Azzura

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Myrthuän Xóhlodvim - Prédicateur de l'Oracle

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◈ Sam 11 Oct 2014 - 3:00

◈ Prénom :  Myrthuän
◈ Nom : Xóhlodvim
◈ Sexe : Homme
◈ Âge : 193 ans
◈ Date de naissance :  Au second Verne du Phra de l’An -104 de l'ère des Rois.
◈ Race : Eressåe
◈ Ethnie : Engeance du Clair de Lune.
◈ Origine : Eressa - Ann’Drah
◈ Alignement : Loyal Mauvais
◈ Métier : Prédicateur pour les dormeurs, Corrupteur pour les éveillés.


Magie



Magie Psychique :
Il est ceux qui ont oublié les arcanes, désappris les révélations du passé ; Les nuisibles et les rampants que la fortune a gratifié de ses dons, piégeant ses gracieuses effluves dans les carcans de l'ignorance et de l'impureté. Il y est aussi les consacrés, les véritables élus, ceux qui ont sondé les profondeurs abyssales et consulté jusqu'à l'éther noir pour pister la moindre chimère. Myrthuän est de ceux qui ont suivi les échos des voix anciennes, donné vie aux lithographies et clarifié les plus obscurs écrits.
Aussi s'était-il apprêté à recevoir sa bénédiction, son éveil ne s'est guère fait aux premières manifestations de la magie, mais il a été essor vers une progression et une compréhension précoce de son potentiel. Si la maîtrise réclame son tribut en cycles, le Marmoire ne manque pas une opportunité d'exercer son empire sournois.

La manipulation des émotions, caractériserait cette forme de magie captieuse.
Ce génie psychique, versatile, révèle aux sens exacerbés de l'Eressåe, ce que beaucoup s'escriment à dissimuler. L'étreinte glaçante de la peur comme le souffle ardent de la fureur, l'ivresse de la passion comme celle de l'euphorie. Tant de jalons qu'il s'entreprend à utiliser pour s'enfoncer plus avant dans le complexe dédaléen de l'esprit ; Tant d'essences à alimenter ou à étouffer. Ce contrôle est poussif, lointain, indécelable entre les mains habiles. L'Initié se veut Maître des Pupi de chair, des cordons d'argent, mais le lien qu'il établit à chaque vœu, l'expose à des âmes qui pourraient bien être plus fortes et plus nuisibles que la sienne. Un retour de bâton susceptible de le rendre esclave de la puissance qu'il s’enhardit à dompter. Tout est équilibre et son ascendance ne déroge pas à cette règle, ce qu'il insuffle ou enlève, lui est pris ou communiqué, ainsi doit-il se jouer de ces rouages complexes pour orienter ou influencer ses proies sans en subir les répercussions.



Compétences, forces & faiblesses



Connaissances :

• Histoire (Expert)
• Noblesse et Royauté (Intermédiaire)
• Littérature (Expert)
• Théologie (Maître)
• Linguistique : Eressåe, Kaerd, Naga et Alšrha (Expert)
• Sciences Occultes (Maître)
• Folklore (Initié)


Arts des Politiciens :

• Art dialectique (Maître)
• Diplomatie (Intermédiaire)
• Négociation (Expert)
• Renseignements (Expert)
• Manipulation (Maître)
• Oraison (Maître)
• Mystification (Expert)


Arts des espions :

• Duplicité (Maître)
• Psychologie (Expert) - Lecture froide et langage corporel (Maître)
• Anticipation (Expert)


Arts des Sages :

• Concentration (Expert)
• Volonté (Maître)


Faiblesses :

• Le fatalisme est une bien maigre affliction, le nihilisme destructeur est une pesante malédiction.
• Certains sont dominés par la bête, d'autres par une chimère bien plus sournoise et insidieuse : L'ego. Celui du prédicateur est cyclopéen, un compagnon qu'il est bien malaisé de dompter.
• A l'écu et à la lame, Myrthuän a préféré la marotte et les clefs. La plume n'est pourtant pas toujours plus forte que l'épée.



Physique



Taille : Cinq pieds, huit pouces.

Cheveux : Une longue et liliale crinière.
Yeux : Des iris chatoyants, d'un bleu délavé.
Peau : Une carnation d'une blancheur et d'une pureté éburnéenne.

