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Khaanam Makeba - Pisteuse, chasseuse - Aigle d'Argent

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◈ Dim 26 Oct 2014 - 23:13

◈ Prénom :  Khaanam
◈ Nom : Makeba
◈ Sexe :Femme
◈ Âge : 29 ans
◈ Date de naissance : 8 Ansbar 60
◈ Race :Sang-mêlée
◈ Ethnie : Sharda du Sud/Eressåe des Abysses
◈ Origine : Radjyn / Saan Met
◈ Alignement : chaotique bonne
◈ Métier : dresseuse/chasseuse, éclaireuse et traqueuse pour les Aigles d'Argent
◈ Lié : Attalë


Magie


Magie naturelle (communication animale): le pouvoir de Khaanam s'est révélé en même temps que ses marques d'Eressåe, lors du retour de la magie. Très rudimentaire, il se base plus sur l'instinct qu'autre chose. Elle est incapable d'avoir la moindre discussion avec des animaux, et il n'est pas du tout question d'un quelconque langage. Pour le moment, il s'agit surtout d'un échange d'impressions et de sensations brutes, ce qui se révèle néanmoins pratique pour mieux comprendre et dresser les bêtes


Compétences, forces & faiblesses


Artisanat

-tannage de peaux et travail du cuir (intermédiaire)

Connaissances

-nature (experte)
-langues : Saa, Kaerd

Arts des combattants

-combat armé : sabre (intermédiaire)
-combat armé : lances et javelots (experte)
-combat armé : arc (intermédiaire)
-armures légères (intermédiaire)

Arts des voleurs

-agilité (experte)
-adresse (experte)
-déplacement silencieux (experte)
-détection (experte)

Arts des chevaliers

-équitation (maître)
-combat monté (experte)

Arts des chasseurs

-pistage (maître)
-survie (experte)
-dressage (maître)
-pièges (intermédiaire)

Arts des sages

-médecine naturelle (novice)
-connaissance de la flore et de la faune (experte)
-soin des animaux (experte)

Compétences magiques

-magie naturelle : communication animale (novice)

Forces

Kayla est dotée d'un véritable don pour les animaux, et ce depuis toujours, bien avant que son pouvoir magique n'apparaisse. Elle se pense capable de dresser pratiquement n'importe quel type de bête, et n'a pas son pareil pour l'art de la chasse et de la traque. Elle est souvent bien plus à l'aise en pleine nature qu'en ville, et se montre douée dans l'art de la survie. Elle est également dotée d'une grande volonté, et très peu de choses sont capables de la détourner de ses objectifs une fois qu'elle les a en tête et ne recule jamais devant un défi.

Faiblesses

Sa confiance en elle peut se transformer en faiblesse lorsqu'elle laisse sa fierté et son impétuosité prendre le dessus. Elle peut se montrer arrogante, têtue et bornée. Si elle peut se montrer d'une patience minérale lorsqu'il s'agit de traquer une cible ou de dresser un animal, elle n'en possède que très peu pour tous les autres aspects de la vie, surtout en société. Elle n'a que peu de regards pour l'étiquette, et déteste perdre son temps, ce qui l'amène souvent à foncer tête baissée ou à mettre les pieds dans le plat... Pour couronner le tout, elle peut se montrer soupe au lait voire carrément susceptible, et il devient alors assez facile de la provoquer. Comme dit plus haut, elle ne recule jamais devant un défi... De même, sa curiosité l'aura plus d'une fois précipitée dans les ennuis.


Physique


Khaanam mesure  près cinq pieds et six pouces de haut (soit presque 1m80), ce qui est plutôt grand pour une femme, même parmi les Sharads du Sud. Élancée et athlétique, elle a tout de quelqu'un qui prend soin de se maintenir en forme et qui a l'habitude de vivre au grand air. Sa peau sombre rappelle la couleur du chocolat, et tranche avec ses yeux bleus, fait inhabituel pour ceux de son ethnie...du moins quand on ne prend pas en compte sa véritable ascendance paternelle. Une ascendance qui lui a donné les symboles bleutés qui se dessinent sur sa peau une fois celle-ci éclairée par la lune, preuve s'il en est de son origine à demi eressae. Ses cheveux d'un joirs de jais sont coupés plutôt courts, et des mèches lui balayent généralement le front. Il se dégage d'elle une impression d'agilité et de force, et chacun de ses mouvements témoigne d'une grande confiance en soi. Sa démarche est souple, assurée, et peut se révéler étonnamment silencieuse. Son visage possède des traits plutôt fins qui peuvent se révéler très expressifs, particulièrement lorsqu'elle fait la moue ou se laisse aller à sourire. Quand elle se met en colère, ses yeux s'assombrissent et semblent capables de jeter des éclairs, et elle n'a pas son pareil pour prendre une posture menaçante...


Caractère


Khaanam est dotée d'une personnalité impétueuse et passionnée. Pratiquement incapable de demi-mesures, elle s'implique à fond dans chaque action qu'elle entreprend. Son caractère se révèle tout aussi fort dans ses aspects positifs que négatifs, et il lui en faut peu pour dévoiler tout son potentiel d'un côté comme de l'autre. Elle accorde beaucoup d'importance à l'instinct, souvent plus qu'à la réflexion. Elle est loin d'être stupide, mais elle déteste perdre son temps et préfère généralement agir avant de parler. Sanguine, elle se montre aussi fougueuse dans ses amitiés que dans ses inimités, et elle a tendance à rechercher l'action dans tous les aspects de sa vie. Elle supporte mal l'inaction et adore les défis, aussi est-elle toujours à la recherche du prochain. Sûre d'elle et de ses compétences -parfois trop- elle est souvent capable de s'adapter aux circonstances. Susceptible, ayant la rancune tenace et prompte à l'agacement lorsqu'on appuie sur ses boutons (ne maltraitez aucun animal en sa présence, et ne lui faites jamais le coup de la faible femme...), elle n'est jamais cruelle ni mauvaise à moins qu'on lui donne une très bonne raison. Elle est dotée d'un bon fond, et si elle ne se soucie guère des règles et des lois, elle fait de son mieux pour agir au nom du bien. Elle tient à sa liberté et à défendre celle de ceux qui en sont incapables, et déteste les injustices. Elle est également dotée d'une intégrité à toute épreuve, et fait preuve d'un courage certain face au danger. Préférant la compagnie des animaux à la plupart des humains, elle accorde difficilement sa confiance et son affection à ces derniers tant qu'ils ne lui ont pas prouvé leur valeur. Elle se révèle ensuite une amie fidèle et loyale, et il vaut mieux ne pas s'en prendre à ceux pour qui elle éprouve de l'affection. Guère à l'aise en société, elle préfère éviter les situations sociales compliquées, et rechigne à se plier aux règles qu'elles sous-entendent... Elle voue un amour sans bornes et un respect profond à la nature et à ses créatures, avec lesquelles elle possède une véritable affinité. Curieuse, elle est insatiable de nouvelles découvertes en ce domaine.


