Azzura

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Aedran Dyr - Roi d'Eressa

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◈ Mer 20 Mai 2015 - 11:23

◈ Prénom :  Aedran
◈ Nom : Dyr
◈ Sexe : Homme
◈ Âge : 126
◈ Date de naissance : Troisième Sheal de Margrh en 1001 de l’Ère de la Paix
◈ Race : Eressäe
◈ Ethnie : Eressäe du Crépuscule
◈ Origine : Eressa, Cité engloutie
◈ Alignement : Loyal Neutre
◈ Métier : Roi d'Eressa


Magie



Magie Céleste :

Avec le retour de la magie, quelque chose a changé en moi. Un vent invisible a balayé le monde et sa fureur imperceptible a transpercé mon être, éparpillant mon essence avant de la reformer et lui donner une nouvelle forme. Ou peut-être n'a t-il fait que lui rendre son intégrité originale, celle qui aurait dû être la sienne des millénaires plus tôt, à l’époque où la magie existait librement. Un pouvoir s’est éveillé en moi, un autre don, encore plus formidable que celui que m’a offert Cearus dans son infinie sagesse.

Pour le commun des mortels, le temps est une constante immuable et hors de portée. Il fait partie de notre vie au même titre que l'air que nous respirons et il est impossible d'avoir une quelconque influence sur lui. Le passé est figé et ne peut être modifié, le présent représente la connaissance immédiate, mais le futur, le futur lui, est incertain, traitre et surnois parfois. « Que nous réserve le futur », « demain est un autre jour », « l’avenir nous le dira ». Autant d’expressions utilisées par les mortels qui trahissent à quel point le futur leur est étranger. Toujours changeant, il conditionne notre vie sans que nous puissions le contrôler. Il en était de même pour moi, jusqu’au jour où Azzura sortit de son sommeil millénaire.

Depuis cet instant, l'avenir ne m’est plus étranger, c'est une capacité que je peux contrôle à ma guise. Lorsque mon pouvoir est actif, j’aperçois aussi clairement que s’ils étaient réels les fils du destin. Chaque action entraîne une réaction. Ces réactions, je les vois et je les comprends. On ne peut me duper, on ne peut me tromper ni me surprendre. Quand la magie coule dans mes veines, plus rien ne m’est inconnu. Je vois les mouvements de mes ennemis avant que ces derniers n’aient même envisagé de bouger. Le destin dans son infinie multitude s'offre à moi et mon esprit, gorgé de magie, est capable d'en apréhender toutes les possibilités. J'ai vu de terribles avenirs mais heureusement, ceux-ci ont peu de chance de se produire un jour.

Ce pouvoir a sa ses limites cependant. J’ai besoin de la magie de l’astre lunaire pour qu’il s’éveille. C’est pendant les nuits de pleine lune que mon don est le plus puissant, entrevoyant des milliers d’avenirs en quelques instants. Dans ces moment-là, plus rien ne m’est inconnu et je peux défier le Destin lui-même, le soumettre à ma volonté. C’est là une magie terriblement puissante que je dois manier avec précaution, sous peine d’y perdre mon âme et mon esprit.


Don de Cearus

Des années plus tôt, le jour où j’appris la mort de ma mère et l’identité de ses responsables, Cearus me fit un don. Il me donna le pouvoir de me venger de ceux qui avaient perpétré cette horreur. C’est un don qu’il n’a accordé qu’à peu de personnes à travers l’histoire d’Eressa.

Lorsque ma peau est en contact avec de l’eau, elle secrète une substance incolore et inodore bien particulière. En touchant alors une personne, je la place sous ma domination totale. Sa volonté est annihilée et il ne lui reste plus que l’intense désir d’obéir à mes ordres et de me satisfaire. C’est ainsi que j’ai récolté les informations nécessaires pour détruire mes ennemis. Même quelqu’un d’immunisé contre la torture ne peut résister à mon emprise mentale. Cearus m’a doté d’un pouvoir de domination absolu. J’ai néanmoins constaté une contrepartie à l’utilisation de ce pouvoir. La substance agit également sur mon corps et provoque chez moi un désir animal de possession charnel. Je dois alors faire preuve d’une grande volonté pour y résister.  



Compétences, forces & faiblesses


Connaissances

Folklore local [Maître]
Archéologie [Expert]
Géographie [Maître]
Histoire [Maître]
Noblesse et royauté [Maître]
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Art des combattants

Stratégies de combat [Maître]
Stratégies militaires [Expert]
Combat à mains nues [Intermédiaire]
Combat à l'épée [Maître]
Combat avec armes à distance [Novice]
Ambidextrie [Expert]
Parade [Maître]
Esquive [Intermédiaire]
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Arts d'espionnage

Psychologie [Maître]
Pressentiment [Maître]
Décryptage [Expert]
Détection [Intermédiaire]
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Arts des navigateurs

Commandement [Expert]
Natation [Maître]
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Art des politiciens

Diplomatie [Maître]
Intimidation [Expert]
Anticipation [Maître]
Perception auditive [Expert]
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Arts des sages

Concentration [Maître] - Réduit à [Intermédiaire] pendant l'utilisation du Don de Céarus
Alchimie [Expert]
Faune et flore [Expert]
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Arts de représentation

Danse [Maître]
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Langues parlées :

Langues mortes : Nain, Naga et Sirènes.
Le Nymeriin, le Demeri, l'Eldimer, l'Eressåe et le Kaerd.




Physique



Il y a quelques années, j’ai commencé la rédaction de ce qui serait une autobiographie aussi fidèle que possible de ce qu’a été ma vie jusqu’à présent. J’ai néanmoins fini par abandonner l’idée. Exercice futile qui demandait plus de vanité que je n'en avais. Si l’histoire d’une personne doit être retenue et servir d’exemple, il faut que ce soit par ses pairs et non pas pour satisfaire un égo mal placé. L’exercice s’est néanmoins révélé intéressant lorsque j’ai tenté de me décrire physiquement. J’ai tout d’abord commencé en utilisant des phrases riches et complexes, multipliant les comparaisons et les métaphores filées pour finir par me rendre compte que le meilleur résidait dans la simplicité. Voici donc ce que vous dirait une personne pour me décrire :

Je suis quelqu’un de grand, même pour ceux de ma race, puissant mais svelte à la fois. Avoisinant les cinq pieds et onze pouces de haut, je domine d’une bonne tête la plupart de mes compatriotes. Une chevelure sombre et longue encadre un visage aux traits fins mais qui dégagent une force certaine. Certains diront que le contraste entre ma peau particulièrement claire et mes cheveux d’un noir profond me donne un magnétisme particulier et certain. On me dit doué d’un grand pouvoir de séduction mais je suis loin de ce genre de considération. Depuis le retour de la magie, les nuits de pleine lune, des motifs s’illuminent sur ma peau et forment un dessin complexe à la signification ignorée de tous si ce n’est de ma personne. C’est une connaissance innée, que je serai incapable de formuler avec des mots, mais je sais au plus profond de moi ce que signifient ces entrelacs de lignes sinueuses sur ma peau d’albâtre. Mes yeux sont pareils à deux puits de lumières bleutés. Lorsque la magie emplie mon corps, ils luisent de cette lumière si particulière qu’est celle de nos artefacts.



Caractère



Dans sa jeunesse, Aedran était quelqu'un d’orgueilleux mais pas vaniteux. Il avait conscience d'être meilleur que la plupart de ses camarades sans pour autant se sentir supérieur ou médisant avec eux. Au contraire, d'une nature enjouée et facile, il aurait constitué un joyeux compagnon si certains avaient décidés de passer outre son aura mystérieuse et ses résultats qui le plaçaient à l'écart des autres. Curieux de tout et exceptionnellement doué à l'épée, sa jeunesse, plongée entre les études et les entraînements martiaux fut particulièrement heureuse.

Par la suite, lorsqu'il finit ses études et devint le bras droit de son père, il acquit une plus grande maturité. Sa nature joyeuse était toujours présente mais elle était désormais tempérée par une maturité conféré par l'âge mais surtout par ses fonctions. Il devint quelqu'un de particulièrement avisé et aux conseils éclairés. Sollicité par le Roi aussi bien que par ses pairs, pour la qualité de son aide.

Cette situation changea à la mort de sa mère, décédée dans un accident provoqué par un groupuscule opérant au sein d'Eressa depuis de longues années. Il se lança, au côtés de son père et de Ragwynn, son homme de confiance, dans une traque sans pitié pour éliminer ses ennemis. Cette quête vengeresse le changea. Il devint plus dur et impitoyable, ne reculant devant rien pour faire ce qu'il jugeait juste. Il n'est pas pour autant devenu une âme aigrie. Il est toujours capable de compassion ou d'amour envers ceux qui le méritent mais il n'hésitera pas un instant à châtier.

Depuis qu'il est devenu roi cette attitude s'est accentuée. C'est un roi dur et stricte, mais impartial et juste. Il se fie aux règles et aux devoirs qu'il s'est imposé pour dispenser sa justice et gouverner son royaume. D'une nature distante, il n'est pas prompte à se mettre en colère, en particulier depuis que son pouvoir divinatoire s'est réveillé, mais lorsqu'il lâche la bonde à sa fureur, ses colères sont terribles. Il ne se laisse pas approcher sur un plan personnel. Sylanna qui fut le grand amour de sa vie pendant près de 50 ans ne représente plus rien pour lui et il n'est tout simplement plus attiré par ces notions que sont l'amour ou l'amitié. Seul compte pour lui dorénavant son royaume.  


Inventaire


Aranrùth : une épée qui est dans la famille des Dyr depuis des siècles. Symbole de cette dynastie, elle est transmise de père en fils et constitue pour le père le moyen d'officialiser la position d'héritier de son fils auprès de tous.


Histoire




Qu’ils étaient doux ces jours de mon enfance
Où toujours gai, sans soucis, sans chagrin,
Je coulai ma douce existence,
Sans songer au lendemain.