Ce qu'inspire le prêcheur implore l'abus d'oxymores, il est question de beauté turpide, de noirceur immaculée ou de charme répugnant. Ce qu'il cèle est indicible, difficile à appréhender et vos émotions en sa présence, pourraient bien vous trahir. Sa nimbe est inéluctable, sa prestance indéniable et pareil aux pires manifestations, il s'augure avant de se révéler. L'aberration n'en est pas moins admirable, elle ébauche aux premières œillades, une auguste icône, froide et sans vie. Si ne brillaient ses iris, si ne s'irisait guère sa longue chevelure de platine, sans doute jureriez vous que s'anime l'albâtre. Simulacre de chair ou de pierre, le Prédicateur est d'une grandeur considérable pour une constitution passable. Son corps glabre et efflanqué, à peine suggéré par les vaporeuses draperies qui dévorent sa carne d'une pâleur quasi diaphane, semble incapable d'éprouver la moindre atteinte ; Plus encore, il témoigne d'une existence oisive que seul le stupre aurait mis à l'effort. Sur ce derme lisse, sans imperfection, se sont vaniteusement damasquinés les cachets des arcanes, stigmates d'un parangon. Sous l'empire de l'astre nocturne, ce canevas céruléen, alambiqué, flamboie et épouse les formes de l'Atlante avec la précision d'un ouvrage divin et son omniprésence sur cette silhouette éthérée, ne peut qu'être enviée ou jalousée par la grossière et vilaine norme. Oui, cette créature rayonne d'une splendeur hermétique, une auréole défiant les seize couronnes des corps célestes.

L'on pourrait presque oublier la sépulcrale allure du zélateur, si sa démarche, d'une indolente lenteur, n'inspirait guère cette sensation de flottement. Ses manières ne portent aucune forme de vertu, elles ne sont gardiennes que de sa fourbe lasciveté. Son visage d'une innocente fraicheur, est le vantail qui depuis des cycles, protège ses plus sombres facettes ... L'Harmonie qu'il expose n'est pas un attrait singulier pour les enfants d'Eressa, elle n'en a pas moins été une parure suffisante pour abuser et posséder des fidèles. Au renfort, sans doute, de sa voix de stentor, puissante et profonde, un timbre modelé pour les oraisons, pour les imprécations ... Pour établir sa suprématie.



Caractère


Celui qui voit par delà le temps, qui en remonte le courant ou le survole, aurait sans aucun doute éructé la plus inquiétante des prophéties, pour annoncer la venue du Marmoire ; Sous la chape du vénérable, s'occulte un modèle d’inhumanité. Une disgrâce endémique, un fléau latent qui ne se révèle qu’aux manifestations de la faiblesse. Une souillure escamotée par l’habileté d’un esprit adroit, qui s’insinue, se suggère … S’imprègne. Dans le logos glacé de l’Atlante, chuinte une conscience morte, corrompue par les plus doucereuses conceptions ; Une soif d’élévation qui justifie nécessairement les moyens, les routes empruntées et les exactions commises. Un mal nécessaire pour l’accomplissement de grandes choses, pour le bien de tous. Myrthuän est né pour matérialiser une folie, celle qui s’ébauchait jadis, dans les obsessionnels désirs de son géniteur. Unicité, discipline et équilibre, des mots susceptibles de glorifier les clartés de l'esprit comme les plus sanglantes hégémonies. Au long des générations, l’apparent fiel est devenu miel et les influences de la sombre lignée, se sont ébauchées. S'il est bien des vertus portées par la filiation des Xóhlodvim, il faudrait évoquer la patience, la résolution et la duplicité ; Atouts d’une procession de courtisans infiltrés dans les hautes sphères et piliers d’une strate impure du gouvernement Eressåe. La corruption pour burin et la délation pour tout marteau, les ancêtres ont gravé le nom infâme du prédicateur sur les pierres du panthéon. Ce poison comme bien d'autres, est apprécié, l'ivresse et l'agrément camouflent sa lente corrosion. Aussi béatifiant qu'il n'est bêtifiant, le prêcheur extorque l'admiration, la passion et la dévotion de ses disciples ou plutôt celle, de ses esclaves complaisants. Aussi feinte soit sa ferveur pour les murmures de l'Oracle, il n'en considère pas moins leur potentiel, arcanes dont-il essaye encore de percer les mystères. Les raisons de son inquisition, de son accointance avec l'Ordre Mystique d'Ann'drah sont indubitablement liées au pouvoir, mais cette poursuite n'est qu'une étape, celle d'une succession plus vaste et alambiquée. Dans ses exhortations gibbeuses, brille le croissant éclairé de la lune et dans l'ombre, se faufilent ses desseins.