Inventaire


-un sabre au manche taillé et décoré par ses soins, qu'elle porte dans son dos

-une lance, ainsi qu'un jeu de javelots
-un arc court, ses flèches et son carquois
-une armure de cuir

-quand elle ne s'équipe pas pour le combat, elle porte généralement des tuniques de voyages et des chemises près du corps, sans manches ou non suivant la température. Elle affectionne le cuir, la peau, la fourrure et les couleurs bleues, blanches et rouges. De mémoire d'homme, on ne l'a encore jamais vue autrement qu'en pantalon. Un baudrier, des gants et des bottes complètement normalement le tableau. Elle ne porte aucun bijou, si ce n'est un collier tout simple consistant d'une ficelle de cuir passée autour d'une dent de lion. Elle aime confectionner certains de ses vêtements elle-même à partir du produit de ses chasses

-Aqwi, son étalon de sept ans, un splendide cheval couleur sable
-Kyla, son faucon femelle de quatre ans, qu'elle a dressé elle-même (comme Aqwi)


Invité
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◈ Dim 26 Oct 2014 - 23:22


Histoire




Souvent, je rêve que je vole.

Je ferme les yeux, je laisse le sommeil s'emparer de moi, et lorsque je les ouvre, c'est pour contempler le monde d'en haut. Tout autour de moi, il n'y a qu'un ciel bleu et une étendue de nuages à perte de vue. Et, loin en dessous, la terre que je foule chaque jour m'offre un spectacle à nul autre pareil. Je vois les gens qui s'y traînent sur leurs deux pattes, ou sur celles de leur monture, et ils n'ont aucune idée de ce que le ciel a à leur offrir. Ils ne lèvent jamais la tête, trop occupés à regarder leurs pieds de peur de trébucher. Dans les airs, ce risque n'existe pas. Dans les airs, je suis légère. Dans les airs, je suis libre. Je peux sentir le vent caresser mon visage alors que je fends les cieux, et je peux entendre le sifflement d'ailes puissantes qui me portent loin de toute contrainte. Je suis ma seule maîtresse, et plus aucune attache ne me retient.

Puis le ciel devient noir, et les étoiles constellent sa voûte. Parfois, je vole si haut que j'ai presque l'impression de pouvoir les cueillir en tendant les doigts. Au-dessus de moi, la lune pâle gouverne son royaume et je ressens jusque dans mes os le pouvoir de son attraction. Le monde change quand la nuit tombe, et je change également. Je peux presque sentir les formes qui se dessinent sur mon corps, et goûter la lueur bleue qui en émane. Dans un coin de mon esprit, une petite voix effrayée se fait entendre, criant que ce n'est pas moi. La lumière reste, s'intensifie, menace de m'engloutir, et brûle mes souvenirs. Ma vie devient fausse à mes yeux, et je deviens quelqu'un que je ne suis pas. Les certitudes de toute mon existence se brisent en plein vol, et je sens la panique monter en comprenant que je n'ai plus aucun pouvoir sur mon destin. Je suis le fruit d'un mensonge, et le vent devient une tempête qui me balaie dans tous les sens, comme une poupée de son en plein orage. Qui suis-je ? Voilà la question qui naît immanquablement sur mes lèvres avant chaque réveil.

Souvent, je rêve que je tombe.


Présent

Khaanam raffermit sa prise sur la roche saillante, et bloqua son pied dans la fente plus bas. Collée contre la paroi, elle pouvait sentir le froid pénétrer ses vêtements pour venir la glacer jusqu'au tréfonds de son être. Rien ne l'avait préparée à un tel froid, pas même ce qu'on avait pu lui en raconter. Parfois, les mots étaient incapables de vous préparer à une sensation... Dans sa tête, la voix  de la raison lui répétait qu'elle n'était pas faite pour ça. Elle était une fille des sables et du soleil, pas une fleur de givre destinée aux sommets glacés de Valdrek. Bien décidée à ne pas laisser la raison décider de son sort, elle prit quelques secondes pour rassembler ses forces, puis reprit son ascension. Le plateau qu'elle cherchait à atteindre n'était situé qu'à une bonne grosse perche au-dessus, peut-être deux en comptant large. Elle avait grimpé des sommets plus hauts dans son pays natal ! Bon, il y faisait chaud, et elle ne risquait alors pas de glisser sur du givre, mais ce n'était là qu'une simple complication de plus. Elle n'était pas en train de gravir une montagne entière, elle était loin d'être une alpiniste ! Tout ce qu'elle voulait, c'était prendre pied sur ce petit plateau pour mieux observer les alentours. Elle n'était pas à une altitude trop prononcée, bien qu'elle doutât qu'il y eut beaucoup de Sharda du Sud à s'être un jour trouvés aussi hauts en Ordanie.

« Tu es en train de communier avec la montagne ou tu as juste la trouille de tomber ? Non, je dis ça parce que dans ce cas, j'aimerais prendre les devants la prochaine fois. Je n'ai pas spécialement envie que tu me dégringoles sur le coin de la pomme. Pour être parfaitement honnête, s'il pouvait ne pas y avoir de prochaine fois non plus, je serais d'autant plus ravie. »

Khaanam tourna la tête pour regarder par-dessus son épaule, en contrebas. La silhouette menue de Sun-Hi, emmitouflée elle aussi dans des fourrures alsderns, se trouvait une coudée plus bas. Des cheveux noirs dépassaient de la capuche pour venir fouetter un visage pâle rosi par le vent, et le ton moqueur n'arrivait pas à dissimuler la légère pointe d'appréhension qui se cachait derrière.

« Je n'ai pas peur, j'avance lentement parce que je ne voudrais pas te semer. Tu risquerais de paniquer et de tomber bêtement. Je ne voudrais pas être celle qui devra expliquer à Samir pourquoi l'une de ses recrues aura fini fracassée sur les rochers. »

« Tu pourrais en remontrer à certains de mes dieux, côté facétie dangereuse. Ça t'amuse tellement de me tourmenter ainsi ? Je risque ma jolie peau de perle pour t'accompagner, et c'est tout ce que j'ai en retour ? »

« Ta jolie peau de perle n'avait pas besoin de venir, c'est toi qui as insisté. »

« Parce que je ne pouvais pas te laisser faire des folies toute seule. Si tu ne revenais pas, ce serait à moi d'expliquer ta perte à Samir. Dans le cas où quelque chose devrait mal se passer, je préfère nettement qu'on disparaisse toutes les deux. »

« Ça ne changerait pas grand-chose, si tu veux mon avis. Cet homme nous retrouverait où qu'on aille. À ses yeux, mourir de froid dans les montagnes ne serait pas une cause suffisante pour que l'on manque à notre devoir. »

« À qui le dis-tu : cet homme ne s'arrête jamais ! J'ai l'impression qu'il va surgir de la neige à tout moment pour nous dire de nous presser un peu ! En parlant de ça, tu comptes bouger ou tu attends le dégel ? »

Un sourire sur ses lèvres gercées, Khaanam reprit son ascension avec prudence. Elle pouvait entendre Sun-Hi grommeler derrière elle, ce qui l'amusa d'autant plus. Bien entendu, elle avait su que son amie la suivrait lorsqu'elle lui avait parlé de la petite expédition qu'elle prévoyait, comme elle-même l'aurait suivie si son amie avait décidé de partir à l'aventure. Même si Sun-Hi avait une conception de l'aventure très différente : on y trouvait plus de bains chauds et moins d'escalade sauvage. Selon elle, les deux femmes passaient assez de temps à chercher le danger pour le compte des Aigles d'Argent pour l'éviter au maximum entre deux missions. Pour Khaanam, le danger n'entrait guère en ligne de compte lorsqu'il était question d'assouvir sa curiosité. Et l'histoire qu'elle avait entendue trois jours plus tôt dans une taverne de Wargarth avait suffi pour la pousser dans sa nouvelle entreprise. Au grand désespoir de Sun-Hi, qui savait son amie impossible à raisonner lorsque sa passion entrait en ligne de compte.

Khaanam cherchait un griffon.