Il y a une chose qui ne m’a jusqu’à présent jamais fait défaut tout au long de ma courte existence sur Rëa : ma mémoire. Il me suffit d’entendre quelque chose, de lire un texte ou encore de voir le visage de quelqu’un une seule fois pour que ces éléments restent gravés à jamais dans mon esprit. Cela a ses avantages : mon esprit n’a cessé de se développer, engrangeant toujours plus de connaissances, ayant soif d’en apprendre plus. Pour beaucoup, c’est une qualité admirable, mais ils oublient l’autre aspect, terrible, de ce don : je ne peux oublier. L’esprit est remarquablement bien fait, c’est même le chef d’œuvre de Cearus, des Dieux, de la Nature, ou de ce que votre croyance vous pousse à vénérer. Confronté à un grand choc, comme la perte d’un proche par exemple, ou le traumatisme d’une expérience particulièrement pénible, il utilise une technique bien particulière, qui est l’oubli. Au fil des jours, des semaines, puis des lunes et des années, la souffrance s’estompe et les souvenirs douloureux sont recouverts d’un voile, comme anesthésiés. Ils suscitent toujours de la peine, mais c’est une peine diffuse. Mon esprit lui, est aussi acéré qu’une lame forgée par un maître, et si je n’y prends garde, il m’est aisé de me blesser avec. Si pour vous, le voile de l’oubli vient atténuer vos souffrances passées, il m’est interdit. Mon esprit se remémore de tout ce que j’ai vécu avec une précision infaillible, de mes souvenirs les plus heureux comme de mes plus grandes peines. Mes douleurs les plus grandes, mais également, et heureusement, mes plus grandes joies, sont aussi vives qu’à l’origine, même des années plus tard. Je suis bien jeune encore et les souvenirs douloureux sont rares dans mon esprit, mais c’est quelque chose que j’ai fini par comprendre : ils ne disparaîtront jamais.

Ce premier chapitre pourtant, bien que concernant ma vie, n’est pas tiré de mes souvenirs. Aussi surprenant que cela puisse paraître, je l’aurais même oublié si on ne me l’avait pas raconté, mais sans doute est-ce dû au fait qu’il s’agisse de ma naissance.


*******************


Ce jour-là, un calme surnaturel régnait sur la demeure familiale. Construite des siècles plus tôt par l’un de mes ancêtres, elle avait vu de nombreuses générations de Dyr y naître, grandir, puis finalement mourir. Dans la famille, on disait souvent que tant que vivrait un Dyr, il trouverait un endroit qu’il puisse appeler « maison ». Ce jour-là donc, un lourd silence pesait sur la bâtisse. La plupart des serviteurs qui n’étaient pas occupés à une quelconque tache, s’étaient rassemblés dans la cuisine, lieu de réunion privilégié du personnel en temps de crise ou lorsqu’un évènement exceptionnel frappait la maison. Ils chuchotaient et si l’on pouvait lire de l’inquiétude sur les visages de certains d'entre eux, la majorité était excitée et fébrile, comme si quelque chose qu’ils attendaient avec impatience allait se produire. Lini qui régnait en maîtresse absolue sur sa cuisine et qui avait la particularité d’être une véritable matrone là où le physique des Eressäe tendait plutôt à être svelte, était la plus excitée de tous. Elle vérifiait elle-même que le repas qu’elle avait concocté avec soin était à la juste température. Elle n'aurait laisser personne s'occuper de ce repas en particulier. Bientôt, on la ferait appeler et elle apporterait alors ce plateau à celle qui était à l’origine de toute cette excitation.

Au même moment, mais deux étages plus hauts, un cri de douleur entrecoupé de halètements rapides perturba le silence des lieux. Dans la chambre à coucher se trouvaient mon très respecté père, Aedril, la vieille Sily, notre sage-femme, et enfin la personne qui poussait tous ces cris, la belle et douce Lyna'an, qui allait permettre au héros de cette histoire de faire son apparition, et accessoirement, ma mère.  

- Courage, mon amour, murmura mon père à la femme qu’il chérissait depuis tant d’années.
- Tu peux te le mettre où je le pense, ton courage ! grogna ma mère entre deux cris de douleur.

Ce n’était pas là son langage habituel et dans d’autres circonstances, elle aurait été la première horrifiée à l’idée de prononcer de telles paroles. Ma mère était une personne gracieuse et distinguée, mais si ma courte expérience m’a appris quelque chose, c’est que lors d’un accouchement, même la femme la plus douce et la plus raffinée peut se mettre à jurer comme un charretier. Mon père ne s’offusqua pas, même lorsque la vieille Sily le poussa sans ménagement pour qu’il lui fasse de la place, marmonnant  d’un air franchement agacé à propos de ces hommes qui ne pouvaient s’empêcher de fourrer leurs pattes dans les affaires des femmes. De longues et douloureuses minutes s’écoulèrent encore avant que ma mère ne pousse enfin un dernier râle et s’effondre épuisée dans son lit, le souffle court. Mon père se précipita à ses côtés tandis que Lini nettoyait rapidement votre serviteur et m’enveloppait dans une couverture douce et soyeuse. Elle me tendit ensuite à mes parents avec un petit sourire : malgré son air austère, Sily était la femme la plus aimante et généreuse qu’il m’ait été donné de connaître. Elle s’éclipsa discrètement, laissant les nouveaux parents à leur bonheur et fit chercher Lini. Ma mère avait besoin de retrouver ses forces. Cette dernière me prit délicatement dans ses bras et me serra contre son cœur. Si je devais choisir mon premier souvenir, j’aurais voulu que ce soit celui de son cœur battant contre ma joue et de la sensation de ma petite main serrant le doigt de mon père.

- Bienvenue parmi nous, Aedran, dit-elle doucement en déposant un léger baiser sur mon front. Ton père et moi sommes si heureux de t’accueillir. Nous t’attendions avec impatience.
- On peut dire que tu as pris ton temps, petit ! dit mon père d’une voix faussement bourrue, mais ses yeux brillaient des larmes de joie qu’il tentait en vain de retenir.  

La porte s’ouvrit quelques secondes plus tard, laissant le passage à Lini qui apportait le plateau. Mon père put voir qu’une multitude de serviteurs se pressaient dans l’entrebâillement de la porte pour tenter de me voir. Cela le fit sourire et il sortit tandis que Lini s’occupait de disposer le contenu du plateau sur une petite table. Les serviteurs s’inclinèrent devant mon père qui leur fit signe de se redresser. Il ne vit que dévotion et respect chez ces gens qui avaient décidés, certains depuis plusieurs générations, de servir sa famille. Son bonheur n’aurait pu être plus complet.

- Votre sollicitude nous va droit à cœur, ma femme et moi, leur dit-il avec un franc sourire. Réjouissez-vous car l’accouchement s’est bien passé et aujourd’hui vous allez devoir veiller sur un nouveau membre de ma famille. Je vous prie de vous occuper d’Aedran aussi bien que vous vous occupez de nous. Il s’inclina légèrement devant les regards médusés de ses serviteurs qui n’auraient jamais imaginé leur maître réagir de la sorte. Le silence se fit, finalement rompu par l’un des domestiques.
- Vive Maître Aedran et vive la famille Dyr !

Cette exclamation fut immédiatement reprise par l’ensemble des personnes présentes dans le couloir et peu de temps après, dans l’ensemble de la maison.
Le temps était à la paix et à la joie.

Le soir, une réception en petit comité fut organisée pour fêter l’heureux évènement. Seuls les amis proches et la famille furent invités. Moins d’une trentaine de personnes étaient donc présentes ce soir-là. Les premiers invités arrivèrent alors que le soleil se couchait lentement. Dans la Cité Engloutie, même les jours sans nuages, les rayons de l’astre diurne traversaient difficilement l’étendue d’eau qui coupait la ville du reste du monde. Cependant, les habitants d’Eressa avaient toujours considéré que le soleil constituait toujours un repère chronologique, même s’il était absent de leur « ciel ». Mes parents accueillaient personnellement chaque invité, à la porte de la demeure tandis que Sily, qui faisait également office de nourrice, s’occupait de moi en attendant que tous les invités soient arrivés. A l’extérieur, l’obscurité se fit plus épaisse, entrainant une réaction des artéfacts qui dispensaient leur lumière bleutée : elle se fit plus intense à mesure que l'obscurité s'épaississait. Un carrosse escorté par une dizaine de soldats montés finit par apparaître et s’engagea sur l’allée de gravillons qui menait à l’imposant escalier de la maison. L’invité le plus prestigieux de la soirée était arrivé. Tous les soldats mirent pied à terre alors que le carrosse s’arrêtait aux pieds marcges massives. L’un des gardes s’approcha et ouvrit la porte du véhicule, livrant passage à un vieil ami de la famille : Lorel Syal'Telar souverain d’Eressa depuis de nombreuses années et cousin proche de mon père. Ma famille, les Dyr, appartenait à une branche de la dynastie Syal’Telar. Mon père, et par extension moi-même, étions de sang royal mais placés assez loin dans la chaine des successions pour que l’idée de voir un jour un Dyr sur le trône semble improbable. Le Roi monta rapidement les marches, laissant ses gardes derrière lui. Ce n’était pas la première fois qu'il venait rendre visite à mon père qui en plus d’être son meilleur ami était l’un de ses conseiller les plus proches. Une fois arrivé à leur niveau, Lorel s’inclina et déposa un baiser sur la main tendu de ma mère. Lorsqu’il se redressa, un franc sourire illumina les traits de son visage et il posa une main fraternelle sur l’épaule de mon père, la serrant un instant.

- Lyna'an, Aedril, je suis si content de vous revoir. Toutes mes félicitations pour cette merveilleuse naissance, il était temps que la famille Dyr donne un héritier pour venir te seconder à mes côtés, Aedril ! dit le roi. Allons, il me tarde de voir votre enfant ! S’il est à moitié aussi gracieux que sa mère et avisé que son père, je crains fort qu’il ne finisse par me remplacer sur le trône, plaisanta Lorel avant de rire, rapidement suivi par le couple.
- Tu devrais prendre garde à tes paroles, Lorel, le Destin pourrait décider de te prendre au mot, répondit Aedril, hilare.    
- Et pouvoir profiter ainsi d’un repos bien mérité ? Aedril, mon vieil ami, ce serait formidable, tu ne crois pas ?

Le trio finit par rentrer, leur corps traversé par un fou rire incontrôlable. Lorsque tous les invités furent enfin installés, ma mère alla elle-même me chercher dans mon berceau et redescendit dans le petit salon, qui convenait mieux aux réceptions intimes que la grande salle d’apparat. On me présenta ainsi aux élites d’Eressa, à commencer par le Roi. Tous furent charmés et on félicita à de nombreuses reprises mes parents pour cette naissance longtemps désirée. On parla de relève et de grands espoirs furent placer en moi. La soirée poursuivit ainsi son cours, loin du formalise des évènements mondains. Dans l’intimité de leur demeure, mes parents purent partager la joie que leur procurait ma naissance avec leurs amis et alliés politiques les plus proches.

Bien entendu, c’est un souvenir qui ne m’appartient pas. C’est en recoupant ceux de toutes les personnes présentes ce jour-là : mes parents, la vieille Sily et l’imposante Lini ainsi que le Roi lui-même et les invités que j’ai pu constituer cette vue d’ensemble. Aujourd’hui cependant, j’ai l’impression que ce souvenir est devenu mien et j’imagine aisément les différentes scènes.