Derrière le heaume du pragmatisme se dissimule une veulerie certaine, l'Instigateur n'est pas tête de front ou de barricade, il lave l'affront loin des conflagrations. Maître d'intrigue, il tend une main et escamote l'autre, un art qu'il a longuement développé au contact d'autres fomenteurs et conspirateurs ; larrons qu'il fait volontiers conspuer ou "révoquer", afin de détourner la confiance de la plèbe. Suborneur et ensorceleur, il se prête volontiers aux formes de duel les plus spirituelles pour contenter ses élans de traqueur ; Si il est un compagnon généreux et expérimenté, il est vital de ne pas oublier que le plaisir est aussi siège de l'avilissement. Si il est esthète sur le plan matériel, le bonimenteur est privé de l'éclat spirituel, il a été conditionné pour percevoir les faiblesses de l'âme, aussi flaire-t-il les tourments comme un prédateur sent la peur de ses proies et il s'attèle bien souvent à faire des atouts de ces travers, de ces oublis.
La vague de magie, revenue aux berges du monde, a ramené dans ses reflux, une faiblesse que l'intrigant pensait endiguée : Le pathétique empire des émotions. Cette affliction a révélé les pires aspects de sa passion, celles qui de concert avec l'ego, éprouvent sa raison. L’irrépressible soif d'adulation que le profane arrache aux soupirs d'obséquieuses suivantes, son désir de domination estampillé dans la chair et insinué dans l'esprit de ses affidés. Dépendance qui le consume lentement, envahissant ses aspirations, érodant sa vigilance et endurant sa volonté, qu'il veut inébranlables. Dans cette campagne morale, Le zélateur lutte contre le plus dangereux et imprévisible des ennemis, le représentant versatile du chaos qu'est l'aliénation. Ce qu'il expose à la face du monde, n'en demeure pas moins admirable, son intellect impose le respect, sa verve suscite l'inclination et sa sagacité trouble est source d'invocations. Si bien des lumières vacillent et penchent vers les ténèbres, les noirceurs assujetties mettent en exergue, l'éclat des esprits habiles.



Inventaire



• Pour tout symbole de sa fonction, le Prédicateur arbore la crosse. Ciselé dans le plus obscur des alliages, ce bâton parachevé d'une magnifique volute, dépasse sensiblement la toise. Houle de celui qui aspire, à devenir le berger du peuple du clair de lune.

• Somptueuses sont les toilettes du prêcheur, d'une abondance tapageuse même. Ces longues robes, chapes et tuniques ont été taillées pour magnifier leur porteur. Brocarts coupés pour occulter les imperfections et mettre en valeur, ce qui doit l'être.

• Au majeur de ce gardien du culte, s'expose une magnifique chevalière ... Une breloque bien utile quand le contenu de son compartiment, vient malencontreusement à tomber dans quelques breuvages.



Histoire




I - Effloraison d’oenanthe


Sous les clartés azurées, singeant les nues diurnes au plus profond de la nuit, s’était éveillé un nouveau sujet de l’Astre diurne. Phra la nouvelle, ne daigna pas sanctifier et couronner cette engeance de son auréole ; Ses ténèbres, à l’appréciation de Zhürian Xóhlodvim, étaient un écrin parfait pour couvrir une infâme exaction. Le petit corps chétif et blême bougeait à peine, piégé qu’il était, dans la gangue de chair formée par les bras de Nelëdiah. Trop vilain et faible aux yeux de son créateur, le nourrisson anormalement silencieux, observa pour la première fois le monde, avec les yeux d’un être qui avait déjà trop vécu. S’entendirent alors ses premières manifestations, des cris dans l’ombre. Le procréateur incommodé par la cacophonie, reposait fiévreusement sur un garde-corps marbré ; Le chant des vagues, la pureté de l’iode, aucun de ces baumes ne sut l’apaiser. Rien ne lui permettrait d’oublier désormais, d’effacer de sa mémoire la preuve d'une faiblesse qui par la chair, avait vicié son sang. Le glas de ces infâmes vagissements avait hanté ses cauchemars bien avant de se matérialiser et aujourd’hui, ils attiraient le conquérant vers les affres d’une normalité médiocre … Germait à présent son désespoir, graines d’un poison qui allait tuer ses rêves et ses ambitions, aussi lentement et surement que la maladie emportait les éphémères. La main tremblante et les paupières plissées, le Courtisan se balança lentement, murmurant une terrible phrase qui deviendrait litanie pour les cycles à venir, le terrible crédo d’un père obligé :

- « L’arbre de notre lignée est parfait, il n’est aucune pousse difforme ou gâtée qui ne saurait être élaguée  … Seule la sylve mise à l’épreuve, s’enracine et se fortifie, pour accuser les outrages de la tempête.»