Dix-huit ans plus tôt

Khaanam se déplaçait silencieusement dans les hautes herbes sèches, prenant soin, bien soin, d'aller contre le vent. Ses pieds nus foulaient la terre chaude avec adresse, et ses petites mains se cramponnaient à la lance que lui avait offerte son père il y a un an de cela. Il l'avait faite lui-même, adaptant sa taille à celle de la fillette. Le long du manche, il avait gravé plusieurs inscriptions dédiées aux esprits, et la pointe était acérée et brillante sous le soleil. L'enfant chérissait ce présent comme aucun autre. Il montrait à quel point son père l'avait connue mieux que tout le monde, et il s'agissait de la dernière chose qu'il lui avait donnée avant de disparaître lors d'une chasse. Il était parti un matin avec d'autres hommes de la tribu, et les survivants étaient revenus sans lui. Un troupeau de gnous avait paniqué, tué plusieurs chasseurs dans leur charge. Le corps du père de Khaanam n'avait pas été retrouvé, sans doute emporté bien malgré lui par l'avancée furieuse des bêtes. Khaanam n'avait pas pleuré en ce jour funeste. Elle avait consolé sa mère effondrée avant de prendre la petite lance et de partir dans la brousse, accompagnée du chien qu'elle avait commencé à dresser. Elle était revenue bredouille bien sûr, et on l'avait grondée pour être ainsi partie au-devant du danger, mais cela ne l'avait pas empêchée de recommencer le jour d'après. Puis le suivant. Elle n'avait jamais retrouvé son père mais, lorsqu'elle parcourait les plaines de Saan Met, elle avait l'impression qu'il était encore avec elle.

Aujourd'hui plus que jamais, car ce jour était le plus important de sa courte vie. C'était le premier solstice de l'été depuis qu'elle avait eu onze ans, et elle allait enfin être considérée comme une femme de la tribu. Mais elle n'avait aucune envie de se prêter aux rituels qu'on attendait d'elle. Mâcher des racines et avaler des mixtures de plantes, très peu pour elle ! Elle préférait pister un animal, et le confronter, car c'était ce qu'elle avait dans le sang. Son père l'aurait comprise, il l'avait toujours su. Mais il n'était plus là pour voir sa fille atteindre l'âge adulte, aussi il ne tenait plus qu'à elle seule de faire honneur à son père et aux ancêtres. Et de prouver qu'elle était capable de réussir ce rite comme n'importe quel autre garçon. Voilà pourquoi elle suivait ces traces depuis plusieurs heures, tandis que les femmes devaient la chercher partout au village après avoir compris qu'elle ne se présenterait pas à elles pour le rituel de passage. La jeune fille étudiait la piste avec attention, s'attardant auprès de chaque marque caractéristique dans le sol, auprès de chaque herbe couchée. Sa cible était passée par là, elle en était sûre. Quelques mètres plus en avant, elle découvrit un petit tas de déjections encore chaud : la bête n'était pas loin. Redoublant de prudence, Khaanam cheminait lentement, les sens aux aguets. Le moindre  bruissement lui faisait tourner la tête pour en déterminer le point d'origine, et elle pouvait sentir son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine. Les lèvres sèches, elle s'efforçait de lutter contre la peur qui l'envahissait. Elle se rappelait des mots de son père, qui lui avait appris que la peur n'était pas une mauvaise chose pour peu que l'on arrive à la garder sous contrôle, à ne pas de faire dévorer par elle. Et que les plus grands des chasseurs arrivaient à s'en servir pour triompher de leurs proies. Désormais accroupie, elle serpentait parmi les hautes herbes, adressant une prière muette aux esprits de la chasse et aux ancêtres qui avait vécu cette initiation avant elle, leur demandant de lui accorder la force d'accomplir son œuvre. Elle espérait qu'ils ne prendraient pas trop ombrage de la voir ainsi bafouer la tradition, et qu'ils guideraient son bras le moment venu.

Un grognement lui fit soudain dresser les oreilles : il provenait de quelque part à l'est, et elle eut l'impression de voir bouger la végétation. Khaanam se figea sur place, fermant un instant les yeux pour mieux repérer la source du bruit. Quelque chose renâclait dans les parages, elle en était sure. Elle reprit son avancée, la plus discrète possible, déterminée à ne pas faire de bruit. Puis, au détour d'une touffe d'herbe haute, elle le vit. L'animal grattait nerveusement le sol de ses pattes, comme s'il se rendait compte qu'il était traqué. Massif, couvert de cicatrices, une oreille déchiquetée et un œil en moins, il ne pouvait s'agir que du vieux phacochère blessé dont parlaient les chasseurs depuis quelques jours. L'animal solitaire était connu pour rôder sur le territoire de la tribu, et son caractère en faisait une bestiole dangereuse pour les imprudents. En fin de vie, il était pour autant déterminé à ne pas se laisser mourir sans combattre, et il avait éludé plusieurs chasseurs qui s'étaient lancés à sa poursuite. Et voilà que Khaanam avait réussi à trouver sa trace. L'exultation de la fillette luttait contre la peur qui menaçait toujours de prendre le dessus : l'animal était impressionnant vu de près, et ses défenses paraissaient capable d'éventrer un buffle. Soudain, Khaanam ne se sentit plus très décidée à l'idée de traquer la bête, et elle déglutit avec difficulté en contemplant les petits yeux féroces et la peau épaisse. Mais elle n'était pas venue jusqu'ici pour reculer : son père n'aurait pas fui, lui. Elle se devait de mener sa mission à bien. Si elle tournait les talons maintenant, personne au village ne la prendrait plus jamais au sérieux, et elle pourrait alors oublier ses rêves de chasse, ses rêves de garçon. Elle serra sa lance plus fort, et commença à s'approcher, tout doucement.