********************


Les années qui suivirent cette journée sont assez classiques. J’ai d'abord découvert les joies de l’enseignement. Au début, en tant que cousin de la famille royale, on m’assigna des tuteurs particuliers pour chaque matière. Je montrai rapidement d’incroyables dons d’apprentissage, ma prodigieuse mémoire jouant un rôle non négligeable dans cet état de fait. J’engrangeais les connaissances aussi vite qu’on pouvait me les transmettre, cependant, j’aspirais à quelque chose de plus que de nouvelles connaissances : la compagnie des miens. Ma mère, de qui j’étais particulièrement proche le vit et réussit à convaincre mon père : ils m’autorisaient à étudier à Firyel'as à deux conditions : que je continue d’étudier avec le même zèle et surtout et que mon identité reste secrète. Malgré son excellente réputation, Firyel'as restait un établissement public. De nombreux roturiers venaient étudier entre ces murs et mes parents ne souhaitaient pas que mon nom de famille et mon sang royal ne deviennent un fardeau qui m’exclurait de mes autres camarades, moins bien nées. Lors de mes dix ans, je pu ainsi m’inscrire en première année. Cela allait marquer un tournant dans ma vie. On remarqua bien vites mes dispositions pour l’étude, mais je réalisai également que j’étais doué pour les activités physiques. Je me découvris une vraie passion pour le maniement, les années passant et je passai de longues heures à m’entraîner après les cours, jusqu’à tard dans la nuit.

Me voici à présent, huit années après mon entrée dans cette école. J’ai bien grandi depuis mon premier jour. De jeune première année inconnu de tous, je me suis hissé jusqu’à faire partie des meilleurs élèves ; j’ai d’ailleurs été surpris de constater que certains roturiers, deux en réalités, sont tout bonnement aussi intelligents que moi. Cela me permet de relativiser sur l’importance que notre race accorde à la pureté du sang royal. J’ai par ailleurs exercé ma maitrise de l’épée jusqu’à être l’un de tous meilleurs dans cette discipline également. Combinez ces deux éléments au fait que personne dans l’école ne connaisse ma véritable identité et vous obtenez un mystère irrésistible pour les autres élèves de Firyel’as. Le corps professoral ainsi que la direction de l’école sont au courant de mon appartenance à la famille royale mais une pression conséquente de ladite royauté les a obligés malgré eux à garder le silence et à me considérer comme n’importe quel élève. Certains professeurs au cours des années se sont sentis offensés par cette contrainte et l’ont répercuté sur ma personne en me donnant des punitions plus lourdes que nécessaire. Un esprit moins compréhensif que le mien leur en tiendrait rigueur, mais je sais que certaines personnes n’acceptent que difficilement le fait qu’elles soient inférieures à d’autres.

Je représente donc un mystère pour les autres élèves et ils sont nombreux à avoir essayé de le résoudre. Je me rappelle avec un amusement certain des tentatives de mes camarades de me suivre – heureusement elles ont cessées après que je les ai déjoué cinq fois de suite en l’espace de deux semaines – mais également des tentatives de corruption à mon encontre pour que je leur livre mes secrets. Des tentatives de corruption de toutes sortes : fiduciaires, en services rendue et même pour l’une d’entre elle de manière plus personnelle, proposée par une élève de ma classe dont la bienséance m’empêchera de dévoiler le nom. Mais s’ils sont nombreux à tenter de savoir qui je suis vraiment, je n’ai que peu de véritables amis. C’est quelque chose à laquelle je me suis habitué cependant. Il faut croire que mes prouesses me mettent à l’écart du commun. Malgré tout, je suis heureux d’étudier ici en compagnie d’autres Eressäe de mon âge.

- Jeune Aedran, encore perdu dans vos pensées à ce que je vois, fait une voix nasillarde que je déteste, me tirant de mes pensées dans lesquelles je suis plongé depuis de longues minutes. Cette voix appartient à l’un de ces professeurs dont je parlais plus tôt. Peut-être voudriez-vous en faire part avec les humbles personnes que nous sommes ? continue-t-il en me jetant un regard que je pourrais qualifier de méchant, au mieux.
- Veuillez me pardonner professeur, je réfléchissais à notre conversation d’hier. Je me rends compte à présent que vous aviez raison et moi tort.    
- Et bien… commence-t-il, surpris par ma réponse, je vous passe cette absence pour cette fois, mais soyez attentif à présent !

Il est parfois plus simple de flatter l’égo de quelqu’un que de rentrer en conflit direct. Une heure plus tard, le dernier cours de ma journée se termine et je quitte Firyel’as. Cette fois cependant, je ne me dirige pas vers le petit gymnase, habituellement désert à cette heure-ci, mais vers la sortie. Par reflexe, je vérifie que personne ne me suis avant d’entreprendre la longue marche qui me ramènera jusqu’à chez moi. En chemin, je passe devant des marchands qui commencent à fermer leurs échoppes tandis que des auberges me parviennent les bruits des instruments qu’on accorde. Sous peu, les habitants d’Eressa viendront profiter d’un peu de repos. Ils joueront aux dés et aux cartes, commanderont quelques boissons avant de rentrer finalement chez eux. Je me suis déjà joins à eux, à l’occasion, partageant l’espace d’une soirée leur quotidien. Dans ce moment-là, mon identité n’a aucune importance et je ne suis plus qu’une oreille attentive à leurs histoires. Je sais que je serai amené à occuper une position de pouvoir auprès du Roi et de mon père : mon sang ainsi que mes capacités l’exigent presque, mais j’ai l’intime conviction qu’il me faut comprendre ces gens. Certaines de mes décisions affecteront irrémédiablement leurs vies et je me sens dans l’obligation d’en connaître ne serait-ce que des fragments. C’est sans doute une vision naïve de ma part, mais qu’importe, c’est ainsi.

J’arrive enfin en vue de la maison : cet imposant manoir qui se dresse depuis de longs siècles. La nuit est tombée depuis longtemps et c’est sous la lueur bleutée des artefacts que je m’avance sur le large chemin menant à l’entrée principale. Une fois en haut des marches, un mécanisme caché, lui aussi un artefact conçu des années plus tôt, s’active et je vois la porte s’ouvrir d’elle-même, comme poussée par des mains invisibles. Un domestique est là pour m’accueillir. Il me débarrasse de mon manteau.

- Maître Aedran, votre mère vous attend dans le petit salon bleu, me dit-il en s’inclinant.  
- Merci, Alric, je m’en vais la rejoindre de ce pas.

Aldric me salue puis s’occupe de débarrasser mon manteau d’éventuelles tâches. Je le laisse et m’engage dans l’imposant couloir de gauche. Le sol est recouvert d’un épais tapis qui étouffe le bruit de tallons sur les dalles de pierre. A intervalle régulier, un artefact dispense sa lumière diffuse. De petits meubles où sont posés vases, statuettes ou figurines en tout genre constituent la décoration des lieux, complétée par des tableaux de paysages ou d’ancêtres ayant appartenus à ma famille. J’emprunte un autre couloir qui débouche sur un escalier moins imposant que celui du hall d’entrée et qui me mène jusqu’aux étages supérieurs. Après quelques secondes encore à déambuler dans les couloirs du premier étage, je fini par arriver devant la porte menant au petit salon bleu. C’est un nom que nous avons tous fini par adopter, à l’initiative de ma mère, lassée de l’appeler « la pièce dont le tapis est d’un bleu profond et située au premier étage ». Je frappe et attend qu’on m’invite à entrer. Cela ne se fait tarder et je pénètre dans la pièce. Ma mère est là, assise sur un petit tabouret rembourré, un livre entre ses mains.

- Je savais bien que tu ne serais pas à l’heure, Aedran, me dit-elle avec un petit sourire en coin, aussi j’ai prévu un peu de lecture pour t’attendre.
- Veuillez me pardonnez, Mère, mais vous savez comme j’aime rentrer à pied. C’est quand on est jeune qu’il faut le plus profiter de ses jambes !

Ma plaisanterie l’a fait rire. J’ai toujours aimé le rire de ma mère, cristallin et communicatif. Petit, je faisais tout ce qui était en mon pouvoir pour le provoquer le plus souvent possible. Aujourd’hui, j’ai cessé ces enfantillages mais l’entendre provoque toujours chez moi un élan de joie.

- Tu ne grandiras donc jamais, Aedran. L’année prochaine sera ta dernière année à Firyel’as. Tu devras choisir ensuite dans quelle branche tu poursuivras tes études.
- Mère, je vous en prie ! Je réponds avec une pointe d’exaspération. Nous en avons parlé à de nombreuses reprises. Je poursuivrai mes classes en politique, afin d’aider mon père et le Roi.
- Je le sais bien, mon enfant, je te demande simplement d’y réfléchir encore. Tu as le temps et tu sais que je te soutiendrai qu’importe tes choix.
- Je le sais, Mère.
- Bien ! Profitons donc de ce repas. Comment s’est passée ta journée. Elle fait signe et des serviteurs, invisibles jusqu’à présent, se hâtent de charger la table de mets délicieux tandis que nous nous installons tous les deux.
- Et bien j’ai été surpris en pleine rêverie par…  


La soirée se passe dans une ambiance bienheureuse ce soir-là. Nous discutons de tout et de rien, de mes journées et des siennes, des racontars qui courent dans les hautes sphères du pouvoir. Le Haut Conseiller Syld’Ir aurait été aperçu sortant discrètement d’un lupanar réputé de la ville. Nous nous séparons finalement tard dans la nuit. C’est l’une de ces soirées qui me fait chérir ma prodigieuse mémoire.