L’odieuse conjuration fit à nouveau régner la quiétude, alors brisée par les pleurs déchirants et Zhürian constata bien vite que l’enfant s’était endormi au giron de sa mère. Dans les flets farouches, spectres d'un bleu de minuit, le visage du nouveau-né à houppe d'argent, interpella l'Atlante tourmenté ... Il dut s'assurer que les chimères ébauchées par l'abrupt clair obscur, ne soient à l'origine de sa vision : sa progéniture souriait. Arche innocente qui éveilla, sur une trop courte durée, l'amour paternel qui aurait pu briser l'anathème des Xóhlodvim.


II - Amer millésime


Zhürian et Nelëdiah avaient eu à souffrir des trente années qui s’étaient écoulées, depuis la « genèse » de cet enfant si délicat, dynaste qu’ils avaient alors nommé Myrthuän. Le temps n’était l’ennemi d’aucun Eressåe, si ce n’étaient les plus désœuvrés, cette veillée allait cependant leur enseigner que l’aversion d’un fils se jouait fort bien des lois du cycle.

La maison Xóhlodvim accusait bien des lézardes, elle siégeait sur des fondations branlantes et son cœur délabré était infesté par les nuisibles … Ces parasites avaient un nom : Les Mëryknidd. L’émissaire de cette filiation de fagotins répondait au doux prénom Nurile, frêle amante d’un héritier insurgé et provocateur, qui n’avait, semblait-il, écouté que son ardeur pour élire la misérable. L’oracle seul savait quelle genre d’entité, aurait pu lui inspirer cette absurdité. Elle était pourtant là, attablée avec les grands de ce monde, désinvolte, indolente … Irritante. Les doigts crispés sur l’airain brûlant de sa coupe, l’ainé observait son reflet, feignant le songe pour trouver les mots, des sentences suffisamment incisives pour rompre ce lien. Il devinait le défi de ce fils ingrat, indigne avorton qu’il lui eut été, en de maintes occurrences, aisé d’abandonner : La branche morte de l’arbre, le fruit corrompu par le ver. Depuis bien des cycles déjà, le légataire de sa maison, réprouvé en devenir, avait sombré ; Naufragé qu’il était sur un radeau de vélin, cahoté par un océan d’encre. L'histoire n'était au yeux du patriarche, que mer et mère des toutes les illusions … Le cours indocile de la liberté, le reflux des mensonges. S'était vidé le réceptacle de ses aspirations ; Celui qu’il avait souhaité emplir de son savoir, investir de ses dons, apprêter pour la gloire, sa gloire, venait de s'éventer.
Celui qui, pour le gratifier de ses bienfaits, avait choisi la pire des alliances en invitant dans son foyer, de trop vieux affidés … De bien mauvaise compagnie au demeurant. Döleon Mëryknidd, ligué de ses pires forfaits, détenait des secrets bien trop lourds, suffisamment pour écraser sous leur poids, la dignité de son ancien « Mécène ». Il suffisait pourtant d’un refus de son rejeton, pour que ne s’arrête le tourment et cette abdication était la seule issue des choix auxquels il avait confronté son fils. Elle … Ou l’illustre nom qu’il s’évertuait à salir depuis trop longtemps.

-« J’oublierai jusqu’à votre existence … »

La messe fut dite par Myrthuän. Zhürian leva son verre à cette annonce, avec une ignoble impudence, obligeant sa compagne d’un regard animé, à contrefaire son élan grossier. Le maître du logis, était confiant, ce sale petit illégitime lui reviendrait brisé, rampant, suppliant. Il accusa fort bien le coup, il ne désespérait jamais et l’empire qu’il s’était escrimé à bâtir pour emmurer et contrôler son descendant, porterait ses fruits. Bourgeonnerait alors sur l’arbre, un nouveau bras, plus solide. De concert avec la pauvre captive qu’il avait claquemuré aux travers d’un mariage tout aussi sordide, que celui qui lui était désormais imposé, il vida son verre. Amer fut le miel pourpre et sa fleur n'était guère à remettre en cause.


