise vraiment, il ne faut pour autant pas la sous-estimer dès lors qu’elle en porte une à la ceinture.

« Pédagogue » Au cours de sa vie, Thémis a bien souvent réussi à former les recrues qui lui étaient confiées et ce de façon admirable. C’est sur ce critère-là en plus de sa magie qu’elle a été assignée comme professeure à l’académie magique de Syal’Toor.

« Oratrice » Sûrement l’une de ses plus grandes qualités. L’Eressäe n’a pas la langue dans sa poche et lorsque cette dernière, fine comme une lame elfique, se met en action, elle exige attention et admiration. Qu’il s’agisse de défendre un projet, de rabaisser ses rivaux, de galvaniser ses troupes ou d’entamer des négociations, Thémis saura être entendue et son point de vue semblera souvent à ses auditeurs être le bon, voir le seul envisageable. (Couplée à sa magie nouvellement acquise, cette facette de sa personnalité est en réalité bien plus dangereuse que sa maîtrise des lames).

« Cent Visages » : La manière de fonctionner de la jeune noble. Sa maîtrise des arts de la manipulation et sa connaissance de l’étiquette de la haute société l’ont poussée à développer ce mode de fonctionnement. La conseillère prendra toujours une expression, un caractère, une manière de parler qui correspond aux attentes de son interlocuteur émulant tantôt une jeune princesse fragile, tantôt une femme mûre et assurée, tantôt une guerrière chevronnée et sans pitié. Pour elle, la réussite ou non d’une tentative de manipulation se dessine bien avant la rencontre : pendant la préparation.  

Faiblesses :


« Magie Noire » La magie de l’Eressäe est instable, méconnue et dangereuse. Sa puissance s’accorde avec son état mental ce qui laisse à penser que forcer son pouvoir pourrait avoir un effet plus que néfaste sur son esprit, voir la consumer comme tous les esprits faibles qui ont eux aussi cédé à cette obscure manifestation de l’éther.

« Traumatisme » Si les sombres moments de son existence n’ont pas eu raison de son esprit sur le moment, ils continuèrent inévitablement à la ronger de l’intérieur jusqu’à ce qu’elle devienne qui elle est aujourd’hui. Sa plongée dans les ténèbres est récente mais déjà bien entamée et le monde obscur est un gouffre sans fond. La folie ne frappera pas, du moins pas de façon permanente... pas encore. Mais si Thémis continue sur cette voie, elle n’entreverra aucune autre possibilité d’avenir.

« Imprévisible » Lorsque la folie prend momentanément le dessus, la jeune femme devient alors capable de beaucoup de choses. De nouveaux comportements, de nouvelles façons de parler, ses fantasmes, sa colère, sa souffrance, tout ce que sa conscience a enfermé et mit sous clé peut alors resurgir et elle devient de ce fait capable de blesser les autres (physiquement ou non, intentionnellement ou non) comme elle peut se blesser elle-même et si ces épisodes sont autant rares que de courte durée, il peut malgré tout se passer bien des choses en un court laps de temps.

« Race raffinée » Ce n’est un secret pour personne que les Eressaes sont une race physiquement limitée et la jeune Clair de Lune ne fait pas exception à la règle. Son physique est à peine meilleur que la moyenne pour les femmes de sa race et certainement pas comparable à celui des races guerrières. Si l’entraînement colossal demandé par les instructeurs de l’armée l’a fortifiée, elle ne saurait rivaliser par la force pure avec beaucoup d’ennemis.

« Cage Dorée » Thémis n’a jamais longtemps quitté Eressa. Protégée de l’extérieur par sa famille et condamnée à travailler au sein de l’île du Croissant de Lune, les opportunités d’aller voir le monde lui sont rares et bien qu’elle parle un grand nombre de langues, elle n’a jamais eu le loisir de les pratiquer avec les principaux concernés. Ce qu’elle sait des autres races vient des récits des autres, des rapports des espions, des livres et des rares spécimens qu’elle a pu rencontrer.

« Une bougie sur l’Océan » La véritable Thémis existe toujours et Doran est certainement le seul à savoir cela car il est également le seul à avoir conscience que celle présente la plupart du temps n’est rien de plus qu’une armure, ultime rempart d’un esprit torturé, vulgaire reflet de la réelle Eressae. Il est également pour l’instant le seul à qui elle accepte de se révéler cependant ces resurgissements de sa vraie personnalité sont en réalité un danger qui la privent non seulement de sa magie ténébreuse mais qui exposent également au grand jour la fragilité de son être.  


Physique


Doran frappa à la porte de la chambre et finit par entrer après avoir attendu une invitation, une réponse qui ne vint pas. Il passa tout d’abord simplement la tête par l’entrée et appela d’une voix très faible :

- Madame ?

Son chuchotement se perdit alors dans la grandeur de la pièce. Le vieux soldat s’approcha alors du grand lit en bois massif où sa maîtresse était censée se reposer mais il trouva ce dernier vide. Une douce brise chaude, agréable présent de l’été vint caresser la joue droite de l’abyssal dont le regard se détourna vers la porte menant au balcon qui battait inlassablement de gauche à droite sous les impulsions de la brise.
Quelques pas de ses grandes jambes suffirent à lui faire passer la porte en un seul et fluide mouvement.
La lumière d’une pleine Lune rayonnante aveugla l’ancien l’espace d’un instant  le poussant ainsi à plisser les yeux avant que ces derniers ne lui renvoient une image claire de la scène se déroulant devant lui.
Les muscles de son visage lâchèrent ne lui laissant qu’une face hébétée paralysée par l’incompréhension. La noble était là, en robe de chambre blanche de dentelle presque transparente debout sur la rambarde du balcon les mains tendues vers l’astre nocturne. Ses longs cheveux blancs flottaient dans le vent entraînés - de même que ses vêtements légers - dans une folle danse par les chauds alizés.
Le soldat restait l’observer sans oser contracter un muscle, craignant qu’un son émît de sa personne ne surprenne la noble et que cette dernière ne tombe du rebord. Malgré la panique ses mires qui semblaient être la seule partie de son corps à pleinement exprimer la terreur qu’il ressentait, ne pouvaient s’empêcher de remarquer de petits détails tous plus inutiles et banals les uns que les autres. La blancheur de sa peau accentuée par les rayons lunaires, la largeur de sa silhouette qui semblait avoir quelque peu diminué, l’inclinaison de ses oreilles plus orientées à l’horizontale que d’habitude, la petitesse de ses pieds, les contours généreusement proportionnés de la jeune femme dessinés par le face à face entre l’abyssal et la Lune majestueuse.