Elle n'était plus qu'à quelques toises du bestiau quand ce dernier releva tout à coup son museau qui se mit à frémir. Il fit volte-face, pour contempler droit dans les yeux l'enfant qui se dirigeait vers lui. Il frappa la terre de ses sabots, furieux, et poussa un borborygme grossier qui n'était pas sans rappeler l'un des jurons qu'aimaient à proférer certains des anciens du village. Puis, sans prévenir, la bête chargea. Réagissant uniquement à l'instinct - ce qui lui sauva très certainement la vie - Khaanam se jeta sur le côté plutôt que de se mettre à courir, ce qui lui permit d'éviter la masse formidable qui se précipitait sur elle. Ce n'est qu'à ce moment qu'elle se mit à filer aussi vite que ses jambes fines le lui permettaient, fendant les hautes herbes. Elle pouvait entendre la créature grogner à nouveau, et l'espace d'un instant, son esprit paniqué chercha comment diable on appelait le cri du phacochère, comme pour la distraire du risque de se faire embrocher ou piétiner à mort, deux options guère satisfaisantes. Terrifiée, elle devait lutter pour garder les idées claires, et s'efforçait de se concentrer sur sa course. Elle zigzaguait comme une folle, essayant de semer son poursuivant, mais il ne semblait pas près de perdre sa trace. Elle pouvait presque sentir son souffle chaud et fétide sur sa nuque, et se demanda si c'était ce que son père avait vécu quand le troupeau de gnous avait fondu sur lui. Des larmes effrayées se mirent à couler sur son visage, brouillant sa vue, et elle trébucha contre un caillou qui l'envoya s'étaler de tout son long dans l'herbe. Roulant sur le dos, elle se mit à reculer en s'aidant de ses coudes, et manqua rester paralysée quand elle se retrouva nez à nez avec le phacochère qui ne montrait aucun signe de ralentissement. Avec l'énergie du désespoir, Khaanam saisit sa lance de toutes ses forces et la pointa devant elle comme un talisman. La puissance de l'animal fit le reste : emporté par sa charge, il s'embrocha sur la pointe de l'arme, qui s'enfonça dans sa poitrine et suffit à le faire dévier de sa trajectoire. La bête s'écroula dans la poussière en poussant un cri aigu surprenant pour sa taille. Avec un craquement sec, le manche avait cassé, laissant la jeune fille avec une moitié de hampe dans la main. Elle ne perdit pas de temps à contempler son ouvrage, se relevant le plus vite possible tandis que le phacochère faisait de même. La blessure n'avait de loin pas été assez suffisante pour le tuer, et elle semblait même l'avoir enragé de plus belle. Profitant de son avance, Khaanam se remit à courir, un nouveau plan en tête. Elle savait que non loin se trouvait un point d'eau où se réunissaient régulièrement les chasseurs et les éleveurs de la tribu lorsqu'ils parcouraient leur territoire. C'était sa dernière chance, et elle priait les ancêtres de toutes ses forces tandis qu'elle pouvait entendre le phacochère reprendre sa course dans son dos. Hors d'haleine, elle sortit enfin de la mer d'herbes pour déboucher près de la marre. Elle fouilla les alentours du regard, et remercia les esprit d'apercevoir ce qu'elle cherchait : un petit groupes de chasseurs était assis sur les cailloux au bord de l'eau, le corps d'une gazelle reposant non loin, les pattes attachées. Un cri franchit les lèvres de l'enfant sans qu'elle ne se rende compte, et ils tournèrent tous la tête vers elle. Ils se saisirent aussitôt de leurs armes et firent de grands signes à l'adresse de Khaanam. L'un d'eux projeta un épieu qui fila au-dessus de la fillette pour venir se planter dans le sol à quelques pouces de la bête. Se tordant le cou pour essayer de regarder derrière elle, Khaanam ne vit pas les racines qui s'étendaient depuis les arbres qui bordaient l'eau. Perdant l'équilibre, elle tomba à nouveau, droit sur les pierres, et perdit connaissance.

Quand elle reprit conscience, elle se trouvait allongée sur son lit, chez elle. Un éclair douloureux passa derrière ses yeux lorsqu'elle les ouvrit, et elle se sentit prise de vertiges quand bien même elle était couchée. Elle avait la bouche sèche et pâteuse ; elle voulut dire quelque chose, mais sa voix se cassa et elle fut saisie d'une méchante quinte de toux. Elle put voir une silhouette rendue floue par la douleur se pencher sur elle, et une sensation de fraîcheur bienfaisante envahit son front pour se propager dans l'entier de son corps. Sa mère retira la compresse après avoir tendrement essuyé la coupure, et aida sa fille à se redresser dans le lit. Elle lui tendit une petite coupe en terre cuite remplie d'un liquide rassérénant que Khaanam but lentement et avec délice, le breuvage hydratant immédiatement sa gorge irritée.

« Le phacochère ? » réussit-elle enfin à prononcer. Sa mère parut mi-agacée mi-amusée par l'obsession de sa fille. Elle était surtout soulagée de l'avoir auprès d'elle, et elle avait appris à se résigner lorsqu'il s'agissait des élans d'aventures de sa progéniture.

« Les chasseurs l'ont mis à bas. Les anciens sont encore en train de discuter pour savoir s'il faut te punir ou te féliciter pour l'avoir guidé droit sur leurs lances. » Malgré tous ses efforts, sa mère était incapable de réprimer sa fierté, mais se força à insuffler un peu de sévérité dans sa voix : « Quelle idée de te lancer dans une folie pareille ! Tu aurais dû être avec les autres filles, pour la cérémonie de passage ! Où tout ce que tu risquais, c'était d'avaler de travers ! »

« J'ai suivi ma voie. Comme papa m'a appris. Il serait fier de moi, non ? »

Comme à chaque fois qu'elle mentionnait son père devant elle, elle put sentir la tristesse s'emparer du magnifique visage de sa mère, et une ombre voiler ses yeux clairs. Et, au-delà de la tristesse, il y avait quelque chose d'autre. Une gène que Khaanam n'avait jamais comprise. Sa mère se remit à sourire, avant d'embrasser délicatement le front blessé de sa fille.

«Ça, tu es bien la fille de ton père... »


Présent

Khaanam se hissa un peu plus haut, le souffle court. Le vent froid lui lacérait les poumons, et elle aurait aussi bien pu être nue tellement elle avait la désagréable impression qu'aucune couche de vêtements ne serait assez épaisse pour l'épargner de la température glaciale qui faisait rage autour d'elle. Elle avait traversé plusieurs pays ces dernières années, depuis qu'elle avait quitté Radjyn pour la première fois, mais aucun ne l'avait préparée à la froideur d'Ordanie, ni à ses paysages grandioses. Quand l'Aigle d'Argent l'y avait envoyée en mission en compagnie de Sun-Hi, elle n'avait su si elle devait se réjouir d'une telle aventure, ou regretter la douce chaleur de son pays d'origine. En tout cas, cette dernière ne lui avait jamais autant manqué que maintenant... Mais quand les montagnards descendus à Wargarth avait mentionné l'apparition de curieuses créatures ailées, l'intérêt de Khaanam avait été piquée en flèche. Quand elle n'était pas occupée par les devoirs de son ordre, elle vivait pour la découverte de nouvelles espèces, pour la rencontre d'animaux étonnants, pour la traque de bêtes sauvages dans des lieux reculés depuis qu'elle avait croisé la route de sa première créature fantastique, il y a quelques lunes de cela. Elle se rappelait très du museau écrasé de l'animal blessé, couché sur son flanc dans la poussière. Elle était de retour au royaume de Saan Met pour une mission de reconnaissance, et son chemin l'avait menée à la bête.  Une bête qui ne ressemblait à rien de ce qu'elle avait pu croiser, aussi bien dans son pays natal que dans les autres régions qu'elle avait pu visiter. La bestiole n'était pas très éloignée de la hyène ou du félin, et sa laideur n'avait d'égale que la panique qui avait illuminé ses yeux quand elle avait aperçue l'humaine qui se dirigeait vers elle. Lentement, Khaanam s'était approchée, faisant son possible pour ne pas effrayer plus encore la pauvre bête. Fascinée, la jeune femme n'en croyait pas ses yeux : cette créature lui semblait unique, un véritable trésor issu de la nature (un trésor certes pas très beau, mais trésor néanmoins). Un fer de lance était fiché dans son flanc. Très doucement, Khaanam s'était accroupie auprès de ce qu'elle ignorait être un simith, pour essayer d'en retirer ce corps étranger. L'animal se mit à gronder, et ses pattes balayèrent le sol ; il semblait avoir bien plus peur de l'humaine que le contraire. Dans sa tête, la femme se rappelait encore les sensations grossières qui évoquaient des images diffuses axées sur le danger et la fuite. En retour, elle avait tenté de lui transmettre une impression rassurante, l'assurant qu'elle ne lui voulait aucun mal. Elle était loin de maîtriser cette faculté étrange, apparue il y a quelque semaines à peine, et c'était là le mieux qu'elle pouvait faire. Elle n'était même pas certaine que les bêtes comprenaient ce qu'elle essayait de leur dire en retour. Tout ce qu'elle savait à coup sûr, c'était qu'elle était capable de communiquer très grossièrement avec les animaux. Elle s'était retrouvée un jour avec ce pouvoir dans la tête, voilà tout. Vu les événements étranges qui semblaient s'être déchaînés sur le monde ces derniers temps, ils n'avaient pas pu l'épargner indéfiniment. Elle avait vu en ce don une manifestation naturelle de ses talents de dresseuse ; elle avait toujours su s'y prendre avec les bêtes, et ce, dès son plus jeune âge. Plutôt que de s'effrayer d'un tel pouvoir inconnu, elle faisait de son mieux pour l'embrasser et apprendre à s'en servir, même s'il se déclenchait bien plus par instinct que par le moindre effort conscient... Que le simith ait comprit l'intention qu'elle avait essayé de lui communiquer ou non, elle put s'approcher assez près pour lui ôter la pointe de lance d'une main experte ; elle savait soigner les animaux presque aussi bien que les dresser ou les chasser. Mais à peine fut-il libéré de la morsure du métal que l'animal bondit sur ses pattes. Son regard, partagé entre l'affolement et le soulagement, croisa celui de l'humaine le temps d'une seconde qui parut durer bien plus longtemps, puis il bondit dans les broussailles, ne tardant pas à disparaître, laissant plantée là la jeune femme qui se demanda un instant si elle n'avait pas rêvé. Mais l'apparition de créatures étranges n'était qu'un des signes témoignant des changements que traversait Rëa.