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Une semaine est passée depuis ce tête à tête avec ma mère et je me retrouve devant cette intimidante et imposante porte, convoqué par mon père plus tôt, alors que je rentrais d’une journée passée à m’entraîner à l’arme blanche. Ma relation avec mon père est moins fusionnelle que celle que j’entretiens avec ma mère. J’éprouve un grand respect pour lui mais j’ai l’impression qu’il ne me prend pas encore au sérieux, mais dans quelques années, quand je pourrai le seconder efficacement, je pense que sa perception changera alors. Il n’est pas pour autant absent de ma vie ou froid à mon égard, simplement distant. Je tire sur une petite corde et un bruit de cloche raisonne aussitôt dans la pièce. Moins d’une seconde plus tard, la porte s’ouvre d’elle-même, actionnée par un mécanisme caché et j’entre. Le bureau est à l’image de l’homme qui l’occupe : imposant, richement décoré. Il se dégage de cette pièce une aura de puissance et de contrôle. Au fond se trouve une bibliothèque remplie d’ouvrages récoltés au fil des siècles par Aedril ; si certaines œuvres sont communes, d’autres sont tout simplement uniques et des érudits nous rendent parfois visite afin de contempler ces écrits. Le mur de gauche est entièrement recouvert par un immense tableau. Chef d’œuvre de l’un de nos plus grand peintre, Mythriam Larth’Däen, il représente la cité d’Eressa, nichée dans son écrin aquatique. La légende raconte que c’est Cearus qui lui aurait transmis cette vision pour qu’il en fasse sa pièce maitresse. Malgré ces richesses cependant, l’œil du visiteur est irrémédiablement attiré par la personne assise derrière son bureau.
Aedril Dyr possède un très grand charisme et sa présence est imposante. Il fait partie de ces personnes qu’on remarque dès leur arrivée quelque part. Mon père est habillé à son habitude : avec goût et distinction. Un détail cependant attire mon attention : sur son bureau repose un socle soutenant une longue épée dans son fourreau. La garde est simple et le cuir est usé par le temps et les usages. Je la reconnais immédiatement : il s’agit d’Aranrùth. Cette épée est dans ma famille depuis plus longtemps que bien des empires humains à l’Extérieur. Elle est aussi affutée que le jour où elle fut forgée des siècles plus tôt, à l’époque où la magie faisait partie du quotidien de chacun et où les plus grand forgerons frappaient et mêlaient à l’acier l’éther mystique, donnant naissance à ces armes mortelles. Incassable, dotée d’un équilibre parfait et légère, elle est le joyau de la famille Dyr. Je comprends immédiatement que quelque chose est à l’œuvre, que cette convocation n’est pas anodine.


- Vous m’avez fait demander, Père ? Mon ton est légèrement interrogatif.
- Assieds-toi, Aedran. Il me désigne un siège et je m’exécute. Lui-même se lève et fait le tour du bureau, s’arrêtant devant Aranrùth sur laquelle il pose une main. Tu es quelqu’un d’intelligent, Aedran, alors c’est toi qui va me dire ce que tu fais ici, me dit-il d’un air sérieux, mais je reconnais un éclat amusé dans ses yeux. Me mettre au défi, me pousser à réfléchir sans cesse via des énigmes et des exercices mentaux, c’est quelque chose que mon père aime bien m’affliger.
- Aranrùth n’est pas à son emplacement habituel. De plus, le fait que vous vous soyez levé et que vous vous teniez ainsi devant cette arme est assez éloquent : vous comptez me parler de l’épée.
- C’est la conclusion à laquelle tu arrives ? me répond-il après un tss agacé. S’il te plaît, ne me dis pas que c’est là tout ce que tu peux tirer de tes observations.  

- Et bien…
J’hésite un instant mais me je me reprends en le voyant lever un sourcil. L’année prochaine constitue ma dernière année d’étude avant d’entamer mes classes politiques. De plus, cette arme se transmet de génération en génération, de père en fils. Je sonde son regard, tendant de déceler quelque chose dans ses yeux, mais si mon père est bon à quelque chose, c’est bien à masquer ses pensées. Il ne m’offre aucune aide. Soit, je décide de me lancer. En prenant en compte ces éléments, j’en déduis que si vous m’avais fait venir ici, c’est pour me signifier que vous reconnaissez ma valeur en tant qu’héritier de la famille et que quand le moment venu, cette lame sera mienne.

Je m’arrête là et j'attends. Est-ce que je me suis trompé ? Impossible de lire une quelconque réponse sur ce visage impassible. Pendant une longue minute, il ne dit rien, se contentant de m’observer. Je lui rends son regard, déterminé à ne pas flancher. Finalement, un sourire se dessine sur ses lèvres.


- Une déduction logique, Aedran, logique et rigoureuse, vu le peu d’éléments et de temps dont tu disposais pour la formuler. Néanmoins… Il prend l’épée à deux mains et se retourne vers moi, tu as fait une erreur.
- Laquelle ? Je ne peux m’empêcher de demander d'un air pincé : j'ai horreur d'avoir tord.
- Depuis de longues années, depuis ta naissance pour ne rien te cacher, je te considère comme mon digne héritier et durant toutes ces années tu n’as jamais cessé de me conforter dans cette conviction. Quant à ton erreur, tu considères que je te transmettrai cette épée dans un futur plus ou moins lointain…

Il me fait signe de me lever. Je m’exécute et il me tend alors avec cérémonie Aranrùth. Surpris, je ne réagis pas immédiatement, mais je fini par tendre mes mains pour saisir l’arme. Cette dernière est plus légère que je ne le pensais. Je n’ose la dégainer, me contenant de savourer la texture du fourreau sous mes mains.

- Cette épée te revient de droit Aedran, en tant qu’hériter de la famille Dyr.
- Mais Père…
- Je préfère la voir à la hanche de mon fils plutôt que de prendre la poussière sur mon bureau. Ton talent pour la lame est exceptionnel. Aranrùth a donc d’autant plus sa place à tes côtés. Que tous puissent voir la fierté que tu me procures.
- Père, je ne sais que dire.
- Alors ne dit rien et contente toi de dégainer.

Je m’exécute et tire lentement l’épée de son fourreau. Le glissement de la lame raisonne comme une douce musique à mes oreilles. Je fini de la dégainer et je la brandis : l’équilibre est sans failles et elle épouse parfaitement ma main, comme si elle avait été forgée pour moi. J’effectue quelques mouvements simples du bras. L’arme est comme une extension de mon être. C’est à peine si j’ai l’impression de manier un objet tant elle semble être le prolongement de mon bras. Je me recule un peu, afin d’avoir plus d’espace et exécute une première figure : le Chat Dansant. J’enchaine ensuite par L’Hirondelle dans le Vent et finit par La Montagne qui Trébuche. Ce sont des exercices simples mais qui permettent à un guerrier de se familiariser avec l’équilibre et le poids d’une nouvelle arme. En général, ils ne sont pas parfaitement exécutés la première fois, permettant justement de s’ajuster à la lame ; avec Aranrùth, je ne fais aucune erreur. Je finis finalement par la rengainer, presque à regret.

- Père, c’est là un cadeau bien trop précieux. Ses mots me coûtent, mais je les pense. Il n’existe pas deux lames comme celle-ci et au-delà de ses qualités intrinsèques, c’est un symbole pour ma famille. Je ne peux l’accepter.
- Tu le peux, et tu le feras, Aedran, me répond-il d’une voix ferme. Je reconnais ce genre de ton : c’est celui qu’il prend lorsqu’il a arrêté une décision. Pas même le Roi ne le ferait changer d’avis ; dans ces conditions, je ne peux que m’incliner.
- Merci, Père. Je saurais m’en montrer digne.
- Je le sais bien, Aedran, je le sais bien. Tu dois mourir d’envie de t’entraîner avec. Va donc !

Je me lève et quitte la pièce d’un pas rapide, impatient de m’exercer.



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Depuis cette soirée où mon père m’a transmis Aranrùth, presque une année est passée. Je n’ai cessé de m’entraîner avec ma nouvelle arme. Elle ne me quitte jamais, cependant, jusqu’au jour où je terminerai mes études, sa nature doit rester cachée. Elle est le symbole de la famille Dyr. Il suffirait qu’un seul élève de Firyel'as un peu dégourdi la reconnaissance pour que mon anonymat tombe à l’eau. J’ai dû faire forger un nouveau fourreau pour elle, anonyme, l’original arborant les armoiries de ma famille. Du reste, la lame est assez simple en apparence pour passer pour une simple épée de bonne facture.

Deux bras apparaissent soudainement et viennent m’enlacer dans une douce étreinte. Je sens dans mon dos une poitrine ferme s'appuyer contre moi tandis qu’un petit nez vient se glisser dans mon cou, m’arrachant un sourire éclatant. Cette odeur, je la reconnaitrai entre toutes. Ma main droite se porte à ma nuque et caresse doucement la joue de celle qui a bouleversé ma vie, puis elle se glisse dans cette chevelure d’ébène plus douce que de la soie. Je me retourne et découvre un visage pareil à nul autre. Comme à chaque fois, je suis émerveillé par sa beauté et ses lèvres m’appellent. Je me penche vers elle. Nos lèvres se rencontrent. D’abord chaste, la tendresse fait place à la passion tandis que je la prends dans mes bras. Ma main gauche se posé sur sa hanche tandis que de la droite je lui attrape la nuque. Nous nous enlaçons passionnément. Nous finissons par nous séparer, le souffle court et les joues encore roses d’excitation.


- Eh bien, Aedran, quelle passion !
- C’est de ta faute, Sylanna ! Tu es beaucoup trop aguicheuse pour mon bien.
- Pour ton bien ? Elle hausse un sourcil sceptique.
- Et bien oui, j’ai l’impression de devenir totalement bête en ta présence. Elle rit et son rire emplie mon âme.
- Oh ! Tu n’as pas besoin de t’en faire, tu n’as jamais été très intelligent de toute façon.

Pour toute réponse, je lui donne une petite claque sur les fesses avant de m’enfuir, esquivant ses coups vengeurs. Sylanna… Par où commencer ? Je pourrais passer des heures à en parler, mais le plus simple reste peut être de décrire notre rencontre, plutôt atypique.  