Soudain une voix mélodieuse bien que teintée de gel brisa le silence :

- Doran, recommence à respirer veux-tu ? Tu es tellement paniqué que je ressens la tension derrière moi…

Se sentant partiellement libéré de l’étreinte de la peur, le soldat prit une grande inspiration et lança avec sa voix habituellement forte mais néanmoins en cet instant tremblotante :

- Madame, je venais vous donner le rapport concernant les mouvements Ordhaleron en Rajdin, si vous souhaitez m’écouter pouvez-vous … descendre du rebord ?


Sans donner plus de réponse, la conseillère se mit à osciller d’avant en arrière avec de plus en plus d’élan. Doran émit une sorte de hurlement intérieur partiellement étouffé par sa bouche close et se précipita vers sa maîtresse alors que celle-ci commençait à tomber vers l’avant et vers le vide.
Un bruit de table reversée et de verre brisé résonna dans les jardins en contrebas puis le silence revint.
Sur le balcon l’abyssal au visage écarlate comme il ne l’avait jamais eu, retenait par la main la jeune Eressäe dont le corps flottait dans le vide. Les magnifiques iris d’or blanc de la demoiselle plongeaient dans les mires d’ambre de son serviteur quelques secondes avant que cette dernière n’éclate d’un grand rire enfantin.


- Vous êtes sure que c’est le bon moment pour rire ? Hurla à s’en détruire la gorge le vieux soldat plus empreint de colère que de peur.

- C’est que … bredouilla la conseillère entre deux éclats de rire. Doran… Tu devrais voir ta tête…

Le rire cristallin résonna de plus belle à l’extérieur du manoir alors que l’abyssal remontait non sans difficulté le corps de la belle sur le balcon. La tâche insurmontable effectuée, ce dernier lança avec une colère pour la dernière fois contenue :

- Avec tout mon respect madame …

Un violent coup de poing légèrement atténué par le gantelet en cuir de l’abyssal rencontra le somment du crâne de la conseillère qui s’accroupit sous le choc, pourtant les mains à sa tête surprise par la douleur.

- De toutes vos farces puériles, celle-ci est sans aucun doute la pire ! Comment est-ce qu’une idée aussi stupide a pu vous traverser l’esprit ? Et si je n’étais pas arrivé à temps pour vous retenir vous savez ce qui se serait passé ? Vous vous seriez écrasée près de trente-cinq pieds plus bas ? Ne vous avisez jamais de refaire ça sinon je vous jure que…

Il hésita avant de prononcer la fin de sa phrase et déglutit avec difficulté tout en regardant le visage ovale soudainement déserté de tout air amusé qui lui faisait face :

- Je … prendrais congé et irais tenter ma chance ailleurs !

Les mots qu’il venaient de prononcer sonnèrent pour lui tels une hache décapitant un condamné. Il baissa les yeux évitant le corps de la jeune fille fort mal dissimulé par la dentelle, se forçant à fixer la pierre blanche du sol en se mordant la lèvre inférieure coincée entre gêne, fureur, peur et l’excitation de l’insubordination.

Thémis se releva précipitamment et l’étreignit de toutes ses forces murmurant nombre d’excuses et de pardons.  
Le vieux soldat, bien que surpris, caressa avec nostalgie le crâne qu’il avait écrasé sous son poing quelques secondes auparavant avant d’enlacer à son tour la créaturelle dont la honte semblait raccourcir les cinq pieds et demi.
Après quelques secondes, il la raccompagna à son lit et la coucha comme il eut l’usage de le faire à une époque puis sortit de la pièce après avoir déposé le parchemin qu’il était venu apporter sur la table de nuit de la demoiselle, ne sachant que ressentir entre inquiétude, colère et contentement.


Caractère


Journal de Doran a écrit:Une âme aurait-elle pu faire quelque chose ? Un ami, une rencontre, un passant ? Eut-il existé quoi que ce soit en ce monde qui aurait permis d’éviter à ce point la détérioration de cet être autrefois si pur et plein de vie ?
Car soyons francs, que reste t-il derrière les façades, derrière cet admirable jeu d’actrice qui semble avoir convaincu tout le monde, que reste-t-il de cette jeune femme une fois que les obligations de la journée sont enfin finies, que les servants s’attellent à éteindre les lampes du manoir et que tous aux quatre coins de l’île sombrent dans le sommeil ?
Il ne reste qu’une ombre, une ombre magnifique certes, mais n’en restant pas moins seulement une ombre. L’ombre d’une Eressae qui jadis existait, vivait réellement ces instants, ressentant sentiments et émotions à profusion, suivant la lumière la guidant peu importe les conséquences sur sa propre sanité, rayonnante et belle alors que l’espoir d’un avenir radieux se reflétait dans ses pupilles d’or blanc.

Mais cette Atlante est morte aujourd’hui et il ne reste en lieu et place de son âme dorée qu’un substitut d’ombre entièrement préoccupé par le respect des dernières volontés de l’être qu’il habitait jadis, tentant de tout son possible de fournir sécurité à Eressa, autorité et respect à son roi et honneur à sa famille.
Nul plaisir n’est dorénavant plus ressenti par cette « apparition » dont la totalité des actions est dirigée par le sens du devoir au mépris de son propre bonheur si tant est que ce dernier puisse encore naître d’un terreau si stérile.
Connaissances et relations ne sont plus qu’outils, vie et sentiments plus que moyens, seul subsiste en ce cœur ravagé le simple plaisir de tourmenter son dernier ami et la vision d’une paire d’orbes violets, dernière lueur d’espérance d’une Eressäe se voyant peu à peu engloutie par un océan de ténèbres, incapable de résister, incapable de réagir, incapable de se rendre compte de la profondeur du néant dans lequel elle s’engouffre ni de la porte de sortie se fondant peu à peu dans le décor grisâtre, supprimant définitivement avec sa disparition toute issue.