Depuis cette rencontre, Khaanam n'avait cessé d'essayer d'en apprendre le plus possible, aussi bien sur son nouveau don que sur ces créatures de légende qui peuplaient à nouveau le monde si on en croyait les témoignages des rares chanceux qui avaient croisé leur chemin. Comme ces montagnards revenus à la taverne avec des propos donnant à penser aux griffons de leurs légendes. Il n'avait pas fallu longtemps à Khaanam pour se décider et leur demander où dans les montagnes ils prétendaient avoir aperçu ces bêtes. Ni une ni deux, elle s'était lancée sur les trace du mythe, en compagnie d'une Sun-Hi guère enthousiaste mais bien décidée à assurer ses arrières. En trois ans, leurs chemins ne s'étaient que rarement séparés : l'Inoë avait été recrutée peu de temps avant la Sharda, et toutes deux étaient rapidement devenues inséparables. Ce qui comptait d'autant plus pour Khaanam, qui se liait plus facilement aux bêtes qu'aux hommes. Outre Sun-Hi, il ne devait y avoir que Sumir pour la connaître aussi bien. Quelques exceptions mises à part, elle trouvait bien plus aisé de parler aux animaux qu'aux humains, et elle ne parlait pas de son pouvoir rudimentaire. Les bêtes étaient plus sincères que quiconque, et leurs attentes bien plus faciles à comprendre. Elle se rappelait encore très bien la fois où elle avait « entendu » pour la première fois la voix de l'une d'elle grâce à son pouvoir, qui s'était manifesté pour la première fois la même nuit que ses marques. Elle s'était réfugiée dans un bosquet près d'une rivière calme, où elle avait pu contempler, médusée, son reflet : des lignes bleues serpentaient sur sa peau nue, luisant faiblement dans la nuit. Sous le choc, elle avait mis du temps à digérer l'implication que cela sous-entendait. Dans sa tête, elle s'était alors repassée pour une énième fois la dernière fois qu'elle avait parlé à sa mère, peu de temps avant d'être recrutée par l'Aigle d'Argent. C'était il y a presque cinq ans, quand elle avait enfin compris ce que cachait la gêne de sa mère. Quand elle avait appris que son père n'était pas son père. Sa mère l'avait laissé échapper, lasse de leurs disputes : Khaanam, indépendante, fière et attachée plus que tout à suivre les traces de l'homme qu'elle pensait être son père, s'était révélée être de plus en plus difficile à gérer pour une femme qui cachait un tel secret. Il avait suffi d'une phrase malencontreuse pour révéler le mensonge. Face aux questions de sa fille en colère, sa mère s'était alors entêtée, se refusant à lui livrer la vérité. Tout ce qu'elle daigna lui dire, c'était qu'il s'agissait d'un bel étranger de passage, et d'une brève passion avant qu'il ne quitte le village. Elle avait rencontré l'homme qui finirait par élever Khaanam comme sa fille peu de temps après. Quelque part, Khaanam savait qu'étant donné les mœurs de son peuple, elle n'aurait pas dû se sentir aussi choquée. Et puis elle finit par comprendre que ce n'était pas l'acte en lui-même qui la perturbait autant, mais le secret qui en avait découlé. Ses parents lui avaient menti sur son origine plutôt que lui expliquer les choses comme l'auraient fait la plupart des autres familles, et elle se retrouvait soudainement privée d'une partie de ses origines. Comme si cela expliquait soudain cette étrange sensation qu'elle avait toujours eue au fond d'elle, cette sensation de ne pas entièrement faire partie de cette vie qui était la sienne. Furieuse, ne comprenant pas pourquoi sa mère refusait de lui en dire plus alors même que le secret avait percé au grand jour, Khaanam avait quitté le village avec pour seule compagnie Aqwi, l'étalon qu'elle dressait depuis sa naissance et le faucon qui l'accompagnait dans ses chasses.

Un cri perçant se fit entendre, et une silhouette fendit le ciel pour venir se percher sur son épaule tandis qu'elle continuait son ascension. Le bec crochu et le regard sévère caractéristiques de son espèce, l'oiseau semblait moins perturbé par le froid que sa dresseuse.

« Tu as trouvé quelque chose, Kyla ? »

C'était avec elle que Khaanam avait eu sa première expérience mystique, lorsque la magie s'était réveillée chez elle, la nuit des marques. Alors qu'elle se regardait dans l'eau, interdite, elle avait pu sentir l'esprit de l'oiseau toucher le sien, et des images s'étaient déversées dans son esprit, le fruit de sensations étranges et animales. Il s'agissait d'éléments diffus et très crus, dépourvus de finesse et de signification réelle : il s'agissait d'un échange primal qu'elle était encore loin d'être capable d'affiner, même plusieurs lunes après. Mais ce bref premier contact avait été suffisant pour la réconforter, et la conforter dans sa nature. Quant aux marques qui apparaissaient chaque nuit depuis, elles étaient devenues une clef supplémentaire pour déchiffrer le mystère de ses origines. Son ascendance était soudainement devenue plus claire, même si cela n'expliquait pas totalement pourquoi sa mère avait jusqu'au bout refusé de lui en dire plus. Et ne le ferait sans doute jamais, parce toute possibilité de contact avait été définitivement rompue trois ans plus tôt, lorsque Samir était venue la trouver dans cette taverne de Dehernatbi pour lui proposer de rejoindre l'Aigle d'Argent...