La cruelle ironie résidait dans l’exactitude de ses propos, rythmés d’un sournois requiem ; Myrthuän laissait glisser sur le pourtour d’or rouge, un index caressant. Il observait d’un air absent, l’abysse cuivré de son « calice », l’instrument de sa trop chère liberté. L’arbre de sa lignée était parfait, il n’était aucune pousse difforme ou gâtée qui n’aurait su être élaguée  … Seule la sylve mise à l’épreuve était susceptible de s’enraciner et se fortifier, pour accuser les outrages de la tempête ; Oui … mais il était nécessaire de ne pas oublier que la cime avide, était aussi source de déséquilibre. Placide, le jeune appris darda de ses prunelles pâles, les victimes de la tragédie qu’il avait écrit à la pointe d'une plume effilée et d’une voix monotone, il annonça la rupture :

-« … Comme vous vous êtes oublié vous-même. Comme vous avez négligé l’histoire de nos pères et leurs plus précieuses instructions. Trinquer est une de ces manières, qu’il est « vital » de ne pas désapprendre. »

Pour la première fois, le visage de Zhürian s’était déparé de cette irritante arrogance, en lieu et place de l’intouchable masque, se révélait l’expression de la terreur. Perçante démonstration qui ne sut et put entamer le flegme de l'orphelin, affairé à prononcer son office, aussi pesant qu’insoutenable :

-« Sur quels fondements vais-je édifier notre ascension, si ce n’est sur les ruines de vos passables aspirations ? La servilité d’une mère rompue à la moiteur de la main du Roi, couplée à l’absolutisme réprimé d’un Roitelet déchu, voilà bien des sources de fierté pour ceux qui se languissent de nous voir libérés, gardiens d'une utopie, guides de tout ce qui est et sera ... »

Le visionnaire observa avec un détachement glacial, les similarités existant entre la naissance et la mort ; Comme l’enfantement s’établit sur les râles, l’agonie livrait sa sombre symphonie. Nelëdiah fut la première à succomber, gargarisant son fiel dans une immonde succession de borborygmes ; Aux premières chaleurs, elle s’était levée de son siège, cherchant sans doute à fuir son inéluctable sort, mais ses pas fébriles ne l’avaient pas menée bien loin. Une fin taillée sur mesure, à l'image de son existence. Le bras tendu et les yeux écarquillés, le sacrifié pointa son faucheur d’un index imprécateur, un doigt tordu par l’influence de sa chair roide. Rien ne parvint à franchir ses lèvres, si ce n’étaient ces horribles râles, oints par le sang. Il referma sur le vide, ses doigts cagneux, s’essayant, peut-être à empoigner le souffle qui quittait son corps ou encore, à emporter avec lui, l'effroyable création qui lui faisait face. Il tint de trop longues secondes avant d’abandonner, mais finit par s’affaisser lentement, sur son dossier, ses lèvres purpurines entrouvertes et son regard figé vers les hauteurs, qu’il n’atteindrait jamais.

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Nurilë observa l’acte de ce drame avec une jubilation troublante, ivre du pouvoir que lui offrait son emprise artificielle sur la vie. L'apothicaire prétendait à bien des choses et dans ses flacons se nichaient aussi bien les plus agréables baumes que les pires fléaux. Son œuvre était faite, elle avait joué son rôle à la perfection.
Ces existences dérobées, s’éclipseraient bien vite derrière ses évocations, ses fantasmes : L’union parfaite. Ne restait plus que lui, source d’un violent maelström d’émotions, qui la partageaient encore entre haine et amour, frustration et exaltation, une indéniable passion … L'étouffant collier de la servitude. Une oppression qu’elle devinait, qu’elle abhorrait sans doute autant qu’elle ne la chérissait ; Un joug dont elle ne pouvait se défaire sans le comprendre. L’appréhension de cette perversion appartenait aux prédateurs, non aux charognards et l’empoisonneuse était captive de cette caste arriviste. Myrthuän avait pourtant réussi à balayer cet opportunisme, pire encore, il avait réussi à faire taire les murmures de sa conscience.
L’amante se prit à rire, expirant par saccades nerveuses, un soulagement auquel son promis demeura imperméable. Elle admirait cela, cette retenue, cette quiétude, sous certains abords cette … constance. Solide et impénétrable égide qui reflétait ses idéalisations, ses illusions et par la plus grande infortune, ses mensonges.
Il s’était levé et dans un mimétisme aussi harmonieux que déplorable, elle l’imita avant de flâner, que faisait-elle d’autre ? Elle ne regardait pas dans la même direction que lui, elle empruntait simplement son sillage, errait dans son ombre sans réellement savoir où ces ténèbres pouvaient mener.

Elle était mue par une confiance aveugle, animée par ses mots.