Inventaire


Il serait plus aisé de faire la liste de ce que la noble ne possède pas cependant par-delà les atours, les montures, l’immense résidence familiale, les serviteurs, les ouvrages, les ingrédients rares, les bijoux, l’influence, seuls quelques objets sont tenus pour précieux par l’Eressäe :

L’alliance d’or blanc de sa mère que son père lui à confiée, deux rubans de tissus d’un vert pareil à la cime des arbres du nord que lui a offert l’ancien souverain de la cité engloutie lorsqu’elle était enfant, la rapière qui l’accompagne depuis maintenant bien des années dont la lame fine et pure reflète le monde tel un miroir et dont la garde incrustée de minuscules éclats de pierre de Lune fait de cette arme redoutable un précieux objet de collection. Enfin elle garde toujours sur elle une petite boîte à musique, véritable bijoux de la technologie Eressäe et qui devait être le premier présent de son enfant.


Histoire


Jardins du domaine Aëhondariel, Cité d’Ann’Drah

« Les couteaux se faisaient méticuleusement aiguiser et les aiguës, produits des frottements entre les métaux s’envolaient et se répercutaient sur les murs de pierre grise assaillant tous les êtres présents dans la pièce. Froncements de sourcils agacés en opposition aux grimaces de  satisfactions exhibées sans retenue par un être sadique pour qui les proies emplies de peur se serrant les unes contre les autres, la lumière de l’espoir dans leurs yeux éteinte, le teint blême et les yeux humides, étaient autant source de satisfaction personnelle que de contentement lié à un travail exemplairement accompli.
Le son des gouttelettes d’eau tombant sur la pierre résonnait dans toute la pièce, sonnant à la façon d’une douce mélodie tentant de tout son possible de m’extirper de l’horreur dans laquelle la totalité de mon être était plongé. Le feu, joueur, donnait vie aux objets inanimés disposés çà et là, projetant des dizaines d’ombres difformes entraînées dans une danse morbide sur les parois des quatre larges murs de roche. Enveloppés dans la chaleureuse étreinte de la terre, à plusieurs dizaines de pieds de la surface, protégés de la morsure d’un hiver affamé et impitoyable dont la violence et l’avidité rare n’avaient pas été observées dans le pays depuis plusieurs décennies, j’étais créée.

Les cris autour de moi sonnaient creux, étouffés et lointains alors que mes fesses et mon dos épousaient la forme du sol et du mur supportant tout le poids de mon malheur. Le temps défilait au ralenti comme si une entité cruelle souhaitait que ce moment ne passe pas, que je sois prise pour l’infini dans ce cauchemar où chaque seconde semblait pire que la précédente. La haine avait définitivement déserté mon âme et avec elle, l’instinct qui aurait pu me pousser à tenter me soustraire moi et ceux que j’aimais à la torture que nous subissions.
Mon sens du toucher s’absentait parfois pour ne revenir que par à-coups que je vivais comme un retour abrupt de la sensation disparue que j’étais en vie avant disparaître à nouveau de manière inexplicable  me laissant ainsi prisonnière d’un cycle infini dans lequel l’arbre de ma volonté tombait en miettes sous les coups de hache avant de se redresser pour être mieux abattu la fois suivante. Le rugueux gantelet de maille qui me serrait la gorge m'égratignait et m'arrachait la peau par endroits mais ne me provoquait pas la même douleur que l’imposante dextre poisseuse qui tirait ma crinière blanche, me poussant à  utiliser mes dernières forces pour tendre le cou. La main libre de l’étrangleur vint soudainement heurter le flanc gauche de ma face faisant violemment rencontre à la droite la surface rocheuse à laquelle j’étais plaquée. Mon regard se posa alors instinctivement vers le fond de la salle où une femme aux yeux exorbités et larmoyants qu’il me semblait connaître cachait les yeux du jeune garçon qu’elle serrait dans ses bras.
« Aaaah… Ne me regarde pas comme ça mère…  »chuchota une voix dans mon esprit avant que le sang – ou était-ce des larmes ? - ne bloque ma vision, m’obligeant du même coup à poser mes mires sur un autre point de la pièce.

Celles-ci se posèrent par hasard sur le visage de celui qui me surplombait. Mes iris de nacre rencontrèrent deux amandes violettes. Leur propriétaire stoppa alors tout mouvement, desserra l’étreinte sur ma gorge et nous nous fixâmes pendant un couple de secondes seulement mais qui me parurent durer une éternité. L’espace de cet échange, j’eus le sentiment que nous nous posions la même question lui et moi : « Pourquoi suis-je ici ? »
Mais la créature caprine eut vite fait de renier ce lien qui s’était aussi promptement qu’inattendument créé en assenant un nouveau coup de gant ferreux à mon visage déjà boursouflé. Le goût du sang se répandit dans ma bouche et alors que je commençais à suffoquer sous le manque d’air et que mon corps tentait sans l’aide de ma volonté de dégager cette main puissante afin de libérer ma trachée, mon assaillant se déversa en moi. Sa dextre libéra mon encolure et mes poumons se remplirent à nouveau dans une inspiration violente tandis que je sentais les derniers sursauts de plaisir de la bête qui m’avait abusée.
Le monstre se releva prestement et pendant qu’il remettait en place ses frusques, ses perles violettes plongèrent dans mes iris une dernière fois avant qu’il ne tourne les talons. C’était la première fois que je croisais son espèce et il implanta un millier de questions en moi qu’il me tardait de résoudre alors que mon esprit ne savait que choisir entre fascination et dégoût.