Une lune était passée depuis ma conversation avec mon père. Je rayonnais de joie et de fierté face à cette immense preuve de confiance et de reconnaissance. Mes camarades le ressentirent et je ne sais comment, ma popularité grimpa en flèche. De jeune Eressa mystérieux, je devins une espèce d’idole. Dans un premier temps, je trouvai cela plaisant : voir l’admiration dans le regard des autres élèves, susciter la convoitise de la gente féminine, mais passé un temps, j’ai découvris un autre aspect que je n’avais pas imaginé : les rares amis que je m’étais fait avaient disparus, remplacés par des admirateurs arborant leurs traits. La popularité amena un autre inconvénient : la quiétude de mes entraînements s’en trouva fortement affecté. Certains élèves venaient assister à mes entraînements du soir, m’observant comme s’il s’agissait d’un spectacle. Excédé, je fini par demander l’accès au gymnase privé de l’école, réservé au corps professoral, ainsi qu’à quelques élèves triés sur le volet. Très peu étaient admis dans ce bâtiment, j’étais donc certain de pouvoir m’exercer en toute quiétude. Je me souviens que ce soir-là, le « ciel » était particulièrement sombre. Passé l’éclat bleuté dispensé par les artefacts, ce n’était que ténèbres insondables.  A l’Extérieur, l’orage devait faire rage. Il était tard lorsque j’ouvris la porte du gymnase privé avec la clé qui m’avait été confié. Les élèves étaient partis depuis longtemps et j’appréciais le calme des lieux. Le silence m’a toujours fasciné. Toujours changeant, il peut être menaçant ou au contraire réconfortant, dérangeant ou complice. Le silence est quelque chose qui se savoure. J’enclenchai le mécanisme qui commandait la lumière et me dirigea vers le vestiaire afin de passer une tenue plus adéquate, puis, l’épée à la main, je décidai de soulager un besoin tout naturel. Je déposai Aranrùth sur un petit banc avant de m’enfermer dans le cabinet. Une fois mon affaire expédiée, je sortis pour découvrir que mon épée avait disparue ! Totalement paniqué, je regardai tout autour de moi mais aucune trace de l’arme. Quelqu’un s’était-il discrètement glissé dans le gymnase pour me voler mon arme ? Je sentis un filet de sueur couler dans mon dos et mon cœur battre à toute vitesse. A ce moment-là, je décidai que j’étais le plus grand crétin que ce monde ait jamais connu. C’est alors que j’entendis un rire provenant de l’entrée des toilettes. Mon tête pivota immédiatement pour découvrir qu’une jeune Eressäe se tenait dans l’embrasure de la porte, un regard mutin et un sourire aux lèvres… et elle tenait Aranrùth d’un air désinvolte ! Une terrible colère me prit et je m’approchai d’elle, bien décidé à récupérer mon bien et à lui faire payer cette plaisanterie de mauvais goût. Elle recula à la même vitesse. Un pas en avant de ma part, un pas en arrière de la sienne de telle sorte que la distance ne se réduisait pas. Rongé par la colère, je ne mis du temps à remarquer à quel point elle était belle : une cascade d’ébène encadrant un sublime visage. Ses vêtements, ajustés, ne cachaient rien de ses formes voluptueuses. Elle me fit penser à un félin. Ma colère n’en n’était pas moins terrible. Je finis par m’arrêter, refusant de jouer plus longtemps à son jeu. Nous étions arrivés au milieu du gymnase.


- Qui es-tu ? Je mis dans ma voix toute l’autorité dont j’étais capable, celle d’un jeune Eressäe destiné à de lourdes responsabilités.
- Ma réputation n’a visiblement pas atteinte les sommets où tu te trouves, me répondit-elle d’un air narquois.

Je ne goûtai pas sa plaisanterie. Elle dû le voir puisqu’elle reprit.

- Je m’appelle Sylanna

Je connaissais ce nom. On la surnommait également l’éclair d’ébène en regard à sa chevelure d’onyx et à sa son agilité exceptionnelle. Sa présence en ces lieux s’expliquait à présent : elle faisait partie de ces rares élèves qui tout comme moi étaient autorisés à utiliser cet endroit. Cependant, cela n'excusait en rien son acte.

- L’éclair d’ébène. Ma voix était polaire tandis que mes yeux reflétaient la colère qui m’animait.
- Je vois que ma réputation me précède, finalement, me répondit-elle en parodiant une révérence.
- Et tu es donc venue me voler mon épée ?
- Brr, quel aura glaciale, Aedran ! Voilà quelques temps que je t’observe et je ne cesse de me demander une chose. Je ne fis aucun effort pour répondre, aussi reprit-elle. Je m’interroge sur ton identité. Pour tout le monde, tu es simplement Aedran. Pas de nom de famille, personne ne sait où tu habites ni même à quoi tu occupes ton temps en dehors des études. Elle me montra mon épée. Je peux le sentir, cette lame est exceptionnelle et doit peser son pesant d’or. Elle poussa un léger soupir. Tu es un mystère et j’ai horreur des mystères. Aussi, voilà ce que je te propose, monsieur Simplement Aedran. Une passe amicale. Si je gagne, tu me révèles ce que je veux savoir.
- Et si c’est moi qui gagne ?
- Je te laisserai en paix.
- Tu m’offrirais ce que je possède déjà ? Cesse donc tes enfantillages et rends mon cette épée. Je tendis le bras bers elle, paume ouverte.
- Très bien, si tu gagnes, je te laisserai décider du prix à payer.

Cette dernière remarque accentua ma colère. Ainsi, elle était si sûre de gagner qu’elle m’offrait la possibilité de choisir moi-même ce que je voulais.  

- Très bien, j’accepte.

Elle me sourit et me lança mon arme que j’attrapai avec adresse. Je dégainai rapidement et attendis qu’elle en fasse de même. Elle possédait une rapière. Compte tenu de sa taille, c’était un choix logique. La rapière est une arme qui privilégie la rapidité et la précision de l’estoc à la force de la taille. Face à des adversaires plus fort que soit ou lourdement défendu, c’était le meilleur choix possible. Je me mis en garde haute et m’approchai d’elle, décidé d’en finir rapidement. Aranrùth était une épée conçu aussi bien pour la taille que pour l’estoc. Vu mon allonge supérieure sur celle de Sylanna, je décidai de porter un coup d’estoc. J’avais retenu mon coup, nous n’étions pas là pour nous blesser, mais ma lame ne trouva que du vide. Sylanna avait esquivée à une vitesse que je n’aurai pas crue possible. Elle contre attaqua immédiatement et je parai son attaque à grande peine, m’obligeant à réévaluer ma position : je n’allais pas la vaincre sans efforts. Pendant près de vingt minutes nous bataillâmes férocement, chacun essayant de prendre l’avantage sur l’autre, en vain. Finalement, au terme d’un combat acharné, nous finîmes par nous écrouler, totalement épuisé. Ma colère était longuement oubliée, emportée en même temps que ma force physique. Il ne me restait que la fatigue et une profonde satisfaction : j’étais venu pour m’entraîner et ce combat avait parfaitement répondu à cet objectif. Je parvins à m’asseoir péniblement.

- Je ne m’attendais pas à ça, dis-je, le souffle encre court.
- Moi, non plus me, répondit elle, je vois que ta réputation n’est pas usurpée !
- Je peux dire la même chose de la tienne, Sylanna.

A cet instant précis, quelque chose se passa. C’était subtil et pourtant, j’avais la certitude qu’un sentiment que je ne connaissais pas encore venait de naître entre nous deux. Mon regard se perdit dans le sien. Je ne pourrais dire combien de temps nous restâmes ainsi, à nous fixer en silence avec un petit sourire. Finalement, la réalité nous rattrapa lorsque le concierge de Firyel'as, le vieux et aigri Leodrin, vint nous chasser de là.

C’est ainsi que j’ai fait la rencontre de Sylanna. Depuis cette soirée, nous nous ne sommes plus jamais quittés et très vite, l’attirance que nous avions l’un pour l’autre s’est transformée en quelque chose de plus profond. De l’amour ? Je me méfie de ce mot, tant il me parait galvaudé. La relation que j’ai avec Sylanna est bien plus forte et unique et elle ne pourrait être réduite à un simple mot. Demain marque notre dernier jour à Firyel'as et j’ai décidé qu’il était temps d’annoncer ma relation à mes parents. Je crois… je crois bien avoir trouvé celle qui me fallait, celle avec qui je veux partager ma vie. Cette pensée me surprend moi-même, je suis si jeune après tout, néanmoins je ne peux me débarrasser de cette idée qu’elle est celle qui me faut. Sylanna me rattrape.

- Dépêche-toi, nous allons être en retard à notre dernier cours de langue !  

Elle me vole un baiser et je l’observe s’élancer vers Firyel'as. Je souris puis accélère pour la rattraper : oui, j’en suis certain.


Ma mère est la première personne à laquelle je souhaite annoncer la nouvelle. Je la trouve dans ses jardins où elle aime passer du temps. C’est son fief. Aucun jardinier n’est accepté dans cet endroit, elle est la seule à s’occuper de ses chères plantes. Lorsque j’arrive, elle est en train de s’occuper d’un rosier, le taillant afin que chaque fleur puisse accéder à la lumière dispensée par l’artefact. Elle se relève en m’entendant et me souris. Je ne sais comment aborder le sujet, aussi je décide d’y aller franchement.

- Mère… J’ai… J’ai rencontré quelqu’un. Mal à l’aise, je baise les yeux. Cela fait un petit moment maintenant et je crois bien que… et bien, qu’elle est faite pour moi.

Je m’arrête là, m’attendant déjà à ce qu’elle me félicite mais lorsque je relève les yeux, je ne vois qu’une grande tristesse dans ceux de ma mère. Je ne comprends pas. Ne devrait-elle pas se réjouir de mon bonheur ? Pourquoi ai-je l’impression de lui annoncer une terrible nouvelle ?

- C’est quelque chose que j’avais craint lorsque nous avons décidé, ton père et moi, de t’envoyer à Firyel'as.
- De quoi parlez-vous, Mère ? Que craigniez-vous ? Je suis perturbé, je ne comprends pas ce qu’il se passe.
- Tu es intelligent, au fond, tu connais déjà la réponse, n’est-ce pas ?

Non, je ne comprends pas, ou je ne le veux pas. Ma mère pousse un long soupir. Elle reprend la parole.

- Tu es de sang noble, apparenté à la famille royale. Tu es destiné à de très hautes fonctions. Ton destin n’est pas d’épouser une roturière mais quelqu’un de ton milieu. C’est une réalité à laquelle nous devons faire face. Ce n’est pas une fin en soi pour autant, Aedran. J’aime ton père, aussi surement qu’il m’aime. Je comprends que ce soit difficile à accepter mais c’est quelque chose à laquelle tu dois te résigner. Cette relation que tu entretiens, elle est vouée à l’échec.
- C’est ridicule Mère ! Je crois entendre une de ces romances qu’on trouve dans les mauvaises pièces de théâtre.
- Crois-le ou non, c’est pourtant la vérité.
- Mais Mère…
- Aedran… Sa voix se fait tranchante. Pour les gens comme nous, le devoir est inhérent à notre nature. Notre rang, notre sang, nous donnent une position privilégiée. Cette position s’accompagne d’un devoir: celui de vivre au service d’Eressa. Lorsque j’étais plus jeune, mon père m’a dit une phrase qui est restée gravée dans ma mémoire : « le devoir est plus lourd qu’une montagne ».
 
Je n’ai jamais entendu ma mère prononcer de telles paroles, aussi dures et implacables. C’est comme si une autre personne se trouve devant moi. Ou peut-être que c’est moi qui ne l’ai jamais vraiment connu. On parle beaucoup de mon père, mais une grande partie de son succès et de son prestige sont le fruit du travail de ma mère, qui dans l’ombre aide son époux. Je le comprends à présent en l’observant. Néanmoins, je ne peux me résoudre à abandonner Sylanna. Il est temps pour moi de tout lui révéler.

Je la retrouve dans une petite auberge discrète. Elle remarque immédiatement ma mine tendue mais ne dis rien. Je finis par tout lui révéler : mon nom de famille, mon ascendance royale. Un an plus tôt, je l’avais fait promettre de ne pas m’interroger sur mon identité. Elle avait finalement accepté. Maintenant qu’elle sait, elle saisit immédiatement les implications d’une telle révélation, contrairement à moi qui suis resté aveugle si longtemps.