Elle fit comme toujours, avançant vers son éternelle poursuite … Lui. Contre son torse, elle apprécia la quiétude et dans le son de sa voix, elle trouva le repos. Ce souffle dans son oreille, ne parvint cependant pas à dissiper l’étau glacé, qui étreignait son cœur :

-« Je vous ai fait bien des promesses mon amie, celle de vous libérer et de vous guider vers la transcendance. Aujourd’hui je tiens parole, je vous délivre de vos obligations … Je porterais le fardeau, seul. »

Plus lancinante fut la douleur, un mal qu’elle expira lentement. Dans une plainte silencieuse, elle se damna …Elle qui avait toujours su, entrevu. La chaleur poisseuse qui caressait son ventre depuis le galbe de son sein, parvenait à peine à couvrir la froide caresse d’une mort qu’elle savait imminente. Elle baissa lentement la tête, observant l'ombre qui enflait sur le tissu nacarat, la tâche obscure qui auréolait de ses sillons tentaculaires, une lame qu’elle ne connaissait que trop bien : Sa dague. L’ironie voulut que ce don lui fut fait par son père, dans le but de la prémunir des ennemis de sa lignée et plus encore, de leurs intimes. L'arme du crime devint la clé d’un coffre où la vérité resterait à jamais scellée, son « galant » saurait fort bien s'occuper des évidences.
Elle ne faisait pas partie de la scène finale, non, elle hantait la préface du plus brun des contes ; Celui qui faisait d'elle, l'antagoniste du véritable héros. Quand s’extirpa l’estoc, ses jambes ne purent la soutenir et depuis le sol, elle observa le tourmenteur acheter sa liberté avec une bien maigre redevance. L’instigateur de cette innommable représentation, avait ouvert sa paume, arborant les stigmates du martyr. Depuis les loges des mondes, elle assistera sans doute à la destitution des siens et après une exécution aussi expéditive qu'inexorable, se rejoindront les factices assassins.

Elle s’était tu, figée par un corps muet, terrassée par ses maux.



III - Myrrhe du peuple


Les mains suppliantes de la plèbe étaient tendues, mais à qui étaient vouées ces trop nombreuses implorations ? Le dernier des Xóhlodvim cherchait une voie praticable vers la primauté, réussir était sa seule chance de rédemption, l’unique moyen de donner du sens à son odieux sacrifice. Cette repentance putride ne bridait pas ses plans mais elle le privait depuis cinq années, du sommeil du juste ; Instants où les empreintes de son infamie arboraient les visages éteints de ses victimes. Sa campagne jusqu’à ce jour, avait fait illusion, passant aux yeux des autres pour un pèlerinage et pour éviter l’écœurante sympathie de ses pairs, « L’infortuné Myrthuän » s’était enfermé dans une solitude inquiétante. Une retraite qu’il avait longtemps mise à profit pour se consacrer à ses plans, au renfort d’un confort économique appréciable. Un temps dans lequel il s’était aussi réfugié, pour s’offrir un angle de vue nouveau sur la haute société Eressåe ; Un mal nécessaire pour trouver la brèche. Personne ne fut outré de voir défiler aux portes du Légataire, un nombre croissant de belles-de-nuit, qui pourrait blâmer une âme esseulée et désolée, d’y trouver quelques réconforts ? Cette déchéance apparente éveilla la pitié des aveugles et la satisfaction des observateurs, si ce n’était des voyeurs. Sans doute eut-il été préférable pour les détracteurs de Myrthuän, de ne pas négliger les talents d’intrigantes celées par les catins. Vinrent enfin de rares occasions, où "l'ascète" se manifesta, usant les bancs des lieux de culte ou occupant les tribunes de quelques débats houleux, il souleva à chaque apparition, les mêmes jugements prononcés par contumace, tant d'appréciations qu'il laissa bien volontairement germer. Les murmures devinrent penchants et s'édifia dans l'ombre, une toile savamment conçue. les sentiments bâtis sur la compassion ne suffirent bientôt plus à contenter les exigences de l'érudit, toujours plus grandes, elles menaçaient même de ternir son image, à jamais. Il avait soif de respect, un irrépressible besoin de cracher au visage de ces monstres de complaisance et d'être louangé pour cela. Il trouva son salut dans les affres sinueux du Mysticisme, cénacle révéré, siège des mensonges et de l'influence qu'il poursuivait depuis des années. Dans cette communauté, Il décela une présence entre toutes ...

