Azzura

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Minchara Altar - Espionne/courtisane - Aigle d'Argent

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◈ Ven 29 Mai 2015 - 21:09

◈ Prénom :  Minchara
◈ Nom : Altar
◈ Sexe : Femme
◈ Âge : 24 ans
◈ Date de naissance : Seizième jour de la lune d'Ansbar, en 5048 avant l'ère des rois
◈ Race : Valduris
◈ Ethnie : Vreën métissée Alsdern
◈ Origine : Ordanie / Corvidon (royaume disparu)
◈ Alignement : Neutre
◈ Métier : Espionne, membre de l'Aigle d'Argent


Magie


En tant que mage de l'ancien temps, Minchara ne produit pas de magie mais peut plier les vents de magie selon sa volonté.

Magie arcanique : contrôle du mouvement des objets, téléportation (maître)

Réputée comme l'une des formes de magie les plus difficiles à maîtriser, la magie arcanique est curieusement la seule que Minchara parvienne à utiliser. S'étant spécialisée dans cet art, elle le maîtrise à un niveau auquel bien peu peuvent prétendre, bien que ce soit au détriment de la puissance et de la polyvalence qui sont l'apanage des archimages.


Compétences, forces & faiblesses


Artisanat : Cuisine (novice)

Connaissances : Histoire de l'ancienne époque (expert), étiquette (expert), noblesse et royauté de l'ancienne époque (expert), héraldique de l'ancienne époque (expert)

Art des combattants : Combat à mains nues (expert), combat armé : Dagues et poignards (expert), stratégie de guerre (intermédiaire)

Art des voleurs : Adresse (expert), crochetage (intermédiaire), déplacement silencieux (maître)

Arts d'espionnage : discrétion (maître), évasion (expert),psychologie (expert), renseignements (expert), décryptage (expert), lecture sur les lèvres (expert)

Art des chevaliers : équitation (intermédiaire)

Art des politiciens : Diplomatie (expert), perception auditive (intermédiaire)

Art de représentations : Danse (expert)

Forces :
Les principaux atouts de Minchara sont, comme pour toute personne dont les activités comportent une part de clandestinité, sa discrétion et sa tendance naturelle à éviter les ennuis.
Cultivée, intelligente et éduquée, elle se laisse rarement prendre au dépourvu et sait comment traiter avec les puissants lors des réunions officielles, comme avec les gens de l'ombre dans des circonstances nettement moins détendues. Son esprit analytique, son verbe affûté et même son corps sont ses armes, au même titre que l'acier qu'elle porte parfois dissimulé sous ses atours.
Préférant généralement l'intrigue et la négociation, Minchara peut toutefois se révéler forcée au combat quand les choses tournent mal. En ce cas, elle use à la fois de sa magie et de sa dextérité à la dague dans une combinaison que l'effet de surprise rend particulièrement meurtrière.

Faiblesses :
L'apparence de Minchara, si elle l'avantage parfois, peut également la desservir. En effet, outre les préjugés propres à sa culture, elle possède un signe distinctif qui la rend aisément reconnaissable, ce qui peut se révéler fâcheux au regard de certaines de ses activités.
Le bouleversement qu'a subit Azzura a profondément affecté la jeune femme, la rendant plus vulnérable. Craignant que son mode de vie tout entier ne s'écroule avec la cité, elle pourrait être amenée à prendre des décisions plus irréfléchies qu'à l'accoutumée.
Quand elle est contrainte à se battre, Minchara se repose presque intégralement sur l'effet de surprise et son utilisation particulière des vents de magie. Que l'un ou l'autre de ces éléments lui fasse défaut et la jeune femme se retrouverait en sévère difficulté. De même, n'étant pas à proprement parler une combattante aguerrie, elle pourrait également être prise en défaut par un adversaire particulièrement talentueux ou tout simplement être dépassée par le nombre.


Physique


Minchara a principalement hérité son physique de sa mère Sylvia, n'empruntant à son père que sa toison dorée qui lui tombe en cascade sur les épaules et le haut du dos. Mesurant approximativement cinq pieds et deux pouces, elle dispose d'une silhouette svelte sans être particulièrement athlétique. Elle arbore une carnation aussi claire que ses origines le laissent entendre et possède un visage fin et épanoui aux joues lisses et au nez légèrement retroussé. Minchara a donc tout d'une parfaite petite vreën, à une exception près : ses yeux vairons aux couleurs de l'azur, pour le droit, et de la jade, pour le gauche. Associé étroitement au mauvais sort, voire à une malédiction, dans la culture vreën, ce signe distinctif a valu de tout temps à Minchara une difficulté à appréhender sereinement la vie au sein de sa communauté d'origine.
Habituée aux usages de la Cour de part son éducation et ses activités, Minchara adopte généralement un port noble et une démarche élégante qui peut même devenir féline quand elle désire éviter de se faire entendre. Ces mêmes raisons font également d'elle une excellente danseuse.
De manière générale, Minchara bouge, parle et agit avec une certaine économie de gestes. Ceci est à la fois dû à la nature discrète de son tempérament et à sa façon d'utiliser la magie. En effet, elle a pris l'habitude d'accompagner le mouvement des objets dont elle a pris le contrôle à l'aide de ses membres afin d'obtenir une manipulation plus précise, rapide et instinctive grâce à cette synchronicité du geste. Il en a finalement résulté qu'en dehors de ce genre de manipulations, Minchara a appris à minimiser certains gestes afin de limiter au maximum le risque d'accidents relatifs à ses réactions émotionnelles (imaginez un peu qu'elle vous pointe rageusement du doigt dans un élan de colère alors qu'un garde de faction a nonchalamment laissé sa lance reposer le long d'un mur pendant qu'il se gratte le genou et vous aurez tout de suite une meilleure idée des raisons qui ont pu la pousser à prendre cette habitude).


Caractère


Méfiante par nature, Minchara n'a pas l'habitude de se lier facilement à ceux qu'elle rencontre. Les personnes à qui elle a accordé sa confiance par le passé peuvent se dénombrer sur les doigts d'une main. Constamment sur la défensive elle ne réserve d'ailleurs pas cette défiance qu'à autrui. En effet, Minchara se juge elle-même assez sévèrement, ne s'estimant ni fiable, ni digne de confiance. Ce trait de caractère fait partie des aspects les plus cachés de sa personnalité mais ne cesse jamais réellement de l'aiguillonner. Il vient à n'en pas douter de l'incapacité qu'elle eut, étant plus jeune, à se trouver une voie. Malgré tout, Minchara est plus fidèle aux quelques élus qui peuvent estimer faire partie de ses véritables amis ainsi qu'à la cause d'Azzura qu'elle a fini par embrasser, qu'elle n'ose se l'avouer.

D'un œil externe, en revanche, la jeune femme paraît assurée, parfois même bravache, généralement affable, voire enjouée ou espiègle par moment. Dotée d'un culot propre à faire sourire et d'un humour suffisamment ravageur pour parvenir à choquer, Minchara est souvent perçue comme étant d'agréable compagnie. Consciente de ses charmes, elle n'hésite également pas à en jouer quand la situation s'y prête. Ses éclats d'humeur sont rares et elle n'est guère rancunière, ce qui la rend, une fois encore, plutôt facile à vivre. Un observateur aguerri pourrait cependant remarquer qu'elle a tendance à jauger en permanence ses interlocuteurs, adaptant subtilement son comportement selon l'idée qu'elle se fait de leur personnalité. Si cet aspect calculateur ne semble pas malveillant, il peut cependant mettre mal à l'aise. Il s'agit en fait à la fois d'une légère déformation professionnelle et de l'expression de sa nature profonde, bien que seuls ceux qui la côtoient régulièrement puissent s'en apercevoir.