Trois ans plus tôt

Khaanam contemplait pensivement le fond de sa chope, accoudée au comptoir. Sa tunique de chasse rendue poussiéreuse par la route donnait la nette impression d'avoir connu des jours meilleurs, et la fatigue se disputait à la satisfaction d'une tâche bien remplie sur les traits de la jeune femme. Elle venait de ramener en ville un petit troupeau de chevaux sauvages qu'elle avait rassemblés avant d'en entreprendre le dressage. Finaliser un tel travail lui prendrait bien quelques semaines, et elle se demandait encore si elle était heureuse de rester encore tout ce temps dans son pays natal, ou si elle se réjouissait de pouvoir continuer son chemin. Cela faisait deux ans qu'elle n'avait pas mis les pieds en Radjyn, soit depuis son départ après la dispute finale avec sa mère. Cela faisait quelques jours qu'elle jouait avec l'idée de retourner à son village natal. Une partie d'elle avait envie de revoir le lieu où elle avait grandi, où celui qu'elle appellerait toujours son père l'avait élevée dans le respect des valeurs de la nature et des ancêtres, mais l'idée de se confronter à sa mère l'effrayait. Par fierté, mais aussi par honte d'avoir été aussi dure avec une femme qui l'aimait. Elle avait fait parvenir de ses nouvelles régulièrement, parce qu'elle n'était pas cruelle au point de laisser une mère incapable de savoir si sa fille était encore de ce monde, mais elle n'avait encore jamais osé retourner la voir. Elle avait vu tellement de choses depuis qu'elle avait quitté le royaume ; voyager l'avait confortée dans l'idée qu'elle n'avait jamais vraiment appartenu à cette vie-là... Et si elle n'avait pas encore trouvé où était sa vraie place, elle était à peu près sûre que ce ne serait jamais ici, pas vraiment.

« Vous en reprendrez bien une ? » La voix presque traînante, maniérée, la prit par surprise. Un homme s'était assis au bar à côté d'elle, sans qu'elle ne remarque sa présence. Ce qui témoignait d'un talent certain pour la dissimulation et la surprise ; loin d'être mal à l'aise à cette idée, la jeune femme choisit d'être impressionnée. Elle haussa un sourcil pour masquer son étonnement avant de répondre, comme si de rien était :

« Puisque vous allez me l'offrir, je ne dirai pas non. »

« Sûre de ses charmes, je vois ? »

« Pas vraiment. Je me dis juste que si vous avez pris la peine de faire un tel étalage de votre discrétion pour ensuite m'aborder de cette manière, c'est qu'il y a une autre raison là-derrière que de le faire uniquement pour mes beaux yeux. Bien sûr, je peux toujours me tromper : les hommes resteront toujours les hommes. »

« Du répondant ! Voilà qui vous octroie déjà un bon point dans mon livre. »

« Vous m'en offrirez une copie. Qu'est-ce que je peux faire pour vous ? »

L'autre se fendit d'un sourire, avant de faire signe au tavernier de leur servir deux nouvelles chopes. L'homme était grand et élancé, presque maigre, et il avait un visage taillé à la serpe d'où ressortait surtout un nez crochu qui aurait sans peine pu éborgner quelqu'un. Elle estima son âge entre quarante et quarante-cinq ans. Il avait la peau sombre presque cuivrée typique d'un Sharda du Nord, et un bouc impeccablement taillé. De longs cheveux dépassaient d'un élégant turban noir qui s'accordait au reste de sa tenue : une tunique de voyage de la même couleur, par-dessus laquelle il avait passé une cape ébène tenue par une broche d'argent en forme de croissant. Une lueur amusée, presque moqueuse, scintillait dans ses yeux sombres et jurait avec son langage corporel alangui. Mais ce qui frappa le plus Khaanam, ce furent les élégantes mains de pianiste aux longs doigts fins qui étaient posées à plat sur le comptoir. Il y portait plusieurs bagues dont les bijoux scintillaient à la lueur de l'établissement, et un cimeterre à la poignée et au fourreau délicatement ouvragés pendait à son côté. Le tenancier leur servit les ales, et il leva la sienne à l'adresse de Khaanam :

« À vos ancêtres ! »

« À Elaïm ! » rétorqua la femme avant de boire une gorgée. Elle avait passé pas mal de temps en Al'Akhab après son départ de Radjyn, mais ses connaissances en étiquette restaient rudimentaire. Elle n'avait jamais pris le temps d'apprendre à se comporter de la meilleure façon socialement parlant. Là encore, elle préférait de loin crapahuter dans la nature sur la piste d'un animal intéressant, ou tenter de dresser l'un de ses cousins. Elle vivait d'ailleurs de ses captures et de ses talents de dresseuse, et se demandait ce que l'étranger pouvait bien lui vouloir. Il n'était pas impossible qu'il ait entendu parler d'elle dans le coin, s'il désirait qu'elle lui trouve ou lui éduque un animal. Elle attendit poliment qu'il lui annonce pourquoi il avait décidé de lui parler. L'homme finit par poser sa bière, puis se mit à tapoter distraitement le comptoir de ses doigts, dont les mouvements graciles et délicats hypnotisaient presque son interlocutrice.

« Cela fait un moment que je vos observe, Khaanam Makeba. »

Ainsi, il connaissait son nom. Bon, rien de surprenant dans l'absolu, mais son intérêt grimpa de quelques degrés. Qui qu'il soit, l'inconnu semblait aimer prendre son temps, et il observait la jeune femme d'un regard perçant, presque inquisiteur. C'était comme s'il regardait droit derrière la façade de son visage pour scruter directement son esprit.

« Au moins, vous ne vous trompez pas de personne. On sait jamais, si vous étiez mal renseigné un jour, vous pourriez vous adresser ainsi à quelqu'un qui n'aurait pas le bon nom. Il y a de quoi perdre en intensité dramatique. »

« Mes renseignements sont rarement erronés, je peux vous l'assurer. Sinon, je ne serais pas ici. »

« Si vous le dites. » Une certaine arrogance se devinait derrière les propos de l'homme, mais aux accents de l'arrogance méritée de celui qui se savait bon dans son domaine et qui ne perdait pas de temps à feindre l'humilité. Il se dégageait de lui une compétence à toute épreuve, et il ne se privait pas de le montrer. « Que puis-je faire pour vous ? »

« C'est la seule question qui compte, n'est-ce pas ? Je représente un groupe qui serait...intéressé à l'idée d'employer vos talents. »

« Capture ou dressage ? Je peux assurer les deux, mais ce ne sont pas les mêmes tarifs. D'autant que  je n'ai pas encore tout à fait fini mon travail sur le troupeau de Qwandi. »

« Disons que nous chercherions à user de vos talents de traqueuse dans un domaine qui ne serait pas exclusivement animalier. »

« Ah bon ? » Voilà que la conversation prenait un tour plus inattendu. « Et qu'est-ce qui vous dit que j'ai les moyens de vous aider, quoi que vous ayez en tête ? »

« Nous vous observons depuis quelque temps. Assez pour nous assurer de vos compétences, et de leur utilité pour nous. Si vous ne remplissiez pas nos critères, je ne serais pas ici aujourd'hui. »

C'était une information intéressante à plus d'un titre, et si elle avait dû logiquement se sentir inquiétée d'être sous scrutation, elle en fut plutôt impressionnée : s'il avait suivie ces derniers temps, elle ne l'avait pas remarqué, et elle était assez bonne éclaireuse pour s'imaginer remarquer ce genre de chose en temps normal.

« Vous avez tout mon intérêt. » se contenta-t-elle de répondre, s'efforçant de garder un ton prudent.