- Alors tu es venu me dire adieu ? me demande-t-elle. Je sens qu’elle tente de garder le contrôle de ses sentiments.
- Non.
- Mais, Aedran…
- Je refuse de t’abandonner. Je ne peux me dérober à mon devoir, mais je ne peux me passer de toi.
- Alors que proposes-tu ?
- A partir de maintenant, nous nous montrerons particulièrement discrets. J’ai un rire amer. Par Cearus, on dirait de la mauvaise littérature ! Je le pense cependant. Je prends ses mains dans les mienne et plonge mon regard dans le sien, que j’ai contemplé si souvent. Je jure de ne jamais aimer d’autre femme que toi. Acceptes-tu cette relation ?
- Oui.


Nous nous  embrassons avec douceur. Ma décision est arrêtée. La dernière phrase de ma mère me revient en mémoire : le devoir est plus lourd qu’une montagne. Elle ne l’a pas fini. Son père me l’a également dit lorsque j’étais plus petit. L’expression complète est : le devoir est plus lourd qu’une montagne, et la mort plus légère qu’une plume. Perdre Sylanna, ce serait comme mourir, mais je trouve ce poids plus difficile à supporter que tout.


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Invité
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◈ Mer 20 Mai 2015 - 11:41


Histoire


Cearus, qui nous délivra de nos vices, connais-tu la haine,
Les poings crispés dans l'ombre et les larmes de fiel,
Quand la Vengeance bat son infernal rappel,
Et de nos facultés se fait le capitaine ?
Cearus, qui nous délivra de nos vices, connais-tu la haine ?



Bien des années sont passées depuis ce jour où je t’ouvrais le premier chapitre de l’histoire qu’est ma vie, fidèle compagnon invisible et comme à cette époque, il y a une chose qui ne m’a jamais fait défaut, c’est ma mémoire. Elle est aussi acérée qu’à l’époque, m’interdisant l’oubli salvateur. Je ne peux oublier. Quelle cruauté dans cette phrase, quelle malédiction. Mais c’est peut-être pour le mieux. Certains évènements ne devraient jamais être oubliés, aussi douloureux et terribles soient-ils. Certaine souvenirs doivent conserver toute leur vivacité car de ces souvenirs-là, il est possible d’en tirer une force et une détermination capables de renverser des empires et de détruire des montagnes. Je ne peux oublier, c’est vrai. Le tranchant affuté de ma mémoire me l’interdit, mais ce même tranchant constitue l’arme qui m’a permis de punir ceux qui m’ont si durement blessé. Mes souvenirs heureux sont devenus rares tandis que les terribles épreuves traversées s’accumulent dans mon esprit. Je dois devenir encore plus dur, encore plus impitoyable. Tel est le chemin qui j’ai choisi.
Ce chapitre particulièrement sombre prend place des années après la promesse faîtes à Sylanna de toujours l’aimer. C’est à cette période-là que j’ai fait la découverte de ce qu’était la tristesse et la haine.



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A la suite de cette soirée où j’annonçai l’entière vérité sur ma condition à Sylanna ; nous continuâmes de nous fréquenter, dans le plus grand secret. Elle devint une sorte d’exploratrice, parcourant le monde à la recherche de ses secrets, tandis que moi, j’accomplis le destin qui m’était promis : je devins le bras droit de mon père et l’aida dans ses nombreuses entreprises, apportant plus de prestige encore à la famille Dyr. Le roi Lorel me prit sous son aile et grâce à l’immense expérience des deux hommes, je gravis les échelons du monde politique jusqu’à atteindre la position d’un conseiller respecté et influent. Le Roi se mit à solliciter de plus en plus souvent mon avis sur des questions cruciales. Cinquante années s’écoulèrent ainsi. Ma vie oscillait entre mon rôle de conseiller et mes rencontres clandestines avec Sylanna. Tout cela aurait pu continuer ainsi mais la découverte d’un nouveau gisement de pierre de lunes vint détruire la relative tranquillité de mon existence. En l’an 32 de l’Ère des Rois, on découvrit un important filon de cette matière première indispensable au fonctionnement de nos artefacts : la pierre de lune. Cependant, il était situé très près du Maelström et quelques semaines après l’ouverture de l’exploitation, les premiers accidents survinrent.

Les courants étant particulièrement redoutables il était dangereux de s’y aventurer, sous risque de se retrouver emporté. La population ne tarda pas à se révolter face à cette situation, exigeant que l’extraction minière soit abandonnée, jugée trop dangereuse. Le gouvernement, dont je fais partie, décida qu’Eressa ne pouvait pas se passer de cette ressource indispensable à son fonctionnement. A l’époque, tout comme aujourd’hui, nous avions besoin de cette manne inespérée. L’état de nos réserves a toujours constitué un enjeu de taille. Eressa a un besoin vital de pierres de lunes. Sans elles, les artefacts qui nous donnent notre air, qui préservent l’intégrité de la ville, qui nous facilite la vie de mille et une manières ne peuvent fonctionner. Malgré les critiques des habitants de la ville, nous maintînmes donc l’exploitation minière. Si nous avions cédé ce jour-là, ma vie aurait été bien différente.

Ce jour-là, le 2ème Verne de Bremise, de l’an 34 de l’Ère des Rois, j’étais dans mon bureau lorsqu’un messager se présenta à ma porte.

- Seigneur Dyr, me dit-il, j’ai ici un message à votre intention. Il est écrit de la main du contremaître responsable de la mine du Maelstrom.

Je pris le pli qu’il me tendait. Le messager s’éclipsa tandis que je brisai le sceau. J’avais déjà rencontré l’homme en charge de l’endroit, mais pour qu’il m’envoie une missive, c’est que quelque chose s’était produit. Les mots couchés sur le vélin sont aussi douloureux aujourd’hui qu’à l’époque où je posai mes yeux sur eux pour la première fois.

Seigneur Dyr,

J’aurais voulu vous annoncer la nouvelle en personne mais les évènements survenus il y a moins d’une heure ne me permettent pas de quitter mon poste. Vous deviez cependant être informé de toute urgence du drame qui vient de frapper notre cité. Un accident est survenu à la mine. De nombreux mineurs sont morts. J’ai l’immense regret de vous informer que votre mère fait partie des victimes.

La suite de la lettre m’est inconnue, je ne l’ai jamais terminé. Mon esprit se figea sur cette dernière phrase : «votre mère fait partie des victimes ». Ma mère ? C’était impossible ! Que ferait-elle là-bas ? Puis tout me revint. Les tensions s’étaient accrues au cours des semaines entre le peuple et le gouvernement et ce dernier avait décidé d’envoyer ma mère, une figure populaire auprès des habitants d’Eressa, sur place, afin de s’entretenir avec les leaders de l’opposition. Ce jour-là, quelque chose est mort en moi. Je ressens encore parfaitement la sensation du sang quittant mon corps en lisant ces mots, ne laissant plus qu’un corps desséché puis la douleur est venue, terrible et implacable. Elle imprégna chaque fibre de mon être, occultant toute pensée logique.

Les heures qui suivirent, j’errai dans la cité. Véritable âme en peine, je ne faisais plus attention au monde qui m’entourait. Ma mère, n’était plus… Elle qui m’avait soutenu, elle que j’aimais tant ne pouvait avoir disparu aussi simplement que cela. Puis au détour d’une rue, je me retrouvai face à Sylanna. Son visage était lui aussi ravagé… oui, bien sûr, son père avait la charge d’une équipe de mineur. Ainsi, je n’étais pas le seul à avoir perdu quelqu’un… Nous nous étreignîmes. Notre peine était au-delà des mots mais nous tentions malgré tout de trouver du réconfort dans la présence de l’autre.

Les semaines qui suivirent la nouvelle furent particulièrement difficiles. Si la présence de Sylanna m’aida dans un premier temps, elle finit par devenir pénible : nos douleurs respectives ne s’annulaient pas, au contraire. Nous finîmes par arrêter de nous voir. Le roi Lorel vint me présenter ses condoléances mais je les acceptai d’un air distrait. Je n’étais pas dans mon état habituel, mon esprit aussi acéré que d’habitude ressassant sans cesse la douleur engendrée par la perte de ma mère.

C’est mon père qui m’apporta la délivrance. Je ne l’avais plus vu depuis des jours. Il était aussi affecté par la disparition de son aimée que je ne l’étais par celui de ma mère et son caractère avait changé. Il s’était reclus dans la demeure familiale, refusant de parler à qui que ce soit. L’intendant de la maison avait fini par me contacter, me suppliant de raisonner mon père. Nos rapports étaient devenus très distants depuis la mort de ma mère mais je ne pouvais le laisser dans cet état, aussi j’acceptai de lui rendre visite. Je le trouvai dans les jardins de ma mère. En hommage à leur défunte maîtresse, nos domestiques avaient continués de s’en occuper, comme si Lyna'an allait revenir. Il se retourna à mon arrivée et l’air hagard qui était le sien fut immédiatement remplacé par un rictus de rage.

- Toi ! Je t’interdis d’apparaître en ces lieux ! Sors d’ici !
- Quel est ce non-sens, Père ? Reprenez-vous !
- Tu n’es qu’un fou, Aedran ! Un fou dont les actions ont provoquées la mort de celle que j’aime ! Oh Lyna'an !
- Est-ce que vous avez bu, Père ?! C’était l’unique explication à cette réaction.
- Oui, fils, j’ai bu le calice de la haine jusqu’à la lie ! Ses yeux étaient déformés. C’est cette relation contre nature entre toi et cette catin que tu as rencontré durant tes études. Pendant toutes ces années, tu n’as fait que préparer la mort de Lyna'an ! Disparaît à présent, disparait et ne revient plus jamais ou j’aurais ton sang sur mes mains !

Une rage terrible monta en moi face à ces fausses accusations, écartant pour la première fois depuis la mort de ma mère la tristesse qui m’accablait. Je m’approchai de mon père, le dominant d’une bonne tête. Je le plaquai contre une colonne et crachait ces mots à son visage.

- Je n’y suis pour rien dans la mort de Mère ! Si vous osez lancer de tels mensonges, c’est vous qui mourrez !

Cette rage aussi soudaine qu’inattendue balaya celle qui animait mon père, le laissant sans forces. Ses épaules s’affaissèrent et une larme coula le long de sa joue.

- Lyna’an, ils l’ont tués !
- Qui père ? De qui parlez-vous ! Ressassiez-vous, bon sang !