Deux Vreëns me traînèrent par les bras sur le sol froid et rugueux et me remirent en cage. Ils emmenèrent alors la femme que j’avais aperçue plus tôt pendant qu’un troisième enferma l’enfant avec moi.
Celui-ci s’agenouilla précipitamment devant moi, secouant mon bras, appelant un nom que je ne pus reconnaître alors que je sombrais dans les abysses et dans les bras chaleureux et sécurisants du sommeil.
Dans ce monde noir, merveilleux, une frontière plus sombre que l’obscurité s’affichait à l’horizon. Cette couleur régalait les yeux et attirait inexorablement toute forme, toute sensation, toute substance tangible ou non vers elle. L’envie de la rejoindre était si forte que j’en oubliais la douleur et l’effroi me levant à toute vitesse, courant de toutes mes forces pour la rejoindre. J’allais l’attraper, la sentir, la goûter lorsqu’une lumière à l’éclat sans pareil me barra la route. Tout ce qui s’en dégageait était d’une splendeur infiniment plus magnifique d’une chaleur immensément supérieure, d’une réalité tellement plus attirante. La douleur traversa mon corps à nouveau et je tombais au sol sous sa caresse, agrippant dans ma chute la douce lumière, véritable bouée dans la géante bleutée infinie du néant.
Mon œil, le valide, celui qui n’était pas enflé au point de lui-même s’aveugler, s’ouvrit sur le visage  inondé de larmes de mon frère.

- Céos… réussis-je à prononcer avec difficulté.

Un sursaut le parcouru et il s’écria tout en se noyant dans ses larmes :

- Thémis !

Il marqua un temps de pause, reniflant, frottant ses yeux tandis que je revenais peu à peu d’entre les morts.

- J’ai cru que tu ne te réveillerais jamais ! Et … Ils ont pris maman… et sont partis dans l’autre pièce. Je ne savais pas quoi faire, je pensais que tu étais morte …

J’interrompais sa tirade d’une caresse sur son adorable joue habituellement rose maintenant rougeâtre à cause d’une gifle de gantelet probablement. Après quelques secondes passées à inspecter la cellule, je trouvais une grande toile beige suffisamment grande pour cacher mon corps et nous envelopper tous les deux. Je fis signe à mon frère de venir se blottir contre moi et après quelques minutes à trembler, mes chants et mes caresses eurent raison de lui alors que commençait son ascension vers le royaume des songes, pareil aux cris glaçants que poussait mon propre sang dans la pièce voisine.

En me réveillant, la première chose qu’il me fut donnée de voir, fut le cadavre de ma mère allongé sur le dos, bouche ouverte, les yeux roulés vers l’arrière, le ventre gonflé par mon frère ou ma sœur qui ne verrait jamais la lumière de la lune. Mon corps entier tressaillit, seul un cri silencieux m’échappa alors que je tentais de ne pas réveiller Céos. Je tendis la main pour saisir la sienne mais la reculais violemment dès le premier contact. Elle était glacée. Les larges traces de doigts parcourant son cou et ses yeux injectés de sang expliquaient la cause de sa mort.

Soudain le son d’une porte défoncée parvint à mes oreilles ainsi que celui de nombreux pas se hâtant de rejoindre cette pièce. Par réflexe, j’enroulais le corps de mon petit frère qui se réveillait dans la grande toile qui nous couvrait tous deux et le cacha derrière moi. Une dizaine de soldats en armure de la garde d’élite Eressae s’arrêtèrent devant la cellule et l’un d’entre eux héla les autres de sa voix rauque : « Je les ai trouvés ! Seigneur Elëren ! ».
Entendre le nom de mon père eut raison de mes dernières forces et je tombais à genoux devant l’entrée, comprenant que le cauchemar était fini, me moquant de la posture impudique dans laquelle tous ces hommes pouvaient à présent voir la génie de la famille Aëhondariel. »

Doran avala sa salive avec difficulté. Il ne savait désormais plus s’il avait eu raison d’interroger sa maîtresse à propos de son passé. Il masquait avec difficulté la gêne immense qu’il éprouvait et maudissait son avidité de connaissance. Ne sachant quoi dire, il porta sa tasse de thé à ses lèvres.

- Et puis je suis tombée enceinte…

Cette fois-ci, le second s’étouffa clairement. La magnifique demoiselle lui lança un sourire amusé qui tranchait vraiment avec l’ambiance que son histoire avait instaurée.

- Vous-vous… Vous avez porté l’enfant de cette bête ?

- Et je l’ai accouchée, acquiesça Thémis.

Le vieil abyssal n’en croyait pas ses oreilles. Il ne lui serait jamais venu à l’esprit que la vie de sa maîtresse ait put être plus tumultueuse et ténébreuse que la sienne et quand bien même la question lui brûlait la langue, par respect pour cette dernière, il ne demanda pas ce qu’il était advenu de l’enfant cependant, il comprenait désormais beaucoup de choses.

- Vraiment… ce mois de Ranh soixante-trois aura changé bien des choses… lança la noble d’un ton nostalgique. Il n’en a pas toujours été ainsi tu sais ? Ma vie était bien différente avant ce jour fatidique.

Sentant le récit recommencer, le vieil Eressae se repositionna confortablement dans son siège et attendit que sa maîtresse ne reprenne la parole.

« La maison  Aëhondariel est proche de la royauté d’Ann’Drah depuis des millénaires. La noblesse nous est donc propre comme la mer est au poisson et les cieux aux oiseaux.  
Fort de cette condition favorable, les membres de cette famille ont toujours souhaité préserver ce statut afin d’honorer la mémoire de nos ancêtres et leur sagesse. L’éducation au sein de la famille est donc parmi les plus exigeantes du pays, souvent supérieur à celle de la famille royale car nous nous destinons à les conseiller, à diriger à leurs côtés ou à leur apporter les connaissances qui leur font défaut.
J’étais donc, dans mon enfance, partagée entre la tranquillité et l’amour que m’offraient mes proches et le poids des attentes de l’ensemble du pays. Après tout j’étais l’aînée d’Elëren  Aëhondariel : la tête pensante du Haut Conseil d’Ann’Drah et confident et ami du précédent et de l’actuel Roi de l’île du croissant de Lune.
Mon éducation fut donc parmi les plus rudes et abrutissantes que notre généalogie ait connue car en plus d’être la première enfant d’un tel génie, la condition physique de ma mère inquiétait et beaucoup se demandaient si elle serait capable d’enfanter à nouveau. Pour remédier à ce problème mon père insista pour que j’ai une éducation complète en dépit de mon genre. J’eus donc autant de cours sur les manières dignes d’une jeune reine que de classes dignes des garçons destinés à la Haute Garde.
Fort heureusement pour moi en plus de l’accompagnement exemplaire dont je jouissais, j’avais visiblement hérité du meilleur de mes prédécesseurs. Avide de connaissance, je trouvais succès dans chaque matière au prix d’efforts considérables. J’appris très rapidement à optimiser mon temps, à gérer mon énergie, organiser mes tâches et réussir devint bientôt naturel pour moi.
Après quelques années, mes talents finirent de se confirmer très notamment en linguistique, stratégie militaire ainsi que dans l’étude des arts politiques et malgré un physique à peine meilleur que la moyenne, mon talent à l’épée satisfaisait grandement mon père. Bientôt, les bruits de couloir furent légion et les familles nobles ne parlèrent rapidement plus que du nouveau prodige de la grande lignée Aëhondariel.
À cette époque, rien ne me faisait plus plaisir que de voir la joie de mes parents devant mon succès. Et protéger cet aspect de notre famille était la source de ma motivation me permettant de soutenir le poids des attentes placé sur mes épaules jusqu’à les surpasser.