« Et vous le nôtre. Je dois dire que ce qui m'a décidé d'aller jusqu'au bout, c'est votre action d'éclat d'il y a deux jours, peu avant que vous rassembliez ce troupeau de chevaux sauvages. »

L'humeur de Khaanam s'assombrit aussitôt à la mention de ces événements déplaisants. Alors qu'elle était sur la piste du troupeau, elle était tombée sur plusieurs bêtes mortes, et un animal blessé qu'elle avait dû achever. Tous portaient des traces d'un abus cruel, comme si des êtres dépourvus de pitié les avaient pris pour cible dans le seul but de tuer le temps. Elle ne voyait pas d'autre raison de s'en prendre ainsi à ces splendides bêtes sans récolter la viande ou les peaux. Animée d'une fureur comme elle en avait rarement ressentie, elle avait suivi les traces des responsables pendant plus d'une journée, accompagnée de son étalon et de son faucon. Jusqu'à ce que leur piste, difficile à suivre car cheminant dans une région rocailleuse et labyrinthique, la mène à leur campement rudimentaire. Ils étaient trois, et il s'agissait d'Ordhalerons. Leurs étranges physiques monstrueux l'assuraient, de même que leur comportement violent. Khaanam en avait croisés très peu au cours de ses voyages, et c'était les premiers qu'elle voyait en Radjyn. Elle ne savait pas ce qui avait pu les amener aussi loin en ces terres, et elle ne s'en souciait guère : il était hors de question qu'elle tolère un tel comportement. Elle ne se sentait peut-être pas complètement fille du sud, mais il s'agissait tout de même de la terre où elle était née. Et personne ne traitait des bêtes innocentes comme ça, pas quand elle était dans les parages.

Elle eut l'avantage de la surprise. Elle chargea sur le dos d'Aqwi, bondissant au milieu des trois Ordhaleron étonnés, dont l'un s'écroulait déjà au sol, un javelot planté dans la poitrine. Khaanam dégaina son sabre, jetant à terre un autre adversaire d'un moulinet adroit. Le troisième, plus dégourdi, en profita pour se saisir de son bras et la faire tomber de l'étalon d'une torsion. Elle roula dans la poussière pour accompagner le mouvement, et reprit son équilibre juste assez vite pour parer un coup d'épée. L'autre Ordhaleron se releva pour passer à l'attaque, et Khaanam poussa un sifflement aigu. Plusieurs kilos de muscles et de plumes semblèrent alors tomber du ciel, serres en avant, pour lacérer le visage de l'assaillant, qui essaya de le protéger tant bien que mal en hurlant. Kyla remonta en poussant un cri sauvage, tournoyant au-dessus de sa cible pour mieux lui fondre dessus. Profitant de la distraction, la jeune femme avait pu reporter toute son attention sur l'Ordhaleron en face d'elle. Il se révélait formidable combattant, sans doute bien plus habile qu'elle avec une lame. Khaanam préférait les lances, mais la sienne était restée sur Aqwi, aussi dût-elle faire de son mieux pour ne pas se faire déborder par les assauts violents de l'autre. Un coup plus adroit encore que les autres lui lacéra la joue, et du sang coula sur le sable. Un autre lui érafla la cuisse gauche, et elle se laissa tomber à genoux pour éviter de justesse un troisième assaut qui visait son cou. Sans réfléchir, elle se jeta droit dans les jambes de son adversaire, les faisant tous les deux basculer dans les rochers. Malheureusement, l'autre réussit à prendre le dessus, se maintenant au-dessus de la femme, serrant sa gorge dans une main, levant son poing ganté de l'autre. Khaanam ne dut son salut qu'à une ruade d'Aqwi, qui envoya bouler l'humanoïde monstrueux. Dégainant sa dague tandis qu'elle se relevait, elle en profita pour bondir sur lui et le poignarder à l'aine plusieurs fois, laissant sa fureur et sa peur guider son bras. Puis elle fit volte-face pour se jeter sur l'autre Ordhaleron, toujours harcelé par le faucon. En un instant, tout fut fini. Pantelante, la jambe et la joue douloureuse, Khaanam s'était alors laissée tomber sur le sol, roulant sur le dos pour retrouver son souffle...

Quand son esprit revint au présent, elle eu tout d'abord l'impulsion de se jeter sur l'étranger à côté d'elle, mais se retint de justesse. Elle le fusilla du regard, soudainement très en colère :

« Si vous êtes au courant de ça, c'est que vous y avez assisté. Et que vous m'avez laissée seule combattre ces trois monstres sans prendre la peine d'intervenir !

« Justement, le but était de voir comment vous vous en sortiriez. Et vous êtes vivante, aussi je dirais que c'était là une passe d'armes plutôt concluante. Bien sûr, il faudrait vous entraîner un peu pour vous mettre à niveau en ce qui concerne les armes, mais la traque était impressionnante. Moi-même je n'étais pas sûr de pouvoir retrouver leur trace avant de tomber sur tout ce grabuge. Ceci dit, je dois dire que charger trois Ordhaleron sans réfléchir reste plutôt dangereux... Mais rien qu'un peu de jugeote et d'entraînement ne pourront corriger. »

Bizarrement, Khaanam sentit sa colère retomber aussi vite qu'elle était montée. L'autre avait l'air de s'amuser de la situation plus qu'autre chose, et elle sentait que s'énerver contre lui plus que nécessaire ne servirait à rien. Il sembla en prendre note, et lui adressa un petit sourire satisfait.

« Croyez bien que si la situation était vraiment devenue désespérée, je serais intervenu. Mais dans ce cas, nous n'aurions jamais eu cette discussion. Disons que les circonstances ont permis d'en faire votre test final. »

« Un test pour quoi ? Qui êtes-vous à la fin ? »

« Je m'appelle Samir al Nasir. Et je suis ici pour vous proposer de rejoindre l'Aigle d'Argent. »


Présent

Le soleil terminait de se coucher au-dessus de l'Ordanie, et le crépuscule baignait le paysage d'une lueur sublime. Assise sur le plateau que Sun-Hi et elle avaient gravi dans l'après-midi, Khaanam contemplait le paysage en contrebas, emmitouflée dans ses fourrures. Elles n'étaient pas montées très haut du tout, à peine à flanc de montagne, mais cela suffisait pour leur offrir un spectacle qu'elle ne seraient pas prêtes d'oublier. De toute façon, elles n'étaient pas équipées pour monter plus haut, pas plus qu'elle n'avait l'expérience de la grimpette en montagnes nordiques. Même si Khaanam n'aurait pas été étonnée de voir son amie galoper jusqu'au sommet comme un cabri malgré ses plaintes : l'Inoë était une équilibriste née, elle n'avait jamais rencontré quelqu'un d'aussi agile. Pas même Samir, qui leur avait pourtant enseigné la plupart des connaissances qu'elles possédaient toutes deux dans le domaine. L'homme s'était révélé être un mentor difficile mais juste, capable de révéler le meilleur parmi ses recrues. Rien d'étonnant à ce que l'Aigle l'emploie souvent comme découvreur de talent : il n'avait pas son pareil pour juger de la qualité des gens. Il était exigeant, et doté d'un sens de l'humour très particulier qui se déclenchait surtout aux dépens de celles et ceux qu'il prenait sous son aile, mais il était aussi capable de révéler leur meilleur. Khaanam n'aurait pas souhaité meilleur instructeur, malgré tout ce qu'il lui avait fait traverser.