Flamboyante incarnation de son propre anoblissement, porteur de sa grâce perdue, Nilven supplicia l'ego de l'errant. Nimbé de cette puissance sibylline que seule la fleur de l'âge pouvait déployer, il captivait les foules, embrasait les âmes éteintes et dégageait la plus éblouissante des radiances. L'art de la prestidigitation ne trompe cependant pas un l'œil avisé et derrière le prisme, le spectre du Prêtre dévoilait un chapelet de couleurs ternes ... Souillées. Les deux Atlantes ce jour là, échangèrent un regard qui scellerait une alliance aussi tortueuse que cahoteuse, prémices d'une nouvelle fatalité. Quittant sa croisée des chemins, l'impie s'insinua dans les ordres, couvrant son passé obscur, sous le voile de la consécration.


IV - Tranchante miséricorde


A mesure des lunes, aux revers des sabliers, Myrthuän subissait docilement la célébration de Nilven, honorant la résolution des Xóhlodvim. Comblant les besoins de l’égérie sacrée, il avait attendu son heure au prix de cinquante longues années. Lourd était ce tribut pour l’existence futile d’un Valduris, mais il était gage d’une patience modérée pour un gardien des secrets. Le temps se faisait écrin de la perfection, allié des besogneux, ennemi des âmes oisives et affidé du Corrupteur, qui érodait la volonté de son « Mentor » à l’usure. Murmure dans l’ombre, muse de son déclin, le suivant de l’Exalté orientait peu à peu les positions de celui qui s’enorgueillissait d’être un maître à penser. Rouille sur l’acier rutilant, nécrose sur les chairs, le prédicateur polissait l’idole pour y sculpter son propre visage …

Bridé par l’ignorance, Nilven cheminait lentement vers les ténèbres, passait les voiles de la conscience pour déjouer les arcanes de l’Oracle. Dangereuse prétention et funeste aspiration, les chemins labyrinthiques dans lesquels il s’enfonçait, étaient surplombés par le Marmoire, qui se délectait de sa pathétique entreprise. N’était-il pas la source de cette insanité ? Il suivait l’affabulateur en quête de vérité, l’éclairant des lumières vacillantes de son dogme gibbeux, estimant les possibilités aux travers et surtout aux dépends, de son « meneur ». Avide de cette élévation, de ces révélations, le maître de cérémonie s’oublia dans les exhalaisons entêtantes de la Cinabrume … Délectable drogue que son nervi ne manquait pas de lui fournir. Béni soit ce fidèle porteur, celui qui sur les rouges nuages, s’escrimait à porter le trône de son initiateur à bout de bras.
Celui qui en réalité ... Couvrait la noirceur de l’abîme, des couleurs chamarrées de l’éther.


Nilven couvrait la demi-lune de sa ténébreuse nébulosité, l’hémicycle glacé n’était pas décroissant mais il s’était assurément détourné de son guide. L’être décharné et tiède, qui avait quitté son estrade pour se jeter aux pieds du plus haut des perchoirs, agonisait sous le regard avide des freux, empressés de faire disparaître sa dépouille. Rendu transparent, celui qui surplombait jadis les clartés irréelles de son prétoire, n’était plus qu’un fantôme dépouillé, une miséreuse âme en peine … Sa voix avait perdu toute constance, elle s’étirait sous l’empire d’une agitation aussi incommodante qu’impromptue et le poids de ses mots, naguère susceptibles de renverser l’opposition, flottaient aujourd’hui dans cet espace rendu trop étriqué, comme une incommodante odeur de flatuosité. Il ne sermonnait plus, il jurait et aboyait :

- « Aveugles … Il m’incombe de vous guider, ailés de fange, vous progressez entre mer et terre, oubliant les cieux ! Élevez vous, crachez ce limon infâme pour faire entendre à tous, les cris de votre renaissance ! Laissez vous porter par les courants ascendants de ma compréhension, quittez le nid de la défiance pour connaître la délivrance. Statues ! Vos socles poussent comme des racines, arrachez les ! »

Ce visage fané, creusé par un effort aussi vain que nuisible, portait aujourd’hui l’oriflamme de la laideur qu’il s’était évertué à dissimuler. Les yeux marbrés de sillons sanglants, l’écume aux lèvres, l’Orateur déchu flattait les simulacres de son esprit malade, dans une gestuelle incohérente et fébrile. Ses vociférations étaient source des rires silencieux, l’assemblée appréciait désormais un divertissement suffisamment grotesque pour alimenter sa médisance. D’autres, plus indulgents, avaient fait de lui une nouvelle victime, le catalyseur de leur pathos nauséabond. Les réactions mitigées du concile, emprisonnaient le dément sous une chape d’incertitudes, depuis les coulisses, son assistant distillait les interactions. A l’accoutumée, l’analyse du disciple, servait les desseins du bonimenteur, mais cette fois là, elle déroba les dernières possessions de l’enragé.
La main levée, Nilven continuait d’invoquer son anathème :