La religion n'occupe qu'une place relative dans la vie de Minchara. Si elle a bien été élevée dans le respect du culte d'Alvar, la jeune femme n'est pas une fervente pratiquante. Les affaires spirituelles demeurant assez secondaires dans son existence, elle fait montre d'une grande tolérance face aux croyances des autres peuples, à la différence de la plupart des vreëns.


Inventaire


Bien qu'elle ne rechigne pas à porter le genre de belles et tout aussi inconfortables robes qu'affectionnent tout particulièrement les courtisanes, Minchara préfère largement les habits qui lui laissent une plus grande liberté d'action.
Quand elle doit se défendre, la jeune femme s'équipe d'un assortiment de lames courtes (stylet, poignard, dagues de jet) qu'elle dissimule à différents endroits de sa tenue quand c'est possible.
Elle garde en permanence sur elle, que ce soit sous ses vêtements ou dans des poches intérieures prévues à cet effet, le médaillon à tête d'Aigle qui démontre son appartenance à l'ordre.


Ambitions & Desseins


Minchara cherche principalement à retrouver ses repères dans cette époque qui n'est pas la sienne. Elle est prête à faire tout son possible pour aider la couronne d'Azzura et l'ordre de l'aigle d'argent comme par le passé mais redoute que l'état de la reine Onyria et la stase qui a coupé les sections originelles de l'aigle d'argent de l'évolution de ses branches disséminées dans toute l'Ordanie ne rende cette tâche impossible.

Divers


Reconnaissez-vous être âgé de 18 ans ? : Hi, sir !
Si vous prenez un personnage important et que vous disparaissez, nous autorisez-vous à nous inspirer de votre personnage pour créer un nouveau prédéfini ? : Oui
Moultipass :
Euuuuuuh...:
Mdp validé par pépé

PS: Si vous avez plus joli que mes "barres" moisies pour faire la transition dans les chapitres de mon histoire, je prend!!


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◈ Ven 5 Juin 2015 - 21:14



Histoire


Tout commença par une histoire d'amour. Pas une de celles que les petites filles adorent et qui parlent de la rencontre de deux âmes sœurs destinées l'une à l'autre pour l'éternité, non, en vérité il s'agissait d'une romance bien plus terre à terre, une rencontre de jeunesse, de celles qui ne durent pas et qui ne finissent pas dans la joie...

A l'époque, les guerres entre valduris étaient monnaie courante et la chose était particulièrement vraie entre les royaumes d'Heisenheim et de Corvidon, deux provinces attenantes, la première alsdern et la seconde vreën, situées près de l'actuelle frontière entre Valdrek et Heisenk. Au terme d'un affrontement particulièrement violent entre les deux contrées, des manœuvres diplomatiques furent tentées afin, sinon de trouver une paix durable, au moins de retarder l'émergence d'un nouveau conflit. Toutefois les rancœurs étaient puissantes et l'amertume ressentie par les deux camps était forte. Il avait été décidé qu'en gage de bonne foi, chacun des royaumes enverrait à la Cour de son rival un membre de la famille royale en tant qu'ambassadeur. Si les deux rois se plièrent à ces termes, le monarque alsdern ne manqua pas de marquer de son mépris ce compromis. Il dépêcha à Septentris, capitale de Corvidon, le cadet des fils de son frère alors que son homologue lui avait fait parvenir le second prince de sa lignée. L'insulte était à peine voilée et n'échappa pas une seconde aux vreëns, qui, scandalisés, ne manquèrent pas de répondre en traitant son émissaire en simple invité plutôt qu'en membre de la Cour à part entière.

Tolvir Sorgensson, car tel était le nom du neveu du roi alsdern, était tenu totalement à l'écart de la politique du royaume. Malgré ses protestations, qu'il invoquât ou non son statut, les convocations aux réunions de la Cour continuaient à arriver en retard, quand elle ne se perdaient tout simplement pas. Il n'était guère convié qu'à quelques banquets dénués d'importance où l'on tâchait de lui faire croire que l'on lui accordait plus d'influence qu'il n'en avait vraiment. Ses recours rejetés les uns après les autres, Tolvir se lassa bien vite des circonvolutions des vreëns et envisagea même de retourner auprès des siens, mais même cette solution lui fut refusée quand son oncle décréta que le traité devait malgré tout être respecté quitte à ce qu'il ne fasse que profiter de l'hospitalité toute relative de ses hôtes.

Ainsi Tolvir se plia-t-il aux exigences de son roi, conservant son rôle de figure de proue et tentant de tromper son ennui grandissant. C'est ainsi qu'à un autre des repas interminables auxquels les vreëns se plaisaient à le convier afin de sauver les apparences, que Tolvir rencontra Sylvia Altar. Sylvia était l'aînée d'une famille de la petite noblesse vreën qui, en dépit de ses caisses fort bien remplies, ne disposait que d'une influence et d'un rayonnement extrêmement limités. Sa présence au banquet n'était dûe qu'à ses fiançailles arrangées avec le fils du duc de Branfeld dont la famille bien plus prestigieuse avait subi récemment des déboires qui faisaient les choux gras de la noblesse depuis des semaines. Les deux jeunes gens se plurent rapidement, d'autant plus que le désintérêt de son promis à son égard n'encourageait guère Sylvia à la plus farouche des fidélités. Durant des lunes, Tolvir et Sylvia se rencontrèrent en secret. Ils s'aimèrent à l'insu de tous car personne ne leur accordait suffisamment d'importance pour surveiller leurs allées et venues. Le temps aidant, leurs rencontres se firent plus rapprochées, sacrifiant précaution et discrétion dans la fougue de la jeunesse. Tous deux en vinrent à se moquer de leurs engagements, vivant au jour le jour comme si demain n'allait jamais venir et ce qui devait arriver arriva : Sylvia tomba enceinte.