« Je reconnais que c'est une sacrée vue, mais tu comptes attendre encore longtemps ? Je crois que je ne sens plus mes extrémités. Et je tiens beaucoup à mes extrémités. Elles sont plutôt utiles. »

Sun-Hi était collée contre son ami, qu'elle maintenait enlacée sous les fourrures pour mieux se tenir chaud. Son nez était si rosi par le froid qu'il aurait pu éclairer leur chemin dans la nuit, et elle se basculait régulièrement d'avant en arrière pour éviter de se frigorifier plus encore. Avec un soupir qui souffla un petit nuage dans l'air, Khaanam se résigna :

« Non, je crois que ça ne servira à rien de rester maintenant que la nuit tombe. On n'y verrait rien, et je doute qu'ils soient nocturnes de toute façon. »

« En plus, si ça se trouve ces montagnards ont raconté n'importe quoi. Ils étaient un peu avinés si tu veux mon avis. D'accord, j'imagine que c'est une déformation professionnelle nécessaire pour tenir le coup quand on travaille sur les sommets - ce qui est une bien mauvaise orientation si tu veux mon avis - mais tout de même, ce n'est pas très sérieux. Ou alors ils ont juste vu un aigle en plissant les yeux contre le soleil et ont un peu grossi le trait pour se rendre intéressants. »

« Peut-être... » grommela son amie, visiblement peu convaincue et considérablement déçue. « Même si je ne vois pas pourquoi ce serait impossible : avec tous les trucs étranges qui se passent depuis quelque temps... Ce ne seraient pas les premières bestioles magiques qu'on aurait aperçues. »

« Ouais, ouais, je sais bien. Tu parles vaguement aux bestioles, et Samir fait flamber son turban quand il ne fait attention. Je dois dire qu'à côté de vous deux, je me sentirais presque jalouse si je n'étais pas naturellement fabuleuse. » Puis, après quelques secondes de silence : « Tu voulais vraiment en voir un, hein ? »

« Oui. »

« Je peux te demander pourquoi c'est si important pour toi ? »

« Je ne sais pas trop... » Khaanam contempla la vallée en contrebas, pensive. La lune s'était levée, et  les marques bleues qui recouvraient sa peau se mirent doucement à apparaître là où elles étaient visibles avec tous ces vêtements, à savoir sur son visage.

« C'est magnifique. Je ne m'en lasse pas, tu sais. »

« C'est gentil. J'aimerais bien savoir ce que ça signifie vraiment, tout ça. »
« Ta mère ne t'a vraiment rien dit ? »

« Non. Elle a toujours refusé de m'en dire plus. J'ai dû attendre la première apparition de ces symboles pour comprendre que mon père biologique était un Eressåe. »

« Et maintenant, tu ne peux pas lui en demander plus en lui fourrant la preuve sous le nez... »

« Ouais, en rapport avec ces vœux d'avoir renoncé à toute ancienne attache, tout ça. Disparaître pour dédier sa vie à une cause supérieure. »

« Tout bien considéré, je crois qu'on se débrouille plutôt pas mal. L'Aigles fait du bien. Vraiment du bien, et on vit une époque troublée : mieux vaut rester sur le coup. Et puis on peut faire tourner Samir en bourrique et ça, je crois que je m'en lasserai jamais. Mais revenons à nos griffons ! Tu allais me dire pourquoi ça te tenait autant à cœur ? »

« Ton ton faussement inquisiteur ne marchera pas avec moi. Je t'ai dit que je ne sais pas vraiment... Je crois... Bon, c'est idiot hein, mais je rêve souvent que je vole. Peut-être que ça veut juste dire que je rêve de plus de liberté, où que j'ai besoin de prendre du recul, mais j'ai aussi l'impression qu'il s'agit d'un véritable défi qui m'attend. »

« Chevaucher un griffon ? »

« Oh, franchement j'en doute. J'avais juste envie d'en voir un déjà. S'ils sont vraiment revenus, il y a peut-être d'autres bestioles dans le genre... Ce serait un vrai défi ! Tu imagines ? Être la première cavalière du ciel ? »

« Et moi, je serai première dame dans mon futur empire, et les poules auront des dents. Voilà qui serait un vrai défi pour toi non ? Dresser une poule à dents. Enfin, la trouver d'abord. »

« Une poule à dents ? Ma pauvre, tu es ridicule ! »

Les deux femmes se regardèrent, puis éclatèrent de rire.

« Franchement, je ne sais pas ce que je ferais sans toi, Sun. »

« Des bêtises. Enfin, des bêtises plus grosses que d'habitude. Et puis qui c'est qui me tiendrait chaud, hein, si tu n'étais pas là ? »

« Idiote. »

« Rêveuse. Mais je te connais, il te faut toujours un défi à résoudre, une nouvelle bête à mater, une nouvelle folie à accomplir... »

« Sinon, à quoi bon ? C'est pour ça qu'à quinze ans... »

« Pitié, pas l'histoire de la hyène encore. C'est trop gros, même moi je ne peux pas te croire là-dessus ! »

« Pourtant je t'assure, j'ai dressé une hyène ! Le truc, c'est de les prendre petites, ça aide toujours ! Je l'ai laissée au village quand je suis partie, parce que... »

« C'est ça, arrête de parler de tes anciennes protégées, tu va rendre Kyla jaloux. »
Khaanam gratta affectueusement la tête du faucon qui était à nouveau venu se percher sur son épaule.

« J'en doute. »

« Non mais je dis parce que si tu la vexes, elle va encore régurgiter une souris dans ma chaussure. »

« C'est arrivé une fois ! Tu vas me le rappeler longtemps ? »

« Jusqu'à ma mort. » Sun-Hi posa sa tête contre l'épaule de Khaanam, et les deux femmes contemplèrent le paysage en silence quelques instants de plus. Puis l'Inoë se leva : « Allez, rentrons. J'aimerais descendre de ce plateau tant qu'on y voit encore assez, et Samir doit nous attendre. »

« Mhm... »

« Je t'ai parlé du bain chaud ? »

« J'arrive ! »

Khaanam se redressa à son tour, et laissa sa comparse descendre la première. Elle regarda une dernière fois le paysage nocturne, inspirant à pleins poumons l'air glacé. Un jour... Secouant la tête, elle prit la suite de son amie.

Souvent,  je rêve que je tombe, mais pas avant d'avoir aperçu le monde en contrebas. Je rêve d'un signe, de quelque chose qui me mettra sur la voie. Je rêve d'ailes et de créatures merveilleuses, et d'une réponse à ce pouvoir qui s'est éveillé en moi. Je rêve de mes origines, et de ce que j'ai laissé derrière moi. Je rêve que je m'élève dans les cieux, sans savoir si c'est pour mieux trouver les réponses à mes questions ou pour mieux y échapper. Je rêve de mon père, qui m'a construit ma première lance, et je rêve de mon père, qui m'a marquée sous la lune. Je rêve de Samir et de Sun-Hi, d'Aqwi et Kyla, et de ceux que j'ai tués. Je rêve des griffons.

Souvent, je rêve que je vole.


Divers


Que dire, si ce n'est que le coin a l'air carrément chouette, et pile ce qu'il me fallait pour combler mon manque de fantasy? Ahlala, je suis faible, moi qui m'étais juré de ne m'inscrire nulle part... x) Ah, si, encore un truc: il paraîtrait que... > MDP validé par le vieux croûton  \o/


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◈ Missives : 2134

◈ Âge du Personnage : 82 ans
◈ Alignement : Loyal Bon
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Sharda du Nord
◈ Origine : Al'Akhab - Siltamyr
◈ Magie : Aucune
◈ Fiche personnage : Calim

Conteur
Calim Al'Azran

◈ Mar 28 Oct 2014 - 13:32

Bienvenue à toi !
C'est une validation express ! ;D

Rien à dire sur ta fiche. Bon il est vrai que le dessin est pas trop dans les critères généraux digital art et fait un peu différent du reste des avatars, mais je te l'accepte pour le moment. Essaie tout de même d'en chercher un autre à l'occase (même si je sais que tu tiens à celui-ci, on est tous du genre à le trouver un peu plat et cartoon dans le staff), quitte à ce qu'on doive donner du photoshop à fond pour que cela ressemble à ce que tu souhaites si t'en trouves un autre qui puisse faire l'affaire.

En tout cas ton histoire et ta composition de fiche sont superbes !