Je lui administrai une puissante claque. Cette dernière le choqua mais il sembla retrouver ses esprits et il reprit d’une voix qui avait retrouvé un semblant de calme.

- Peu de temps avant qu’elle ne parte pour le Maelstrom, j’ai reçu un message. « Nous ne tolèrerons plus cette fornication hérétique. » Sur le coup, je n’ai pas compris la teneur de ce message mais une fois l’accident survenu, la signification m’est douloureusement apparue. J’ai mené une enquête et j’ai découvert que tu fréquentes depuis de longues années une Eressäe du nom de Sylanna. C’est pour punir cette relation qu’ils ont fomenté cet attentat.
- Qui sont-ils, Père ?!
- Un groupuscule de fanatique qui opère dans l’ombre depuis de nombreux siècles. Ils se présentent comme les défenseurs de la pureté du sang royal, s’assurant qu’aucun membre de la famille royale ou des familles cousines ne lie son destin à des roturiers. Ils se font appeler sous le nom de « Jorsyn'tål ».

Cette annonce fut un véritable coup de massue, et comme toute massue, elle détruisit quelque chose, libérant en moi un insatiable désir de vengeance. La tristesse était toujours là, elle m’habite encore aujourd’hui, mais j’ai découvert ce jour-là que ce dont avait besoin mon esprit pour faire face à la peine et la douleur, ce n’était pas l’oubli, mais la haine et la volonté de venger la mort de ma mère, de punir ceux qui me l’avaient ôtés. Mon père vit qu’un changement s’opérait en moi.
- Lorel est-il au courant, Père ?
- Non.
- Bien. Mon ton se fit sombre et déterminé. C’est une affaire qui doit être réglée par des Dyr, et personne d’autre. Je vais avoir besoin de votre aide, Père. Nous partons en guerre, une guerre contre ceux qui nous ont pris celle que nous aimions tant. Nous ne trouverons le repos qu’une fois notre vengeance noyée dans leur sang.

Mon père acquiesça. Nous nous séparâmes ensuite, nous avions besoin de nous retrouver seuls, mais dès le lendemain commencerait notre traque sanglante. Je pris la direction de la ville et m’arrêtait devant un bordel. Quelque chose grondait en moi, de plus en plus fort, et je sentis que si je ne faisais rien, cela me détruirait. Sylanna était loin de mon esprit à cet instant, tout ce dont j’avais besoin, c’était de posséder quelqu’un. Cette nuit-là, dans une chambre de ce bordel anonyme, je découvris que Cearus était de mon côté lorsque la prostituée que j’avais payé perdit toute volonté propre, uniquement animé par le désir de se soumettre à mon bon vouloir. Nos légendes parlent d’un pouvoir réservé aux membres de la famille royale : le Don de Cearus. Cette capacité latente s’était réveillée et je comptais bien l’utiliser pour obtenir les réponses que je cherchais.

Le lendemain, je retrouvai Aedril dans notre demeure. Une personne l’accompagnait : un colosse du nom de Ragwynn Lith’iel. Au service de notre famille depuis de longues années, il avait l’entière confiance de mon père. Ce dernier décida de le mettre au courant de la vérité sur la mort de ma mère. Néanmoins, j’avais besoin de le sonder pour m’en faire ma propre opinion.

- Tu as toute la confiance de mon Père, Ragwynn. Puis-je t’accorder cette même confiance ?
- Lyna'an était une femme formidable que je révérais pour sa gentillesse et son éclat. Sa perte fut une tragédie.
- J’ai besoin de ton entière obéissance, Ragwynn. Il te faut t’agenouiller devant moi et me jurer fidélité absolue. Ce n’est qu’à ce prix que tu pourras aider mon père et moi-même à nous venger.

Je l’observai poser un genou à terre, son visage baissé. Sa longue chevelure cachait son visage tandis qu’il prononçait les paroles rituelles.

- Je puis vous jurer, ici et maintenant, que sa mort ne restera pas impunie. Ils regretteront d'avoir éveillé l'appel de la vengeance. J'abattrai les Jorsyn'tål sans aucune forme de procès.

Il se redressa ensuite.

- Bien, Ragwynn. A présent que nous sommes au complet, il est temps pour nous de faire couler le sang.


****************

Les années qui firent suite à ce jour furent fatales au groupe maudis des Jorsyn'tål. Les misérables périrent les uns après les autres au cours des vingt années suivantes. J’appris à maîtriser le don que m’avait fait Cearus et l’utilisai pour découvrir l’identité des tous leurs membres, des simples exécutants jusqu'aux dirigeants. Jamais on ne remonta jusqu’à nous et à aucun moment l’idée d’assassinats ne fut abordé. La force des Jorsyn’tål, leur total anonymat et leur caractère insaisissable, fut également la raison de leur perte. Personne ne savait qui ils étaient, aussi personne ne put relever de liens entre les différents accidents qui frappèrent la cité au fil des ans. Je goûtais particulièrement cette ironie. L’aide de Ragwynn me fut précieuse tout au long de ces années.

Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’une poignée et je suis sur le point de leur porter les achever. Vingt-deux ans plus tard, la traque va connaître son dénouement final. J’ai bien changé durant ces années. L’optimiste Aedran n’est plus. Les morts successives m’ont endurcis et m’ont appris à me montrer impitoyable. C’était inévitable : l’âme ne peut sortir indemne face à tant de sang répandu, mais ce que j’ai perdu, je l’ai gagné en clarté. Jamais mon jugement n’a été si juste, jamais mes avis n’ont été si précis. Ma logique s’est affinée jusqu’à devenir sans failles. Mes décisions sont justes car ma foi en mes propres règles est absolue. Une fois cette quête de vengeance terminée, je pourrais de nouveau me tourner vers mon peuple et mon roi et leur apporter la sagesse que j’ai acquise pendant cette chasse. Demain, je dois retrouver mon père et Ragwynn pour régler les détails de notre dernière attaque contre les fous qui se sont attaqués à ma famille.
Mon père me trouve alors que je réfléchis encore à l’opération du lendemain. Il semble préoccupé.

- Que se passe –t-il, Père ? Est-ce à propos de demain ?
- C’est quelque chose de bien pire, Aedran. Lorel vient de me faire part de son intention d’ouvrir les portes de notre royaume au monde extérieur.
- Quelle est donc cette folie ? Surtout après les drames d’il y a vingt ans, il voudrait que toutes ces vies sacrifiées l’aient été pour que des étrangers puissent en profiter ? Pourquoi ne suis-je pas au courant ?
- Il a décidé de se passer de l’avis du Haut Conseil et veut s’entretenir directement avec Silairye Tel'Syar.
- Nous ne pouvons laisser passer ça, Père. La survie de notre peuple dépend de nos artefacts. Si nous partageons cette connaissance avec ceux de l’extérieur, c’est la fin de notre mode de vie. Je doute que le gouvernement de Silairye n’accepte, ainsi que le nôtre, mais si cette question est publiquement abordée, une graine risque d’être plantée. Qui sait combien de temps faudra-t-il à des fous pour reprendre à leur compte cette idée ?
- Tu as raison, Aedran, il n’y a donc plus qu’une solution : le renverser.

Je l’observe en silence, ne sachant pas quoi répondre dans l’immédiat. Renverser le Roi ? Fomenter un coup d’état ? Pourrais-je trahir la confiance de celui qui m’a appris tant de choses ? La réflexion n’est pas longue. Pour le bien de tous, je dois agir. Les Jorsyn’tål m’auront appris ça : il ne faut reculer devant aucun sacrifice. C’est Lorel qui nous trahit en ayant de telles idées. C’est mon devoir de faire en sorte qu’il ne parvienne pas à ses fins.

- Il nous faut rassembler nos alliés les plus proches, Père, aussi bien au sein du Haut Conseil et du gouvernement qu’auprès de l’armée. Il faut qu’une réunion soit rapidement organisée et dans le plus grand secret.
- As-tu conscience qu’il ne peut y avoir de retour en arrière une fois que nous nous serons engagés sur cette voie, Aedran.
- Si nous ne le faisons pas, ce sont des jours sombres qui attendent Eressa.

Deux mois plus tard, le petit salon bourdonne des conversations échangées à voix basses. Une quarantaine de personnes sont réunis. Appartenant toutes aux plus hautes sphères politiques et militaires d’Eressa, elles partagent un point commun : la famille Dyr. Proches alliés des deux hommes, ils ont tous acceptés de venir ce soir-là dans le plus grand secret, conscients que quelque chose est à l’œuvre. Une estrade a été montée à notre intention. Les conversations cessent lorsque mon père et moi finissons par entrer par une porte située sur le côté. Nous montons sur l’estrade. Le silence se fait plus pesant alors que les secondes s’écoulent sans que nous ne prenions la parole. L’art de la politique consiste, entre autre, à savoir juger de l’état d’esprit d’une foule et de le manipuler. Pour le moment, ils sont curieux. Mon père commence par prendre la parole. Il fait office d’autorité depuis de longues années et c’est à lui d’initier cette séduction. Son travail est indispensable : il lui faut mettre le public dans de bonnes conditions pour que je puisse apporter le coup de grâce. Je ne me fais guère de soucis : nous avons prouvés par le passé et à de nombreuses reprises que la machine composée des Dyr père et fils est incroyablement puissante.

- Mes amis, dit-il d’une voix puissante, riche, chaleureuse. Je vous remercie du plus profond du cœur d’avoir tous acceptés notre invitation. Vous connaissez déjà mon fils, Aedran. Je fais un rapide signe de main. Certains d’entre vous ont déjà travaillés avec lui et vous savez comme moi à quel point il est efficace. Dans l’assemblée, certaines personnes acquiescent. Si je vous ai réuni ce soir cependant, c’est parce que notre royaume est sur le point de connaître des temps bien sombres. A présent, l'inquiétude remplace la curiosité. Si on la laisse se développer trop longtemps, elle se transforme en panique et même le plus érudit des hommes ne devient plus bon à rien, mais si l’on attend juste le temps qu’il faut, elle fait des merveilles. Oui mes amis ! Vous connaissez ma relation privilégiée avec notre roi Lorel. Il y a deux lunes de cela, il m’a fait part d’un de ses projets. Oui, je vois que vous n’êtes pas au courant. La raison en est simple. Il a décidé de passer outre l’avis du Haut Conseil.

Aussitôt, des voix s’élèvent.

- Que quoi parlez-vous, Aedril ?
- Qu’insinuez-vous par là ?!
- Le Roi n’oserait jamais !

D’un mouvement de main, il ramène le silence.