Le secret vola en éclat et le scandale fut à la hauteur de leur insouciance. Tolvir fût rappelé par sa famille, furieuse qu'un homme de sang royal tel que lui ait pu se compromettre avec une fille de basse extraction. Quand à Sylvia, ses vœux furent rompus et sa famille déjà considérée comme obscure devint, aux yeux de ses pairs, à peine fréquentable, ce que ses parents ne manquèrent pas de lui rappeler des années durant.
Ainsi naquit Minchara dans une société qui désapprouvait déjà son existence avant qu'elle n'ait même pu prendre son premier souffle.
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La sage-femme déposa l'enfant auprès de sa mère après l'avoir nettoyée et enroulée dans un lange, puis, murmurant une phrase à laquelle Sylvia ne prêta pas attention, sortit de la chambre. La jeune mère était tout aussi émerveillée qu'exténuée. La petite forme emmaillotée qui reposait près d'elle était le fruit de son amour, la chair de sa chair. Le nourrisson avait cessé de pleurer et n'émettait plus que quelques gazouillis. Sylvia se tourna légèrement pour pouvoir la contempler et effleura la peau de son visage du bout des doigts dans une tendre caresse. Comme surprise par ce contact affectueux le petit être ouvrit de grands yeux, l'un azur, l'autre émeraude, qu'elle posa sur sa mère avant d'ouvrir la bouche dans une esquisse de sourire. Sylvia réprima un hoquet de stupeur à cette vue, comprenant alors l'air contrit qu'avait arboré la sage-femme au moment de quitter la pièce. Son enfant était une fois de plus marquée du sceau de l'infamie. Sa pauvre petite Minchara était maudite et le resterait à jamais, tout cela parce qu'elle avait renié ses vœux sans le moindre remord. L'émotion la submergeant, la jeune femme ne put retenir ses sanglots auxquels vinrent bientôt s'ajouter les pleurs de sa fille.
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Déshéritée au profit de sa sœur cadette quand cette dernière épousa un baron d'une contrée voisine, Sylvia fût néanmoins recueillie par ses parents qui, s'ils désapprouvaient sa conduite, se refusaient à laisser leur aînée à sa détresse. Traitée presque comme une invitée en son propre foyer, la jeune femme éleva son enfant aussi bien qu'elle le pût, lui prodiguant tout son amour. Elle obtint de ses parents, qui, s'ils n'avaient aucune tendresse pour la petite fille qui avait ruiné leurs projets d'avenir, lui conservaient malgré tout une certaine affection, de pouvoir engager des professeurs particuliers pour l'éducation de Minchara, dont un maître en magie quand ses aptitudes en la matière se mirent à apparaître. La petite fille n'eut donc que très peu de contacts avec d'autres enfants que ceux de sa tante durant les premières années de sa vie tant sa mère cherchait à la protéger. Ses joies et ses peines n'étaient destinées qu'à Sylvia, s'effaçant derrière une sorte de respect craintif devant les autres membres de sa famille ou les étrangers. Grandissant, Minchara commença à interroger sa mère : pourquoi n'avait elle pas de père comme les autres enfants ? Pourquoi ses grand-parents lui préféraient ils ses cousins et cousines plus jeunes ? Mais Sylvia n'osait pas lui répondre, préférant arguer qu'elle comprendrait quand elle serait plus grande. Ce comportement en vint à inquiéter ses parents qui lui reprochèrent bientôt de trop couver sa petite fille. La situation s'envenima progressivement jusqu'à ce que Sylvia décide de quitter la maison familiale avec Minchara pour aller s'installer un temps dans une résidence secondaire de campagne que la famille n'utilisait plus que rarement. Elles y restèrent plusieurs lunes, seules en dehors des quelques domestiques qui entretenaient l'endroit. Ce fut une période heureuse pour elles deux, même si Minchara finit par s'ennuyer, regrettant la ville et ses cours de magie. Malgré tout, Sylvia restait intransigeante, il était hors de question de rentrer pour le moment.
L'hiver qui vint cette année là était l'un des plus rigoureux que le royaume ait traversé de mémoire de valduris.
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- Buvez, mère.
Minchara porta le breuvage fumant aux lèvres de Sylvia qui le sirota difficilement, manquant presque de s'étouffer par moments. Elle était tombée malade dès les premières neiges et restait au lit depuis, faible et fiévreuse. Sa fille faisait tout ce qu'elle pouvait pour s'occuper d'elle, désespérée de voir sa mère dans cet état. Cela faisait maintenant plusieurs jours que le gardien de la résidence s'était décidé à braver la tempête pour aller quérir de l'aide, mais il n'était toujours pas revenu. Dans ses quelques moments de lucidité, Sylvia redoutait qu'il ne lui soit arrivé malheur et que personne ne vienne jamais alors qu'elle s'éteindrait, laissant sa fille seule dans cette bâtisse perdue dans le blizzard. Son regard s'attarda sur le visage de sa fille. Minchara faisait tout son possible pour paraître forte face à cette situation qui la dépassait, mais des larmes pointaient régulièrement au coin de ses yeux révélant la peur et la détresse qui étaient les siennes. Sylvia s'efforça de lui sourire et tendit une main tremblante vers son visage, lui caressant la joue derrière une mèche de cheveux blonds comme un soleil d'été. La petite fille attrapa sa main et la serra comme si elle avait craint que l'on la lui enlève. N'y tenant plus elle fondit en larmes. Elle resta ainsi prostrée quelques minutes encore alors que sa mère sombrait une fois de plus dans un rêve agité induit par la fièvre. Un grand bruit accompagné d'un souffle d'air glacial la fit se relever d'un bond. La porte venait de s'ouvrir à la volée, laissant rentrer la neige et le froid, mais ce n'était pas l’œuvre du vent. Plusieurs silhouettes emmitouflées dans de lourds manteaux s'engouffrèrent à l'intérieur avant de rabattre le battant. Minchara s'élança vers les quatre hommes qui venaient de faire irruption dans la pièce, les suppliant de porter assistance à sa mère. L'un d'entre eux s'agenouilla et agrippa doucement ses épaules pour la calmer tandis que les autres se rendaient au chevet de Sylvia.
- Ne t'inquiète pas petite, ça va aller. Lui promit une voix qu'elle identifia comme celle du gardien.
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Sylvia fut sauvée mais ne se remit jamais vraiment de la pneumonie qu'elle avait attrapée, malgré les sommes faramineuses que dépensèrent ses parents en soins, qui allèrent même jusqu'à faire venir des médecins et mages d'autres royaumes. Elle finit par s'éteindre deux ans après le terrible hiver, alors que sa fille atteignait son dixième anniversaire. L'orpheline fut laissée à la garde de ses grand-parents qui se montrèrent plus sévères dans son éducation que sa mère ne l'avait été, sans toutefois se montrer cruels à son égard. Jugeant qu'elle faisait preuve d'une trop grande timidité, ils la mirent régulièrement en contact avec d'autres enfants afin de la stimuler. Les premières expériences de socialisation de Minchara se soldant généralement par des railleries, voire des humiliations, le jeune fille prit l'habitude de se tenir en retrait. Se faire remarquer le moins possible, observer les autres sans jamais croiser leur regard, tels furent les exercices auxquels se livraient la jeune fille en compagnie de camarades du même âge. Cela prit du temps, mais finalement elle parvint, à force d'efforts, à se lier à ceux dont l'esprit n'était pas trop obtus pour accepter sa particularité physique. C'étaient des liens fragiles, rien qui ne releva d'une franche amitié mais c'était un début et outre cela, elle avait, sans sans rendre compte, considérablement augmenté ses facultés d'attention, d'observation et de conduite en société. Ainsi son entrée dans l'adolescence, sans être particulièrement heureuse, ne fut pas malheureuse non plus.
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La porte grinça légèrement en pivotant sur ses gonds. Minchara leva les yeux de son étude où étaient étalés un livre ainsi que plusieurs feuilles de parchemin. Son regard s'arrêta sur Javier, le majordome de la demeure familiale, un vieil homme un peu guindé doté d'une calvitie naissante qui lui faisait un front immense, toujours impeccable dans ses habits de fonction. Après l'avoir saluée d'une inclinaison légère mais rigide, l'homme prit la parole :
- Veuillez m'excuser de vous arracher à votre travail, mais monsieur votre grand-père m'a envoyé vous quérir. Vous êtes attendue incessamment à l'entrée.
- Incessamment ? A l'entrée ?
Répéta la jeune fille quelque peu surprise par le caractère inhabituel de la convocation.
- Monsieur a été très clair sur ces points.
- Très bien, je m'y rend de suite. Merci, Javier.
Déclara Minchara en posant sa plume près de l'encrier après l'avoir rapidement nettoyée sur le bord d'un chiffon.
Époussetant rapidement sa tenue pour s'assurer qu'elle était présentable, Minchara s'engagea dans l'escalier qui menait au hall de la demeure, sa main courant sur la rambarde de bois verni alors qu'elle descendait calmement les marches. Tandis qu'elle approchait de l'épaisse porte de bois cerclée de fer qui menait à l'extérieur, l'adolescente entendit des voix provenir de l'autre côté de ses doubles battants. L'une d'elle était celle de son grand-père, mais l'autre, plus grave, presque rauque, lui était inconnue. Leurs paroles étaient inintelligibles, mais le ton de la discussion lui parut loin d'être amical. Prenant une inspiration pour se donner de la contenance, Minchara poussa l'un des deux battants. La conversation cessa alors que les deux hommes se tournaient vers elle. La jeune fille lança un coup d’œil à son grand-père qui l'invita à sortir d'un hochement de tête. Elle s'exécuta, refermant la porte derrière elle avant d'accorder plus d'attention à l'inconnu. L'homme était grand et de forte stature, presque un géant pour la frêle adolescente qu'elle était. Blond comme les blés, il avait un regard dur, du bleu froid de l'hiver, mais pas menaçant et une mâchoire carrée ornée d'une barbe coupée ras. Minchara reconnut en cet homme un alsdern et lui adressa une courte révérence, quelque peu impressionnée et toujours déroutée par sa présence. L'homme lui adressa un sourire qui se voulait avenant.
- Tu es Minchara, c'est ça ?
- Oui, messire.
Répondit l'intéressée d'une voix peu assurée.
Elle ne savait que penser. Cette visite ne lui avait pas été annoncée et elle ne comprenait pas quel intérêt aurait pu avoir cet homme à vouloir la rencontrer.
- Es-tu bien traitée ici ?
Minchara sentit le regard meurtrier de son grand-père derrière son épaule se poser sur l'inconnu qui ne sembla pas s'en émouvoir outre mesure.
- Oui, bien sûr, mais pourquoi cette question ?
L'homme acquiesça sans répondre, visiblement satisfait. C'est alors que le déclic se fit dans l'esprit de la jeune fille. Elle leva le regard, contemplant à nouveau cet homme avec une attention nouvelle alors qu'elle avait le sentiment que son cœur venait de rater un battement.
- Vous...Seriez vous... ?
- C'est bien ton père, oui.