- « J’observe ce que vous ne pouvez voir, dans l’élévation, l’horizon n’est plus incertain, il n’est plus une barrière … Je peux me contempler au loin. Je peux vous faire le plus grand des dons ! »

La proclamation s’acheva sur la turpide intervention de Nelkehyr :

-« A défaut d’éveiller la nôtre … Votre torpeur ?  »

Quelques ricanements ponctuèrent la provocation du corbeau, le tumulte enfla rapidement et ce que Myrthuän avait appelé de ses vœux et incitations, se manifesta : Le chaos.
Dans ce pandémonium, les clameurs noyèrent lentement Nilven, qui se recroquevilla sous la charge des injures et la démonstration de cette défaillance, ne fit qu'exhorter l'essaim de nécrophages. La cacophonie ignoble mit le supplicié à genoux et la tête entre les mains, l'instable hoqueta longuement. L'on ne sut si ces convulsions atroces, trouvaient leur origine dans les rires ou les larmes, mais elles signaient une capitulation. Une voix balaya le chant de cette tempête, elle imposa un silence perturbant, un mutisme qui confrontait les oppresseurs au plus insidieux des reculs, aux premières pousses de la culpabilité.

-"Silence !" - Le soufflet fut hébétant, plus froid encore que le souffle d'Ansbar.-

Dans l'intervalle mort, sonnaient les trois coups. Une crosse martelait le dallage, couvrant les pas d'un Prédicateur en éveil, celui qui abandonnait l'ombre, pour une lumière bien mal acquise. Dans ses mires lactescentes se reflétaient la frustration des contrits et l'approbation des justes. L'ire de Myrthuän, toucha tout particulièrement Nelkehyr, qu'il couvrit de ses premiers "hommages" :

- "Et vous très vénérable Nelkehyr, quel est votre don ? "

Posté aux abords de l'Eressåe avili, le dernier des Xóhlodvim darda l'agitateur d'un regard arbitraire. Une main posée sur la tête baissée de son prédécesseur, celui qui ne caressait rien moins dans son estime, qu'un chien, fit passer ce contact pour une apposition des mains, prodiguée par un bienveillant thaumaturge. Porté par la conjoncture, il déploya enfin "son auréole" :

-" Là où vous vous obstinez à voir un vieux fou, je contemple avec tristesse, les blessures d'un esprit blessé par la plus admirable des quêtes : Celle de la compréhension. Ce meneur a été édifié par et pour vous, sur des scories, des restes ... Dans le sang des miens, dans les actes orduriers qu'escamote l'intendance et dans la corruption, affublée des atours de la piété, j'ai vu notre déclin.
Qui a eu l'audace de se dresser contre ces maux ? Qui en abuse ? Qui préfère les oublier ? A l'ombre des considérations, j'ai pleuré cette décadence et persuadé d'être impuissant, face à ses chimères, j'ai failli m'y abandonner avant que se manifeste ... Nilven."

Le rebut prosterné à ses pieds, releva vers lui un regard dégoulinant d'une risible gratitude.  " ... Sa faiblesse nous confronte à ce terrible constat, l'équilibre est fragile et les idéaux ont fait place aux fomentations. Soyez sûrs, mes chers confrères, que sa poursuite me motive, embrase mon cœur, autant qu'elle ne le déchire et je n'aurais de repos, que lorsque nous sera rendu grâce. Cette éminence dérobée, nous l'arracherons comme la mauvaise herbe qui infeste notre verger. Il est une phrase que je ne puis me résoudre à oublier ...
L’arbre de notre ordre est parfait, il n’est aucune pousse difforme ou gâtée qui ne saurait être élaguée  … Seule la sylve mise à l’épreuve, s’enracine et se fortifie, pour accuser les outrages de la tempête.
Je suis prêt à porter le fardeau, seul, mais si certains d'entre vous sentaient en eux, la force de partager ma charge, de se battre pour cette pureté perdue, je leur promet que les efforts déployés, permettront de réédifier notre grandeur "


Il  faisait vibrer la salle de ses grondements, pareil aux fulgurations qui manifestaient le courroux de la voûte. La foule y fit écho, entrainée par une ferveur éphémère, qui ne laisserait pas moins germer des convictions tenaces. Une circonspection susceptible de diviser la tribune, de fissurer le bloc pour sculpter une chaire ... Celle qu'occupera Myrthuän.



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Calim was here, il connaît le MDP



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