À l'aube de mes neuf ans, mon père m’emmena pour la première fois avec lui à la cité engloutie. Le concept même d’une ville sous-marine m’émerveillait et chaque fois que j’oubliais puis me souvenais d’où je me trouvais, je ne pouvais m’empêcher de sourire bêtement. La protection de notre gardienne bleutée me rassurait et la cité engloutie me semblait de ce fait être une forteresse imprenable.
Le palais de la cité était une construction impressionnante qui n’avait pas à souffrir de la comparaison avec son frère de la surface. La découverte de ce nouveau cadre était extrêmement rafraîchissante et mon père avait moult peine à restreindre ma curiosité.

C’est dans cette immense bâtisse que je fis la connaissance de Lorel Syal'Telar, souverain de la cité. Étudiant la politique et la sociologie, j’avais souvent entendu de mes précepteurs les différences les plus notables entre nous et nos cousins de la mer : leur manque d’empathie, leur plus forte propension à la violence, leur air froid et intransigeant.
Le Souverain, lui, tranchait complètement avec tout ce que j’avais imaginé. Lorsque mon père l’interpella dans les jardins royaux, Lorel lui répondit avec un sourire chaud et rassurant. Tandis que les deux hommes échangeaient des politesses, je ne pouvais m’empêcher d’observer, cachée derrière les larges atours de mon père, ce grand Atlante au teint sombre, bleuté qui dégageait une aura argentée. Sa présence imposait le respect et son physique avantageux réclamait l’admiration. Soudain ses prunelles diaprées de bleu se posèrent sur mon visage.

- Eh bien Elëren ? Quelle est donc cette ravissante créature qui se cache dans tes jambes ?

Il s’abaissa et s’accroupit pour réduire sa dominance. Père me donna un petit coup de hanche qui m’invitait à me présenter. Intimidée, mais fidèle à mon éducation, je m’écartais de la sécurité familiale, plantais mes pieds bien droits dans le sol face au souverain et fit la plus belle révérence dont j’étais capable et énonçant calmement :
- Je suis honorée de pouvoir faire votre connaissance Majesté, je m’appelle Thémis Aëhondariel, je vous remercie de nous permettre de pouvoir visiter votre magnifique cité.

Le Roi des Abysses eut un moment d’hésitation durant lequel mon père éclata de rire. Je regardais mes sandales de cuir, le visage écarlate. Avais-je fait quelque chose de mal ?
Lorel lâcha un petit rire cristallin à son tour :

- Quel sot ! Moi qui pensais rencontrer une enfant ! Mais c’est une véritable demoiselle que tu as invitée chez moi Elëren.

Il se redressa du haut de ses six pieds de haut. Et se présenta avec toute la grâce qui était sienne en se courbant légèrement en avant. Aujourd’hui encore, mon père me raconte les souvenirs qu’il a de cette journée, il ne manque jamais de me mentionner mes yeux pétillants d’admiration qui se refusaient à lâcher le monarque.

J’ai par la suite passé nombre de journées en compagnie de Lorel. Avec mes obligations et les siennes et bien qu’ils étaient peu, je lui consacrais chaque moment de temps libre que nous avions en commun.
Toutes nos discussions étaient intéressantes et je ne me lassais jamais de l’entendre raconter des histoires sur les Valdurs ou vanter leurs mérites. Il m’apprit la curiosité, la compréhension. Il m’apprit à m’intéresser aux autres races, à leurs techniques archaïques que notre société semblait avoir oubliées malgré leurs potentiel, il élargit mon horizon au-delà des parois blanches de notre manoir, au-delà des falaises à pic rocailleuses, abruptes frontières de nos contrées isolées par l’eau, et au-delà de cette dernière qui me semblait être un désert infranchissable nous séparant des nombreux continents qui peuplaient le monde.

Les années passèrent et je devins une adulte. Je choisis la voie que mon père souhaitait le plus me voir arpenter et me consacra à mes études afin d’être prête à un jour prendre sa place aux côtés du prochain souverain.
Mon emploi du temps était indécemment rempli et mes visites à Eressa étaient devenues plus que rarissimes. J’enchaînais pourtant sans me plaindre toutes les matières qu’il me fallait explorer. De la linguistique à la politique et la diplomatie en passant par la stratégie militaire et l’histoire des peuples, on peut dire que les cinquante premières années de ma vie me parurent passer en un éclair.

Lorel n’était d’ailleurs pas satisfait de la façon dont se passaient les choses et je le vis même pour la première fois s’emporter auprès de mon père, clamant que ce dernier allait me détruire s’il n’envisageait pas de lâcher la corde.
Suite à cette fâcheuse entrevue, Père avait allégé ma charge de travail et m’avait, sous les conseils du souverain d’Eressa, fourni une éducation artistique complète qui comprenait principalement le théâtre qui devint rapidement pour moi plus qu’une simple activité amusante, la peinture et la harpe.