La voix de son grand-père venait de tonner comme un coup de fouet. Minchara se retourna vers lui l'espace d'un instant, les yeux écarquillés, avant de faire à nouveau face au géant blond. Son père posait un regard contrarié, presque courroucé sur son grand-père, de toute évidence les deux hommes ne s'appréciaient guère. Cela ne dura pas et l'alsdern posa à nouveau ses yeux sur elle. Son sourire avait disparu dans un soupir embarrassé.
- C'est vrai Minchara. Mon nom est Tolvir et je suis ton père.
La surprise, l'incompréhension, la joie et l'amertume se disputaient l'esprit de l'adolescente.
- J'imagine que c'est un choc pour toi. Ta mère t'avait elle parlé de moi ?
Ça pour un choc, c'en était un !
- Non...
L'homme eut l'air étonné et l'ombre du chagrin passa sur ses traits mais il ne fit aucun commentaire.
- Pourquoi maintenant ? Pourquoi après tout ce temps ?
- Hé bien... Après ta naissance ma famille m'a interdit de vous approcher toi ou ta mère. Tu dois comprendre que j'étais le neveu du roi et que je ne pouvais pas faire ce que j'entendais. J'ai été envoyé longtemps au nord... Mais récemment les choses ont changé, mon cousin Alfreid est devenu roi et m'a autorisé à revenir à la Cour. Je me suis empressé de trouver un prétexte pour venir te voir. Je pensais souvent à vous tu sais... Quand j'ai appris pour ta mère, je...
- Tu n'es pas venu.

Le reproche fusa entre les lèvres de Minchara avant qu'elle n'eut le temps d'y penser.
- Je suis désolé. Si je suis venu c'était pour te rencontrer, pour m'assurer que tu allais bien. Tu es devenue une belle jeune fille. Je suis sûr que ta mère serait fière.
- Elle l'était.
Déclara son grand-père dans un vague élan de compassion.
Un silence embarrassant se fit et traîna en longueur quelques instants.
- Et maintenant ? Tu vas rester ici ?
- Je... C'est compliqué. J'ai encore beaucoup de responsabilités, je dois bientôt repartir. Mais je reviendrai te voir, aussi souvent que possible.
- Je vois.

La voix de Minchara s'était teintée de résignation et d'une certaine froideur. De quel droit cet homme qui n'avait jamais été là pour elle osait il faire irruption dans sa vie pour disparaître presque aussitôt ? La jeune fille s'inclina puis tourna le dos à l'alsdern avant de s'en retourner à l'intérieur. Elle l'entendit prononcer son nom mais ne s'arrêta pas pour autant. Ses foulées se firent plus longues et plus rapides. Elle grimpa les marches qui la séparaient de sa chambre quatre à quatre et s'y enferma, se laissant glisser contre le battant qu'elle venait de claquer rageusement. Si son chagrin était grand, sa colère l'était plus encore. Sans personne sur qui la focaliser, elle en voulait au monde entier : A ce père revenu de nulle part pour chambouler son existence, à sa mère qui ne lui avait jamais parlé de lui, à ses grand-parents qui n'en avaient rien fait non plus, aux vreëns et aux alsderns dont les règles stupides et les conflits stériles avaient réduit sa famille en lambeaux...
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Quand Minchara sortit de son mutisme, quelques heures plus tard, elle reprit le cours de son existence comme si la rencontre avec son père n'y avait rien changé. Elle s'investit plus encore dans ses études, au point de réduire ses temps libres quasiment à néant, cherchant à s'occuper l'esprit constamment. Elle ne parlait jamais du grand alsdern qui avait frappé à la porte de la demeure à ses grand-parents, ni à qui que ce soit d'autre d'ailleurs. Si ses proches s'en soucièrent, ils n'osèrent pour autant pas aborder ce sujet épineux en sa présence. Ce train de vie conduisit rapidement Minchara à accumuler frustration et amertume au point d'élargir la fracture qui existait déjà entre elle et le reste de sa famille. Alors que son mal-être grandissait, elle finit par trouver un sujet sur lequel focaliser sa frustration : la magie. Bien qu'elle excella dans la théorie de la manipulation des vents aethyriques, le passage à la pratique s'obstinait à lui faire obstacle. Contre toute attente elle ne parvenait à utiliser que certains aspects de la magie arcanique réputés ardus quand d'autres facettes de la magie, considérées comme basiques, lui restaient résolument obscures. Ses précepteurs en restaient cois, parfaitement incapables de justifier le phénomène ou de lui donner quelque explication que ce soit. Ce sujet en vint à l'obséder, la rendant même parfois désagréable envers son entourage. Finalement, en réalisant qu'elle s'engageait peu à peu dans un cercle vicieux d'émotions refoulées, Minchara décida de crever l'abcès. Il lui fallait s'éloigner de ce foyer qui l'étouffait, s'affranchir de ses échecs pour se donner une chance d'avancer. Ainsi, à peine âgée de seize printemps, se présenta-t-elle devant son grand-père pour lui demander de financer son départ vers le royaume d'Azzura. Elle s'était préparée à batailler pour défendre ses opinions et sa décision mais n'eut pas à le faire car ce dernier accepta sans discuter, sans même lui demander ses raisons. Minchara partit presque immédiatement, prenant juste le temps de rassembler ses affaires. Elle n'avait pas choisi Azzura par hasard. Sa capitale était réputée pour être le lieu de rassemblement des plus grands experts en magie du continent, sinon du monde entier. Il existait probablement là bas quelqu'un qui pourrait l'aider à outrepasser son blocage. Peut être même que cet exil volontaire lui permettrait d'en apprendre plus sur elle même et de se découvrir un but dans l'existence. En tout cas, c'était se qu'elle espérait alors en son fort intérieur sans oser se l'avouer vraiment.
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L'attente avait été interminable. La forêt semblait ne plus en finir, bien que le coche avançât à bonne allure. Les rayons de l'astre du jour descendant finirent néanmoins par percer l'épaisse frondaison des arbres, trahissant la proximité de la lisière. Minchara se pencha de manière à observer au travers de l'étroite ouverture qui laissait sourdre une chiche luminosité dans l'habitacle. Les arbres s'écartèrent enfin du chemin laissant apparaître l'enceinte de la cité, mais ce furent les statues jumelles qui encadraient la porte principale qui attirèrent le regard de la jeune fille. Représentant chacune un majestueux arkvald cuirassé, elles ressemblaient plus à deux divinités gardiennes endormie qu'à de simples œuvres taillées dans la pierre. Leur présence était à la fois écrasante et captivante, aussi intimidante qu'elle était inspirante.
Le véhicule ralentit pour s'engager sur le pont-levis, privant bientôt Minchara de la vue des deux monuments. Loin de s'en trouver gênée, cette dernière orienta son regard de façon à apercevoir ce qui les attendait derrière la porte. On pouvait déjà apercevoir les flèches de la citadelle, s'élancer gracieusement vers les cieux par delà les toits de la basse ville. La vue était tout bonnement époustouflante. Minchara se sentit empreinte d'une euphorie qui ne lui était pas coutumière. Elle en était certaine à présent, cela n'avait pas été une erreur de venir.