- Mes amis, Lorel souhaite ouvrir les frontières de notre royaume au monde extérieur ! Il souhaite partager nos artefacts ainsi que toutes nos connaissances ! Il souhaite donner aux autres races les clés de notre avenir ! Chacune des phrases est assenée avec la force d’une tortue-dragon. Il a prévu d’entrer en contact avec Silairye Tel'Syar pour lui faire part de son projet. Je doute que la mention soit acceptée par nos deux gouvernements mais peut-on permettre que telle folie se reproduise ?
- Alors que proposez-vous, Aedril ? Lance une voix masculine.
- Vous savez très bien ce que je propose, répond mon père avec force.
- Trahison !

C’est à ce moment-là que j’interviens. Mon père leur a présenté le problème, c’est à moi maintenant de leur livrer la solution.

- Il ne s’agit pas de trahison mes amis ! C’est le roi qui trahit tout ce en quoi nous croyons en souhaitant un tel avenir pour notre royaume. Dites-moi, combien de temps avant que des êtres cupides n’utilisent nos connaissances pour les retourner contre nous ? Combien de temps avant que les pierres de lunes sur lesquelles nous avons le monopole ne soient pillées par d’autres races, condamnant de ce fait Eressa à la mort ? Vous savez comme moi que notre survie dépend de nos artefacts. Notre roi fait preuve de folie en souhaitant ouvrir nos frontières.

Le silence, pareil à une chape de plomb s’abat sur la pièce. Je peux les voir réfléchir intensément. Fomenter un coup d’état exige de chacun une prise de risque colossale, mais j’ai foi en eux. S’ils sont nos alliés, c’est parce qu’ils ont prouvés au fil des années qu’ils plaçaient le bien d’Eressa au-dessus de tout. Je ne doute pas qu’ils partagent notre vision, mais il reste encore la décision cruciale que tout le monde a en tête mais que personne n’ose soulever. C’est finalement un Amiral qui a le courage de prendre la parole.

- Et bien sûr, j’imagine que c’est vous qui devriez-vous asseoir sur le trône, Aedran ?

Nous y sommes. Le moment fatidique est arrivé.

- Un Roi ne peut se choisir lui-même. Je soutiendrai de toutes mes forces la personne qui sera choisi par cette assemblée. Je me battrai pour que le peuple la reconnaisse comme son roi légitime.

Le silence retombe. Je les vois réfléchir intensément. Il ne manque plus qu’un dernier mouvement pour que le plan soit pleinement réalisé. C’est un vieil ami de mon père qui vient déplacer la dernière pièce du jeu que nous avons mis en place.

- Je vote pour Aedril. Tout au long des années, il nous a prouvé qu’il était une personne sage et avisée. Il a secondé Lorel pendant une grande partie de son règne. Il est celui qui a le plus d’expérience et je sais qu’il a à cœur, comme nous tous, la sécurité d’Eressa.

D’autres voix s’élèvent pour soutenir ce choix mais mon père intervient.

- Mes amis, votre confiance m’honore plus que vous ne pouvez l’imaginer mais je ne peux accepter cette charge. Ce que vous ne savez pas, c’est que depuis longtemps maintenant, je me repose entièrement sur mon fils. Il y a des années de cela, je lui transmis Aranrùth, symbole de notre famille et c’est avec fierté qu'aujourd'hui je suis celui qui reçoit des conceils et non plus celui qui en dispense. Je vous en prie, la confiance que vous avez placé en moi, placez là en mon fils. Il est le meilleur candidat possible et a montré à maintes reprises qu’il a la carrure nécessaire.

Je sens l'auditoire conquis mais Aedril décide de porter le coup de grâce.

- Et s’il vous faut une autre preuve, sachez qu’il possède le Don. Cearus l’a choisi pour nous guider, j’en suis persuadé.

Je m’avance alors tandis qu’il commence à applaudir, lentement. Quelques secondes après l’applaudissement est repris par l’ensemble des personnes présentes et on se met à crier mon nom. Je suis soulagé, l’avenir d’Eressa est sauf, entre mes mains.

Quelques jours plus tard, Lorel réuni le Haut Conseil dans une session extraordinaire. Bien entendu, il est question de cette abomination qu’est l’ouverture de nos frontières au monde extérieur. Grâce à mes soins, la motion est violemment rejetée à l’unanimité par les Hauts Conseillers et Lorel est obligé de se justifier de ses actes. Il explique sa vision d’Eressa acclamée par le monde entier mais le mal est fait. Son prestige est sérieusement écorné et son armure présente une ébréchure qu’il ne me reste plus qu’à agrandir au fil des lunes jusqu’à ce qu'elle se brise totalement.

******************


- Il est temps, Père.
- En effet, Aedran. Le règne de mon vieil ami touche à sa fin. Je regrette que les évènements se soient enchaînés de telle manière mais c’était nécessaire.
- Ragwynn, tu sais ce qu’il te reste à faire.

J’observe le géant Eressäe me saluer puis sortir rapidement de la pièce. Deux ans ont passées depuis ce jour où j’ai formé ma cabale. Pendant ces deux années, nous avons ourdi nos plans dans le but de destituer le fou qui était sur le trône, tendant un fil après l’autre jusqu’à former une immense toile d’araignée avec Lorel n’ayant pas conscience d’être condamné. Aujourd’hui, l’heure est arrivée pour moi de lui succéder et de détruire à jamais la terrible épée de Damoclès que représente le roi. Ragwynn sait ce qu’il a à faire. L’ordre va être donné. Partout dans la ville, mes alliés, des politiques connus et appréciés du peuple dénoncent publiquement les agissements du Roi qui dans le plus grand secret a voulu divulguer les secrets les plus précieux de notre peuple. Les Eressäe, farouchement jaloux de leurs artefacts crient au scandale et à l’émeute. Des troupes, sous les ordres des Amiraux m’ayant jurés fidélité envahissent les rues afin de restaurer le calme. Ils en profitent pour arrêter les plus fidèles partisans de Lorel, ceux dont je suis certain qu’ils ne plieront jamais le genou face à moi. Des rapports me parviennent des quatre coins de la cité : on commence à scander mon nom : Aedran, celui qui a réussi à déjouer les plans du roi Lorel, Aedran le sauveur. Il est temps pour moi d’apparaître.

Accompagné de mon père, de Ragwynn et d’une troupe de soldats fidèles, je sors dans les rues d’Eressa. Aranrùth ceinte à la hanche, je me bats aux côtés des soldats contre les derniers fidèles de Lorel. Jamais ma maîtrise de l’épée n’a autant servi un dessein politique. La mi-journée est passée depuis longtemps lorsqu’un messager s’approche de notre groupe.

- Seigneur Dyr ! Nous avons repéré le traitre Lorel et quelques uns de ses hommes. Ils essayent de se frayer un chemin à travers la porte d’Istal. Ils sont sur le point de déborder nos propres forces et de s’enfuir !

Nous emboitons le pas au messager. Lorel ne doit pas s’échapper ou mon règne sera toujours menacé. Il est trop tard pour lui, jamais il ne pourra remonter sur le trône, mais s’il a un fils… Je ne peux permettre cette menace. Nous nous précipitions dans les rues. Sur notre chemin, la foule m’acclame. Nous finissons par arriver à la porte d’Istal. De nombreux corps jonchent les environs, des alliés ainsi que des traitres, mais aucune trace de Lorel ! Un gémissement attire mon attention et je me précipite auprès d’un Eressa grièvement blessé. A sa tenue, je devine un capitaine loyal à ma cause.


- Seigneur, nous n’avons rien pu faire… parvient-il à dire d’une voix basse et chargée de douleur. L’homme n’en a plus pour longtemps. Nous n’avons rien pu faire… répète-t-il. Lorel s’est échappé…

Par Cearus ! J’envoie des soldats partir à sa poursuite mais je me fais peu d’espoirs… Le roi destitué a réussi à m’échapper. Je ne m’avoue pas vaincu pour autant. Mes hommes finiront par le retrouver, qu’importe le trou dans lequel il décide de se terrer. J’entends le capitaine rendre son dernier soupir. Je lui ferme les yeux et me relève, me tournant vers mes hommes.

- C’est fini. Tout autre mot serait superflu, aussi je me contente de cette simple phrase.
- Longue vie au roi Aedran ! Lance soudainement mon père. Longue vie au Roi !

Le cri est repris par l’ensemble des personnes présentes, puis, à mesure que nous nous dirigeons vers le palais royal, les habitants sortent dans les rues pour m'acclamer: moi, Aedran Dyr, leur nouveau roi.


****************

Quand l'avenir pour moi n’est plus un mystère,
Quand le passé pour moi ne peut s’estomper
Je suis le berger infaillible de mon peuple,
Je suis l’homme qui décrypte la trame du Destin.


Quatorze ans se sont écoulés depuis le jour où je renversai Lorel. Quatorze années à régner sur mes nouveaux sujets. Ma mémoire est plus puissante que jamais, nourrie par ces années de règnes, mais quelque chose a changé. Un nouveau fardeau est venu s’ajouter sur mes épaules. Car si l’oubli m’est interdit, l’avenir lui, m’est devenu aussi limpide que mon passé. La vieille cité d’Azzura est sortie de son long sommeil millénaire, entrainant dans son réveil le retour de la magie. Un vent puissant mais imperceptible a balayé Rëa, touchant ses habitants au hasard. J’ai été également touché mais je comprends à présent que le hasard n’a rien à voir là-dedans. Notre race est d’essence magique et avec le retour de l’éther mystique, une partie de notre être, perdue depuis des millénaires, nous a été rendu. Depuis l’apparition d’Azzura, lors des nuits de pleine lune, des marques magiques apparaissent sur ma peau et mon pouvoir se réveille alors. Ce qui est obscur devient limpide. Le Destin dans son infinité s’étend alors face à moi et chaque conséquence de chaque action, de chaque décision, m’apparait aussi clairement que s’il s’agissait d’un de mes souvenirs. On ne peut me duper, on ne peut me surprendre. Chaque action entreprise contre moi, je la connais avant même que mon adversaire n’y ai songé. Oui, l’avenir n’a plus de secret pour moi et j’en tire une grande frayeur car je ne peux voir au-delà d’un certain point. Je n’y trouve que des ténèbres insondables. Qu'importe mes actions, tous les avenirs finissent par se confronter à ce mur de ténèbres absolues.

Quelque chose de terrible se prépare.





Ambitions & Desseins


Gouverner son royaume, protéger ses sujets, tuer les méchants Very Happy (et manger des glaces mais faut pas le dire)



Divers


Reconnaissez-vous être âgé de 18 ans ? : J'ai beaucoup plus
Si vous prenez un personnage important et que vous disparaissez, nous autorisez-vous à nous inspirer de votre personnage pour créer un nouveau prédéfini ? : Hihi
Moultipass : Papy Calim Baltha sont trop belles !

+ Tout ce que vous voudrez écrire !