À l'aube de mes quatre vingt ans, l’ennui que j’éprouvais à engranger davantage de connaissances me rongeait et me fit devenir amère. Ce fut une période compliquée avec mes parents mais je devais me libérer du chemin qu’ils avaient tracé pour moi, alors je choisis d’entrer dans les unités de recherches spécialisées dans la traque de criminels.
Il ne me fallut que peu de temps pour trouver ma place au sein de cette organisation. En quelques mois à peine j’apportais des résultats à certaines affaires non closes et bouclais les nouvelles aussi vite que certains vétérans.
Mon apprentissage dura cependant longtemps car je n’avais que peu été entraînée à mettre en pratique mes connaissances théoriques et il fut longtemps trop dangereux pour moi d’agir sur le terrain. Mais bientôt mes compétences en traque, collecte d’informations et surtout ma capacité à tromper les gens devinrent inégalées par les autres membres.
Ultimement, j’ai rejoint le haut conseil d’Ann’Drah lorsque notre Roi, Silairye Tel'Syar monta sur le trône vacant de son père et je devins sa conseillère personnelle et son amie tout comme nos parents l’étaient avant nous et je pensais que les choses resteraient ainsi pendant des siècles, mon parcours dessiné et immuable. »



- Jusqu’à ce fameux jour… coupa l’abyssal.

Un nouveau sourire à son attention mais celui-ci était empli de tristesse.




« Lorel Syal'Telar avait toujours été un abyssal atypique. Sa volonté d’ouvrir les frontières de notre petit monde aux peuples extérieurs fut tant incomprise que mal reçue par la majorité de notre espèce bien que les deux souverains soient en grande partie d’accord sur le sujet et soutenus par de grandes familles telles que la nôtre. Les artefacts étaient l’avantage de notre peuple sur l’entièreté de Rëa et abandonner cet avantage sonnait la fin de notre civilisation dans l’esprit du peuple et des élites. »

- L’Usurpateur profita à merveille de cette opinion publique, lança rageusement Thémis et serrant les dents.

Doran sursauta :

- Madame, Je vous en prie ! Évitez de parler du Roi de la cité engloutie sous ce sobriquet et de vive voix de plus !

Thémis lâcha un petit rire. Taquiner son second était l’une des rares choses qui pouvait encore la faire rire et elle ne s’en privait pas. À force de jouer des rôles, celle-ci avait maintenant égaré sa vraie personnalité depuis longtemps et ces instants reposants dans les jardins fleuris du domaine, à l’ombre des saules baignant dans la lumière immaculée de l’astre nocturne, lui semblaient être les seuls véritables moments de bonheur depuis bien des années.
Une bourrasque, rugissement d’un hiver d’une fraîcheur rare, s’abattit sur les jardins. La conseillère eut un frisson qui la parcourut de bas en haut avant que son vieil ami ne dépose son châle sur ses épaules. Celui-ci affichait comme à son habitude un air bougon, rustre qui tentaient de masquer la gentillesse dont il savait constamment faire preuve, cette même gentillesse qui rappelait à la Clair de Lune son oncle disparu et ramenait à la surface de sa mémoire les souvenirs les plus sucrés. Elle se racla la gorge et enchaîna :

« La rébellion contre Lorel mais surtout l’acceptation de sa destitution par le peuple mit toutes les parties ayant soutenu l’ancien monarque dans une position fort dangereuse et nous le savions. Aedran Dyr ne crut pas à la mort de son rival et la cité engloutie rentra dans une période trouble où le nouveau souverain devait conserver une façade afin de garder le pouvoir mais ne pouvait se permettre de rester passif.
Tous ceux qui véhiculaient les idées de Lorel étaient pour lui des ennemis de grande importance, des obstacles à la souveraineté des Eressae sur le monde et ses actions étaient autant vives que sans pitié. Tous les proches de l’ancien roi furent massacrés. Les femmes, les enfants, les vieux, ceux qui n’avaient qu’un vague lien comme les plus proches de l’abyssal disparurent en peu de temps. À ma connaissance, il ne reste pour se souvenir de Lorel que mon père, moi et son propre cousin, notre roi.
Bien évidemment Aedran Dyr aurait donné cher pour nous voir disparaître également mais nous étions hors d’atteinte de son pouvoir. Silairye Tel'Syar était un monarque et donc évidemment intouchable et ma famille n’était pas sur son territoire et trop proche de la royauté d’Ann’Drah de toute façon. Du moins je le pensais à l’époque…

Père fut maladroit. Après quatre années passées depuis la disparition de Lorel, il avait sûrement cru pouvoir à nouveau affirmer sa position sur la question de l’échange avec l’extérieur mais ses échanges avec notre souverain ne tombèrent pas dans les bonnes oreilles. Sûrement une taupe au conseil, toujours est-il que ces propos parvinrent aux oreilles d’Aedran Dyr, la suite je te l’ai déjà racontée. »


Doran sauta de son fauteuil les yeux rouges de haine. Surprise par sa levée, la conseillère se retourna mais il ne dit mot. Il se contenta de la regarder, cherchant ce qu’il pourrait y avoir de mieux à dire, ce qui pourrait l’apaiser, la consoler. Lâchant un soupir maudissant son manque d’éloquence, il prit la main de sa maîtresse dans un mouvement lent et fluide que cette dernière vu venir mais n’évita pas. L’air sérieux avec un subtil sourire en coin que le vieil abyssal avait, contrairement à beaucoup de monde toujours su percer à jour, elle posa sans lâcher sa dextre, son front sur le poitrail du guerrier :

-Eh bien soldat ? Je vous trouve bien audacieux ce soir… Je ne suis pas sur de bien interpréter votre compassion.

Dans un sursaut de lucidité, réalisant son insolence il tenta de se retirer, chose qu’elle ne lui permit pas.

- Non reste. Laisse-moi profiter encore un peu de ces seuls instants où mon être accepte d’exhiber la faiblesse qu’il renferme.

Ces quelques mots flattèrent largement l’ego de celui à qui ils étaient adressés.

- Je suis honoré que vous ayez choisi de me confier ce moment madame.

Ils restèrent ainsi quelques secondes avant que la noble ne se retire et ne s’éloigne quelque peu de lui pour se pencher sur les fleurs du jardin.