Une fois que les gardes eurent autorisé le coche à pénétrer dans l'enceinte, son conducteur le mena jusqu'à la cour d'une auberge où ses passagers purent enfin poser le pied à terre. Épuisée par le périple, Minchara dut se résoudre à prendre une chambre dans l'établissement pour se reposer. La recherche d'un endroit plus permanent où résider pourrait bien attendre le lendemain, d'autant qu'elle avait une faim de tous les diables.

Trouver une habitation fut en définitive bien moins ardu qu'elle ne l'avait cru. Azzura était une ville cosmopolite et il n'était pas rare que des étrangers viennent s'y installer un temps. Minchara prit néanmoins son temps pour s'installer, consacrant les deux premières semaines à visiter la ville et à s'imprégner de son rythme et de son ambiance. Azzura était une cité où il paraissait faire bon vivre. Il y avait un petit quelque chose dans l'air que Minchara ne parvenait pas à identifier qui rendait les couleurs plus vives et les gens plus affables. La jeune fille se sentait plus sereine qu'elle ne l'avait été depuis des années. L'idée lui vint en tête que tout cela n'était peut être finalement dut qu'au sentiment de nouveauté, mais elle balaya bien vite cette hypothèse par trop empreinte de cynisme. Finalement la raison de son bien être lui apparut aussi lumineuse qu'un soleil d'été : depuis qu'elle était descendue du coche, personne n'avait prêté attention à la couleur de ses yeux. C'était tout bonnement l'absence de discrimination qui lui avait permis de baisser ne serait ce qu'un peu sa garde. Et par Alvar, ce que cela pouvait être reposant !

Après ces quelques jours de détente, les premiers que Minchara s'était vraiment autorisé depuis plus d'une année, elle se mit en recherche d'un mentor, comme cela avait été son objectif depuis le départ. Et elle finit par en trouver un en la personne de Laïla Elkhazir.

- Pour la troisième fois, jeune fille, je ne prends plus d'apprentis depuis des années ! Déclara la sharda du nord d'une voix calme que l'agacement commençait pourtant à émailler au petit bout de vreën obstiné qui ne voulait pas en démordre.
- Et lui alors ? Répliqua l'effrontée en désignant Garviel d'un mouvement de tête. Laïla laissa échapper un soupir amusé.
- Le jeune Anvald ici présent est mon assistant, pas mon élève.
Minchara contint une grimace de dépit, son dernier mouvement n'avait pas été très inspiré.
- Vous ne comprenez pas. Vous êtes la seule qui puisse m'aider ! On dit que vous êtes la plus grande experte en magie arcanique de la cité.
- Tu m'en voies flattée, mais ma réponse est toujours non. Va voir quelqu'un d'autre, les mages talentueux ne sont pas ce qui manque par ici.
- J'ai déjà essayé, mais les gardes du palais refusent de me laisser voir l'archimage...

Laïla écarquilla de grands yeux, restant interdite un instant devant le culot de la jeune fille. Minchara sourit intérieurement, son petit bluff avait fonctionné à la perfection, il n'était pas question de laisser son interlocutrice se détourner d'elle avant d'avoir obtenu satisfaction.
- Je vous en prie ! Laissez moi faire mes preuves, vous ne le regretterez pas !
- Il suffit, jeune fille, ma décision n'est pas sujette à discussion !
Trancha la mage avant d'écarter sans ménagement Minchara de son passage pour accéder à la porte de son étude.

Moins de quarante-huit heures plus tard, elle cédait devant la détermination de celle qui allait devenir son ultime disciple. Âgée d'une cinquantaine d'années, Laïla Elkhazir était respectée de ses pairs pour sa maîtrise de la magie sous ses formes arcanique et astrale. Ses yeux légèrement en amande aux pupilles aussi sombres que sa chevelure alliés au hâle de sa peau avaient fait tourner bien des têtes par le passé, mais ses traits commençaient à arborer les stigmates de l'âge et sa taille n'était plus aussi fine qu'elle l'avait été. C'était une femme au caractère trempé et digne, mais d'une profonde bienveillance. Prenant Minchara sous son aile, elle fut surprise par l'érudition de la jeune fille, mais même elle ne pouvait rien faire pour l'aider à diversifier son usage de la magie. Toutefois elle avait bien mieux à lui proposer...

- Pourquoi te focalises_tu sur ce que tu échoues à réaliser quand tu détiens un potentiel que beaucoup ne maîtriseront jamais ? Tu n'arrive à contrôler que la magie arcanique, alors fais-en ta force au lieu d'y voir une faiblesse ! Crois-tu que je me lamente de ne pas savoir lire les augures comme un mage céleste, de ne pas pouvoir créer des flammes selon ma volonté comme un mage ardent ? Alors pourquoi le fais-tu ?
Minchara releva la tête. Dépitée par son énième échec à user du plus élémentaire des sorts de guérison, elle s'était assise dans un coin en soupirant jusqu'à ce que la voix de son mentor ne la tire de son apitoiement. Elle regarda un instant la sharda du nord comme si elle venait de la gifler. C'était pourtant évident ! Elle se sentait si idiote. Comment avait elle pu passer à côté de cette simple vérité toutes ces années durant ? Était il seulement possible que jamais personne d'autre ne lui ait fait prendre conscience de cela plus tôt ? Ses précepteurs en Corvidon, avait ils donc été si formatés par leur propre apprentissage qu'aucun d'entre eux n'avait réalisé qu'aider une jeune fille à s'assumer passait avant l'enseignement que l'on était sensé lui prodiguer ? La jeune fille se leva d'un bond et se jeta dans les bras de son mentor, qui bien que surprise accepta l'étreinte de bonne grâce.

À partir de ce jour, les choses sérieuses purent commencer pour Minchara. Se concentrant sur les quelques aptitudes qu'elle possédait déjà, elle se mit en tête de les affiner, de rendre son contrôle toujours plus poussé, plus subtil. Il s'agissait là de développer une véritable maîtrise, de surpasser constamment les limites qu'elle s'était fixé. C'était un labeur de tous les instants, une tâche laborieuse et parfois décourageante, mais Minchara avait la rage au ventre. Elle avait enfin un but défini, un idéal à atteindre, même si ce n'était que temporaire. Durant trois longues années elle s'appliqua à entraîner ses capacités magiques, tantôt sous la férule de Laïla, tantôt par ses propres moyens. Au cours de cette période elle se lia d'amitié avec Garviel Anvald, l'assistant de son mentor et se familiarisa de plus en plus avec son nouvel environnement. Elle en vint à considérer Azzura comme son foyer, se prenant d'affection pour sa culture et les gens qui y vivaient. Sa vie n'avait que rarement été aussi heureuse. Finalement elle parvint à égaler son modèle dans de nombreux domaines voire à la surpasser dans certains d'entre eux. Bien sûr elle restait une mage bien moins accomplie et il lui manquait encore une bonne dose d'expérience mais dans l'ensemble Laïla n'avait plus grand chose à lui enseigner. La fin de cette période dorée approchait inéluctablement et Minchara ne savait toujours pas comment envisager son avenir. Elle ne désirait plus quitter Azzura, mais sa place était elle vraiment là ? Cette question la hantait régulièrement et trouva sa réponse d'une façon tout à fait inattendue...
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Minchara s'étira en étouffant un bâillement. La lumière avait rapidement baissé et elle n'avait pas vu le temps passer. Il ne lui restait guère plus comme éclairage que la bougie déjà largement entamée qui finissait de se consumer au coin du bureau. Elle assistait de temps à autre Laïla sur ses travaux quand Garviel était retenu ailleurs comme c'était le cas ce soir là. L'accord n'avait rien d'officiel et s'était fait plus ou moins tout seul et si la sharda du nord ne lui avait jamais proposé de vive voix de devenir son assistante, cela ne tarderait plus. Toutefois Minchara, aussi honorée serait elle par une telle proposition, ne savait trop si elle devrait l'accepter une fois mise en face du fait accompli. Le travail à l'étude était intéressant, très intéressant même, mais peu stimulant. La jeune femme aspirait à plus sans trop savoir ce qu'était ce plus. Elle en avait discuté parfois avec Garviel qui avait semblé comprendre ce qu'elle voulait dire par là, sans cependant parvenir à l'aider.
Elle avait donc passé la fin de l'après midi ainsi visiblement qu'une partie non négligeable de la soirée à copier une série de missives que Laïla destinait à quelques éminences grises disséminées sur tout le continent, voire au delà. Son mentor avait déjà quitté le bâtiment, l'enjoignant à ne pas rester trop longtemps, probablement plusieurs heures auparavant. Minchara termina d'encrer une phrase qu'elle avait laissée en suspend pour reposer ses épaules fatiguées sur le vélin, puis revenant à la raison, décida que cela suffisait pour la journée. Elle rangea rapidement son matériel avant de souffler la chandelle agonisante. Elle s'apprêtait à partir quand la porte s'ouvrit à la volée, la manquant de quelques pouces. La jeune femme recula d'un bond, surprise pour se retrouver nez à nez avec un Garviel tout aussi surpris.

- Qu'est ce que tu fais là à une heure si tardive ? Demanda le jeune homme.
Garviel était plus vieux qu'elle de deux ans. D'origine vreën, tout comme elle, il avait néanmoins connu Azzura dès son plus jeune âge car ses parents s'y étaient installés alors qu'il tenait à peine sur ses jambes. Il n'avait jamais fait la moindre remarque à Minchara à propos de ses yeux vairons et, quand elle lui avait posé la question, il avait haussé les épaules, lui répondant que côtoyer tant de cultures différentes aidait à relativiser les vieilles croyances que ses parents lui avaient enseignées. Mais ce soir là il n'arborait pas son air nonchalant habituel. Une ombre affectait son regard et ses courts cheveux bruns collaient à son front en nage.
- Et toi alors ? Tu aurais pu m'assommer !
- Désolé.
Répliqua-t-il sobrement, éludant la question de Minchara pour se diriger vers l'une des fenêtres de l'étude dont il ferma les volets après avoir jeté un regard inquiet dans la rue. La jeune femme le regarda répéter son manège sur chacune des issues de la pièce, une angoisse naissante se lovant dans ses entrailles.
- Que se passe-t-il, Garviel ?
L'assistant la considéra un instant sans répondre, la jaugeant du regard.
- C'est compliqué.
- Tu as des problèmes ?
- C'est compliqué, te dis-je.
- Nous sommes amis, non ?
- Écoute, tout cela me dépasse. Tu dois partir d'ici.
- Mais...
- C'est dangereux, Minchara !

La jeune femme déglutit difficilement. Elle ne l'avait jamais vu dans un tel état de nerfs. C'était du sérieux, quelque chose de très grave était en train de se produire et Garviel était impliqué. Elle fit un pas en arrière. La prudence lui intimait de suivre son conseil. Mieux valait qu'elle rentre chez elle, faisant comme si rien ne s'était passé. Mais Garviel était son ami, avait elle vraiment le cœur à le laisser là sans même savoir quel danger il courrait ? Elle s'arrêta sur le pas de la porte, la main posée sur le verrou qui condamnait son ouverture.
- Tu pourrais venir te cacher chez moi. Proposa-t-elle d'un ton hésitant.
Garviel secoua la tête.
- J'apprécie que tu veuilles m'aider mais tu dois vraiment partir d'accord ?
- Non ! Je vais pas te laisser là, tout seul, sous prétexte que ce serait dangereux pour moi. Comment crois tu que je me sentirais s'il t'arrivait quelque chose après ça ?

L'assistant de Laïla resta muet un moment, un sourire reconnaissant passa sur ses traits l'espace d'une seconde.
- Bon d'accord, tu veux vraiment m'aider ?
Minchara acquiesça silencieusement. Garviel tira alors un rouleau scellé de sous sa tunique. Le sang de Minchara ne fit qu'un tour : l'héraldique du sceau était celui de la reine Onyria elle-même.
- Prend ce rouleau et cache le dans un endroit sûr.
La jeune femme opina du chef, avançant sa main pour saisir le parchemin, mais Garviel eut un léger mouvement de recul.
- Je reviendrai le chercher. Tu ne dois le remettre à personne d'autre que moi, c'est compris ? Et il doit rester intact ! Si je ne reparais pas d'ici la prochaine lune, tu devras te rendre au palais et le remettre à l'archimage Numengar en main propre.
- L'archimage ? Mais...
- Minchara, j'ai besoin de pouvoir compter sur toi sur ce coup ! C'est tout Azzura qui est concerné. Si tu veux vraiment me venir en aide, tu dois me promettre de faire exactement ce que je t'ai dit.
- D'accord, d'accord.
- Jure le !
- Je le jure.

Un soupir de soulagement quitta les lèvres de Garviel qui lui adressa un furtif sourire avant de lui tendre le rouleau.
- Merci et désolé de t'impliquer dans tout cela. Maintenant vas y et hâte toi.
S'emparant du parchemin, Minchara tourna les talons et s'élança dans la rue désormais baignée de cette couleur bleue électrique que seules les dernières lueurs du crépuscule peuvent rendre. Un rapide examen lui apprit que l'allée, déjà fort peu passante en journée, était déserte, ce qui n'était pas une mauvaise chose. Prenant la direction de sa résidence, Minchara se força à prendre quelques longues et lentes inspirations afin de se tranquilliser. Parcourir les rues de la ville en courant n'aurait eu d'autre effet que de la faire remarquer et elle n'avait aucune envie qu'on la remarque en cet instant précis. Elle ne put en revanche empêcher son cœur de battre la chamade, oppressée qu'elle était par le sentiment de danger qui accompagnait la possession de la mystérieuse missive. Peu avant d'arriver chez elle, la jeune femme fit un crochet par une vieille bâtisse du quartier. L'endroit était désert depuis des semaines, après qu'une tragédie ait frappé la famille qui y avait vécu. Après s'être assurée que personne ne l’observât, Minchara usa de sa magie pour faire léviter le parchemin scellé jusqu'à un étroit espace à la jonction du toit et de la façade de la maison. Une fois qu'il fut dissimulé, invisible pour quiconque ne sachant pas qu'il se trouvait là, elle reprit son chemin plus sereinement. Il n'y avait désormais plus qu'à attendre que Garviel la recontacte, en espérant qu'il le fasse. La jeune femme tenta de faire taire son inquiétude en se persuadant qu'il n'y avait aucune raison que le contraire arrive, mais n'y parvint pas réellement.