- J’ai senti que la question te brûlait le palais alors je vais y répondre. Je ne sais pas où est l’enfant.


« Après que père et la haute garde nous ai retrouvé dans cette cellule, dans l’état misérable dans lequel je me trouvais, je suis resté en état de choc pendant plusieurs semaines. De retour en Eressa, mon père convoqua les meilleurs médecins du royaume afin de m’examiner. Il ne leur fallut pas longtemps avant de se rendre compte que j’étais enceinte. Ce fut la rage dans laquelle entra mon père ce jour-là qui me réveilla totalement. Il arborait alors un visage que je ne lui connaissais pas, menaçait les médecins pour qu’ils réorganisent une série de tests, injuriait à tout va ceux qui avaient pris sa femme, abusé sa fille et battu son fils.
Ma rééducation prit beaucoup de temps pendant lequel Père refusa de me parler. La décision que j’avais prise de garder la vie qui grandissait en moi l’avait fait entrer dans une colère plus grande encore que toutes les précédentes et il n’arrivait pas à comprendre comment ce choix avait-il pu m’apparaître comme le bon. Pendant les neuf mois suivants, il évita mon chemin, passant le plus clair de son temps à se recueillir sur la tombe de ma mère, à faire vivre l’enfer à Céos qui devait désormais subir une éducation semblable à celle que j’avais eu et à boire des litres d’alcool chaque nuit que la Lune éclairait. Silairye fut même obligé de lui interdire une rencontre avec l’Oracle.

Je ne me souviens pas de mon accouchement. Les médecins m’expliquèrent qu’il leur fallait m’ouvrir le ventre car l’enfant ne se présentait pas bien et ils me plongèrent dans un profond sommeil à l’aide d’un anesthésiant particulièrement puissant.
Quand j’eus enfin quitté les bras d’un sommeil trop insistant, la couche à mes côtés était vide. La panique m’envahit et malgré la faiblesse, je me levais pour chercher à tout endroit de la pièce. Ne trouvant rien, je me levais avec difficulté quand ma main gauche apposée sur mon ventre remarqua du toucher un relief méconnu. Je baissais les yeux pour observer la longue cicatrice qui me séparait le bas du ventre en deux flancs distincts.
La porte s’ouvrit pour faire entrer Elëren Aëhondariel dans toute sa grandeur.

- Où est-il ? Réponds ! Lui criais-je

Lui stoïque, le regard froid encore empreint de résidus de colère répondit à l’injonction sans broncher, sans qu’aucun sursaut de honte ne vienne ternir sa voix souveraine qui violenta mon esprit tel un coup de marteau sur ma tempe :


- Je m’en suis débarrassé. Pour notre bien à tous.

Encore aujourd’hui, je ne pense pas pouvoir expliquer avec les mots de notre vocabulaire le vide que j’ai ressenti à cet instant. Ces quelques simples mots me plongèrent dans un espace gris, infini et dépourvu de l’obscurité séduisante et de la lumière salvatrice que j’avais rencontrées ce jour de Ranh ces petits mois auparavant.
Mon cœur pesait alors si lourd que j’eus l’impression qu’il allait me traverser sous le poids de la gravité. Je manquais d’air, cherchais mes mots avant de tenter de me ruer vers la sortie de la chambre. Mon père m’en empêcha mais me rappela du même coup, son existence.  

J’ai passé les heures suivantes à le frapper, à l’insulter, à lui demander où était mon enfant sur tous les tons, passant allègrement de la menace aux supplications, du chantage au mensonge, de la culpabilisation à l’excuse. Sa silhouette droite, ne faiblissait pas. Il restait juste là devant la porte à encaisser mes coups et mes mots ne trahissant sa simili-insensibilité que dans les larmes que ses yeux déversaient sur le sol sans son accord.
L’épuisement eut raison de moi avant que je n’ai raison de lui et je sombrais une fois de plus dans un profond sommeil.
À mon réveil, la chambre était déserte de même que la petite couche à taille de nourrisson. Je n’eus honnêtement besoin que de quelques secondes pour me lever briser le miroir au fond de la pièce et caler la plus grande pièce de verre sous ma gorge. Allais-je vraiment le faire ? Je ne saurais dire…
Alertées par le bruit, deux gouvernantes entrèrent dans la chambre. Leurs yeux horrifiés se posèrent sur le débris de glace collé à ma trachée et elle appelèrent à l’aide. Père entra à son tour et posa ses mires argentées contrastant avec le visage d’homme en passe de mourir qu’il arborait avant de me hurler :

- Elle n’est pas morte !

Un instant d’hésitation. Père mentait-il pour sauver ma vie ou disait-il la vérité ? Et puis « Elle » ? Mon bébé était une fille ?
Cet arrêt momentané permis à mon géniteur de me saisir le bras et de m’enlever des mains le morceau de verre brisé avant de fondre en larmes comme je ne l’avais jamais vu le faire :

- Je t’en supplie Thémis, ne me fait pas ça ! Je ne survivrai pas à la perte d’un autre d’entre vous… Je n’ai pas pu la tuer… Elle avait ton sourire, tes joues roses et les prémices de tes cheveux blancs. Je l’ai éloigné de l’île, confiée à quelqu’un de confiance mais promets moi Thémis… Promets moi que tu ne partiras pas à sa recherche. Tu  mettrais à la fois notre famille en danger mais aussi sa propre vie. Ce genre de métissage ne sera jamais accepté par la cour, même  Silairye Tel'Syar ne pourra rien pour toi si cela venait à se savoir ! »



- Et j’ai promis…

L’atlante prononçait ces mots en fixant l’astre nocturne du regard. Son regard se perdait loin, très loin, par-delà les frontières du pays pour survoler l’Océan Ithérion et continuer encore pour se poser sur l’invisible lointain.
La grille d’entrée des jardins grinça soudainement alertant les deux amis de l’arrivée imminente d’une tierce personne.  Une jeune fille aux attributs marins assez prononcés les rejoignit en portant un gros sac duquel s’échappaient quelques sortes de gémissements.
Donran regarda la conseillère afin d’observer sa réaction mais les émotions avaient de nouveau déserté le visage de cette dernière. Il soupira intérieurement, se demandant combien de temps il lui faudrait attendre avant de revoir ne serait-ce qu’une esquisse de sourire. La froideur habituelle de Thémis était de retour de même que ses froncements de sourcils et la lueur prédominante de provocation et de sévérité dans ses iris.

- Beau travail Aslë. Descendons, dit-elle simplement.


Le caveau Aëhondariel était un somptueux monument érigé au fond des jardins de la propriété lieu interdit même aux servants les plus dignes de confiance. Les membres de la famille se relayaient afin de tenir « la dernière demeure de la lignée » propre et en bon état sans que personne d’autre ne pose ne serait-ce qu’un doigt sur la pierre blanche.
Au-delà d’être tenu pour sacré par tous les membres de la maison, il était aussi secrètement le seul accès au sous-sol du manoir.
Après quelques manipulations, un cliquetis mécanique légèrement assourdi par l’épaisseur de la roche se fit entendre des trois Eressaes et l’intérieur du caveau s’abaissa de plusieurs pieds jusqu’à découvrir l’entrée d’un long corridor menant à une série de salles souterraines. Ils rentrèrent dans la première d’entre elles et immobilisèrent l’individu prisonnier du sac sur une longue table de bois massif grâce à d’épaisses chaînes d’acier tandis que le pauvre bougre hurlait à présent un ensemble toujours incompréhensible de sonorités.

- Doran vérifie bien les liens. Aslë ? Apporte-moi les outils.

La jeune fille tendit  à la conseillère une trousse à outils en tissu semblable à celles utilisées par les artisans du bois des villes Vreëns. Cette dernière hocha la tête en signe de réponse et déplia la trousse sur le sol. Les différents outils contenus à l’intérieur étaient rangés méticuleusement par taille et par type. Chaque pièce de fer brillait d’une douce lumière orangée reflet des flammes de torches disposées un peu partout dans la pièce et qui provoquaient continuellement l’agitation des ombres.
Thémis se saisit de la première et la plus petite des lames et commençait à avancer vers la table de bois où le captif avait été couché et immobilisé à l’aide de nouvelles chaînes. En la voyant ainsi approcher, ce dernier tenta força sur ses liens tandis que ses mires commençaient à scruter les alentours frénétiquement avec en leur sein, une lueur de profonde crainte mêlée d’incompréhension.  D’un signe de main, la noble donna l’ordre qu’on lui ôte son bâillon et bientôt ce furent au tour des lèvres de l’immobilisé de se mettre en action. L’apeuré abrutissait ses ravisseurs, le cerveau confus, tantôt de questions, tantôt de supplications, tantôt de menaces mais en vain. Les trois Eressaes complices étaient conscients que chacun des mots franchissant le pas de ses lèvres n’était que le reflet de la peur qui grandissait inexorablement en lui.

Les couteaux se faisaient méticuleusement aiguiser et les aiguës, produits des frottements entre les métaux s’envolaient et se répercutaient sur les murs de pierres blanches assaillant tous les êtres présents dans la pièce. Seul un visage de marbre, symbole d’une froideur professionnelle véritable, dénuée de pitié comme de sadisme ou de contentement lié à un travail exemplairement accompli et deux iris d’or blanc fixaient la proie emplie de peur se débattant pour sa liberté et échapper à la douleur, la lumière de l’espoir dans ses yeux encore vive, le teint blême et les yeux humides.
Les signes d’une folie s’installant lentement dans son esprit étaient invisibles de l’extérieur mais le cœur de la noble Eressae se teintaient fatalement de noir. Un noir, magnifique, une plaie béante dans le temps, plus sombre que l’obscurité, attirant inexorablement vers lui toute forme, toute sensation, toute substance tangible ou non vers elle, se répandant toujours plus loin dans l’objectif de tout submerger jusqu’à avaler la lumière.
Les souvenirs évoqués pendant cette froide soirée d’hiver avaient affaibli la volonté de la conseillère qui ne ressentait désormais plus le besoin de lutter contre la nuit se déversant en elle, envisageant le fait de devenir une bonne fois pour toute ce vide vorace, acceptant en silence de perdre ses sentiments pour porter les valeurs d’une justice n’ayant que depuis trop longtemps déserté le monde. Et tandis que cette magnifique créature s’enfonçait dans des ténèbres plus belles encore sans espoir d’en ressortir un jour, une paire d’iris violettes se posait sur un vieil autel aux abords d’une immense forêt, demandant de ses larmes réponses et lumière.

An 79 de l’Ère des Rois.


Ambitions & Desseins



Thémis Aëhondariel a écrit:Le doute tentera d'avoir raison de vous en de multiples occasions. Vous côtoierez la mort de près et serez la cible des foudres de nombreux personnages belliqueux. Vous aurez la responsabilité des vies de vos congénères et le devoir de prendre des décisions avisées.
Votre charge est bien lourde mon seigneur car votre prédécesseur était un grand Roi. Mais rappelez-vous qu'il a toujours eu confiance en vous, que j'ai confiance en vous, que tout le peuple vivant sur cette île attend de grandes choses de vous mais que nous serons tous prêts à de grands sacrifices pour que votre règne dure et que notre race perdure et si jamais vous deviez vous perdre en chemin, sans vous retourner, tendez la main derrière  vous et je l'attraperai et vous ramènerai sur la route pavée d'or qui est le vôtre car voilà ma tache. Maintenant marchez dans la lumière et allez sous les applaudissements de la foule vous revêtir de cette couronne pour qu'ainsi commence notre voyage.



Divers


Reconnaissez-vous être âgé d'au moins 18 ans ? : Je jure solennellement  que mes intentions sont ... que mon âge supérieur à celui requis...
Moultipass : Validé par Harden

Pas mal de travail sur cette fiche, j'espère qu'elle plaira autant que la première. Dans tous les cas j'ai pris un max de plaisir à la construire, un gros love à ce forum car j'ai l'impression qu'il fait ressortir beaucoup de bonnes choses dont je ne me savais pas forcément capable et gros patpat au staff qui par ma faute va encore devoir se taper un pavé ! Thémis Aëhondariel - Adjointe du Roi Silairye Tel'Syar 2669093136