En entrant dans la petite, étroite, mais néanmoins relativement douillette maison où elle avait trouvé à se loger, la jeune femme se sentit prise d'une soudaine lassitude. Cette fatigue subite étant probablement le contrecoup de la nervosité que lui avait inspiré l'incident, elle jugea qu'un sommeil réparateur était probablement tout ce qui lui fallait à cet instant. Ignorant le rez-de-chaussée où se tenaient la cuisine et la principale pièce à vivre, Minchara emprunta directement l'escalier qui menait vers l'unique chambre de l'habitation. Elle n'avait pas grimpé la moitié des marches quand un craquement de vieux bois attira son attention. Sa fatigue instantanément oubliée, la jeune femme, tous ses sens en alerte, fit volte face scrutant les ténèbres dans lesquelles étaient plongé son salon. Redescendant prudemment et le plus silencieusement possible les marches, Minchara se rapprocha de l'origine du bruit en priant qu'il n'ait été qu'une mauvaise farce que son imagination lui jouait. Elle y était presque quand ses yeux, désormais accommodés à l'obscurité ambiante, surprirent un mouvement aux limites de sa perception. Ce n'est que grâce à un pur réflexe instinctif dicté par son esprit sous adrénaline que Minchara esquiva le coup de gourdin qui lui était destiné. Sa téléportation l'avait emmenée de l'autre côté de la table à manger, laissant son agresseur le bec dans l'eau. Ne prenant pas le temps de détailler du regard la silhouette sombre qui l'avait attaquée, la jeune vreën projeta le meuble dans sa direction d'une impulsion de son esprit accompagnée d'un ample mouvement du bras. La table qui devait peser un bon faix renversa l'individu dans un fracas qui parut assourdissant dans la pièce silencieuse. Il ne se passa même pas une seconde avant que des pas précipités se fassent entendre à l'étage tandis que la porte d'entrée et l'unique fenêtre du salon soient enfoncées simultanément. Pétrifiée l'espace d'un instant, Minchara réalisa que la maison était littéralement prise d'assaut. Poussée aux tripes par la peur qui s'emparait d'elle, la jeune femme s'élança vers la fenêtre par laquelle un homme venait de prendre pied. Ce dernier se prépara à la recevoir mais elle l'ignora purement et simplement. Visualisant un point de la rue derrière lui, elle s'y téléporta. Sachant ses poursuivants sur ses talons, elle leva les yeux vers les toits attenants. En choisissant un, elle usa à nouveau de sa magie pour s'y propulser instantanément avant de s'élancer pour tenter de les semer. Elle n'avait pas fait deux pas quand un puissant impact la frappa entre les omoplates, la faisant s'étaler de tout son long et manquant de peu de la faire chuter vers la rue en contrebas. Se relevant difficilement, des acouphènes dans les oreilles et le goût du sang dans la bouche, Minchara eut à peine le temps d'apercevoir l'archer qui armait une seconde flèche lestée dans sa direction avant que le projectile, conçu pour assommer et non tuer, ne la touche de plein fouet, la projetant irrémédiablement dans l'inconscience.

Quand Minchara se réveilla, l'esprit embrumé et le corps meurtri, elle était assise sur une chaise, les membres liés au dossier et aux pieds de cette dernière, au milieu d'une petite pièce aux murs de pierre dénués d'ouvertures, à l'exception d'une épaisse porte de bois ferré située derrière elle. Dans chacun des coins de la pièce se tenait un homme en armes, le visage dissimulé derrière un foulard. Apparemment ses ravisseurs avaient retenu la leçon et ne semblaient pas décidés à la laisser utiliser à nouveau sa téléportation. Dans une pièce close sans vue sur l'extérieur, surveillée sous tous les angles, sa magie de déplacement instantané ne lui serait d'aucune utilité. La porte grinça dans son dos, seule indication de l'entrée d'un autre individu dans la pièce. Le nouvel arrivant n'avait pas pris la peine de dissimuler ses traits. C'était un valduris d'âge moyen, probablement un vreën lui aussi. Il vint se placer face à elle.

- La missive que vous a transmise votre ami, où est-elle ?
Sa voix était calme et posée mais marquée du timbre de l'autorité. Elle glaça le sang de Minchara. Cette homme avait l'habitude de se faire obéir sans discuter, cela se sentait dans son regard, dans son attitude. Dire non à un individu de ce genre n'allait pas sans conséquences.
- Je ne vois pas de quoi vous parlez. Mentit elle d'une voix qu'elle ne réussit pas à empêcher de chevroter.
- Ne faites pas l'imbécile. J'aurai cette information tôt ou tard, il ne tient qu'à vous de déterminer de quelle manière.
Comment avaient ils pu savoir ? Bon sang, ils l'avaient même devancé chez elle ! Qui étaient ces gens et pourquoi voulaient ils cette lettre ? Les questions se bousculaient à l'intérieur du cerveau enfiévré de Minchara. La panique, le sentiment d'impuissance et le désespoir la tiraillaient. Garviel lui aussi était il enfermé dans une cellule pareille à celle ci, subissant les mêmes tortures que celles qu'on lui réservait ?
- Je ne l'ai plus. Plaida plaintivement la jeune femme.
- Cela nous le savons et elle ne se trouvait pas non plus chez vous, alors je vous le demande encore une fois où est elle ?
Minchara ne répondit pas. Ses yeux s'embuèrent de larmes. L'homme soupira devant son mutisme.
- Pourquoi vous obstiner ainsi ? Vous n'avez pas à subir cela. Vous n'êtes même pas azzuréenne. Tout cela ne vous concerne pas. Dites-moi juste ce que je veux savoir et je vous fais le serment que l'on vous laissera rentrer chez vous saine et sauve.
Minchara avait désespérément envie de croire les paroles rassurantes de cet homme, de s'accrocher à l'espoir d'encore pouvoir se sortir de cette histoire en vie, mais une petite voix en son fort intérieur lui hurlait de ne pas lui faire confiance. Garviel lui avait assuré qu'il en allait de la sécurité de son royaume d'accueil, qu'en dehors de lui ou de l'archimage personne ne devait mettre la main sur ce document. Allait elle donc se fier à la parole d'un homme qui usait de menaces pour parvenir à ses fins, plutôt que celle de son ami ? Était elle faible à ce point ?
- L'archimage Numengar... Je l'ai transmise à l'archimage.
Cette fois, l'homme laissait clairement transparaître son agacement. Une main gantée de cuir se leva pour frapper mais s'immobilisa juste avant de le faire.
- Si vous voulez me mentir, ayez au moins l'effort de paraître crédible. La tança-t-il d'une voix froide.
- Très bien. Si vous ne voulez pas parler, alors nous vous y forcerons. Allez me chercher mes outils !
L'un des gardes obtempéra sans se faire prier. Minchara ne retenait plus ses larmes à présent. L'anticipation était abominable et sa volonté manqua de faillir plus d'une fois dans les lourdes minutes de silence qui s'en suivirent. Puis le garde revient, portant une trousse qu'il remit à son bourreau avant de retourner à son poste. L'homme commença calmement, lentement à dérouler la bourse de cuir sur laquelle étaient fichés des instruments de métal de tailles et de formes différentes dont l'usage, bien que difficile à définir précisément, n'était que trop clair.
- Pitié... Gémit la jeune femme que la terreur prenait au corps au point de rendre sa respiration malaisée. L'homme leva le regard de ses outils pour le poser sur Minchara.
- Vous me demandez de faire preuve de clémence, mais refusez de me donner l'information que je recherche. Faîtes preuve d'un peu de constance, je vous prie. Vous n'êtes pas stupide au point de croire que vous pourrez avoir l'un sans l'autre, si ?
L'homme tira presque avec délectation une tige de métal à la forme barbare de son étui.
- Je ne comprend vraiment pas l'entêtement dont vous faîtes preuve. Vous vous exposez à tant de tourments pour le sort d'un royaume qui n'est même pas le vôtre, à moins que ce ne soit pour votre ami, peut-être ? Si c'est le cas, laissez-moi vous dire que ce n'est pas ainsi que vous l'épargnerez. Nous l'avons capturé lui aussi et si vous ne me révélez pas ou se trouve la missive je serai forcé de croire qu'il m'a menti et devrai donc lui rendre une autre petite visite. Un homme remarquable, cela dit, il a tenu des heures avant d'avouer que c'est vous qui étiez en possession de la lettre. Je me demande si vous tiendrez aussi longtemps que lui...
Minchara laissa échapper un sanglot pitoyable.
- Je vous laisse une ultime chance de parler, de vreën à vreën. Je suis moi aussi de Corvidon, vous savez ? Vous n'avez pas à vous sacrifier pour les azzuréens, ils ne sont pas votre peuple. Seriez vous donc prête à donner votre vie pour ce royaume, au lieu de simplement venir en aide à un compatriote ?
Le silence se fit, à peine troublé par la respiration saccadée de la jeune femme. L'esprit embrumé par la panique, elle n'arrivait même pas à lui répondre. Ses yeux s'étaient changés en fontaines, ses poumons arrivaient à peine à avaler suffisamment d'air pour lui permettre de rester consciente, son cœur battait si fort qu'il lui emplissait les oreilles de sa cacophonie et le sang lui battait les tempes si fort qu'elle avait l'impression que sa tête allait exploser. C'est alors qu'un sentiment se fraya un chemin parmi tous ceux qui menaçaient de la submerger. Pas un sentiment de peur, mais de rage. Ravalant ses larmes et bien qu'elle savait se condamner, Minchara plongea un ultime regard de défi dans les yeux de son bourreau.
- Je ne vous dirai rien. Jamais.

- Je crois que cela suffit Karl !
La voix de Garviel frappa Minchara comme le tonnerre.
- Je crois aussi. Répondit son bourreau en se redressant.
Minchara tourna la tête de droite à gauche, comme tirée en sursaut d'un cauchemar. Elle n'était plus attachée, ni même dans une obscure cellule. Les gardes anonymes eux aussi avaient disparu. La jeune femme était assise au milieu de son salon parfaitement en ordre. De sa fuite et de l'effraction plus la moindre trace.
- Tout va bien, Minchara. Tu es en sécurité. Rien de ce que tu as pu voir depuis que tu es rentrée n'était vrai, ce n'était qu'une suggestion mentale.
Minchara dévisagea Garviel comme si elle le voyait pour la première fois. Comprenant finalement que l'horreur qu'elle venait de traverser n'avait été rien de plus qu'une sorte de farce macabre, elle voulu se relever avec en tête l'idée de lui asséner son poing dans la figure mais la tête lui tourna et ses jambes se dérobèrent sous elle. Son ami parvint à la rattraper avant qu'elle ne s'affale, sans qu'elle sache s'il avait eu le temps de saisir son intention.
- Doucement, ne force pas trop.
- Désolé pour cela, mes illusions ont tendance à produire ce genre d'effet quand elle sont aussi intenses.
Intervint le dénommé Karl en aidant à la replacer sur la chaise.
- Un mage psychique ? Parvint à articuler Minchara dans un élan de lucidité.
- Exact. Je m'excuse encore pour ce traitement de choc, mais nous devions savoir.
- Savoir quoi ?
- Si en de telles circonstances tu serais restée loyale à Azzura et sa couronne. Karl et moi sommes au service de la reine Onyria. Tu es une mage talentueuse, tu es intelligente et j'ai vu comment tu te comportes en société, toujours à observer avant d'agir. Cela fait un moment que je suis d'avis que tu ferais une recrue de choix pour l'ordre, mais pour s'en assurer il fallait que tu passes ce test...
- Ce que vous avez fait haut la main, je dois dire.
- Désolé d'avoir dû te mentir.

Minchara n'en croyait pas ses oreilles.
- Quoi ? Vous avez ça pour savoir si vous pouviez me faire...confiance ?!? Est ce que tu sais seulement ce que j'ai pu ressentir quand... Bon sang, je croyais que tu étais mon ami, Garviel ! S'écria la jeune femme d'un ton plein de reproches.
- Écoute, Minchara. Tu as parfaitement le droit de m'en vouloir, mais réfléchis une minute. N'est ce pas toi qui cherchais ta voie ici, à Azzura ? Tu me disais que tu considérais cette ville comme ton foyer, que tu voulais faire ta vie ici, sans pour autant savoir comment t'y prendre. C'est exactement l'opportunité que nous t'offrons ! Rejoins l'ordre.
- Sors de chez moi. Sortez tous les deux !
- Minchara...
- Va-t-en !

Karl posa sa main sur l'épaule de Garviel en secouant la tête, le décourageant d'insister. Visiblement affligé, l'assistant de Laïla bafouilla une dernière excuse avant de tourner les talons pour sortir de la maison. Avant de le suivre, Karl fouilla une de ses poches et en tira une petite pièce de tissu sur laquelle avait été imprimée la forme noircie d'un médaillon sur lequel était représenté une tête d'aigle.
- Si vous changez d'avis, apportez cela au palais. Demandez le capitaine Taddeus et montrez lui ça. Il comprendra. Sinon...nous apprécierions que vous brûliez ce tissu.
- Qu'est ce qu'il y avait dessus ?
- Pardon ?
- Le parchemin que Garviel m'avais demandé de cacher, que contenait il ?
- Je crains qu'il n'ait toujours été vierge...

Un sourire cynique passa sur les lèvres de Minchara. Elle avait vraiment été abusée depuis le début. Voyant qu'elle ne semblait plus désireuse de lui adresser la parole, Karl prit congé après quelques secondes d'un silence gênant.

Moins de quarante-huit heures plus tard, ayant noté avec une certaine ironie à quelle point sa décision ressemblait à celle qu'avait prise son mentor trois ans auparavant, Minchara se rendit à la citadelle.

La vie qu'elle embrassa alors ne fut pas aussi trépidante qu'avait pu lui promettre ce test. Point d'infiltration ou de filature à hauts risques, il lui restait bien trop à apprendre. Si sa maîtrise de la magie était exemplaire, la jeune femme avait de trop sérieuses lacunes en terme d'autodéfense pour qu'on lui confiât des tâches par trop périlleuses. Il s'agissait plus d'assister à quelques fêtes ou réunions où ses capacités d'observation et d'écoute lui permettaient de recueillir foule de petites informations, tantôt révélatrices, tantôt anodines, mais jamais sans valeur. Toutefois jouer les courtisanes de haut vol ne suffisait pas à Minchara qui insista rapidement pour être formée à des travaux plus ambitieux. On la confia à un maître d'armes du nom de Brinyolf, un homme rude, éprouvé par la vie, aussi froid que l'acier qu'il maniait. Ce n'était pas un mage et pourtant il lui était possible de disparaître quand il ne souhaitait pas être vu. Silencieux comme un serpent et plus mortel qu'un barghest, telle était sa réputation. Sous sa férule, Minchara fut bien vite confrontée à ses limites et ne les dépassa que dans la douleur. Son inventivité fut son salut, car elle comprit bien vite que lier sa magie aux leçons que lui assénait l'alsdern était le seul moyen d'accomplir ce qu'il attendait d'elle. Grâce au contrôle des objets inanimés, elle apprit à donner des trajectoires improbables à ses lancers de dague ; grâce à sa téléportation, elle apprit à briser la garde d'adversaires plus puissants et talentueux qu'elle. L'élève ne dépassa jamais le maître, mais l'on jugea ses performances suffisantes pour lui confier des tâches plus délicates. La plupart furent des succès retentissants, mais toutes n'allaient pas sans casse. Toutefois, Minchara n'eut que rarement à faire couler le sang.
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Minchara tendit vivement le bras, puisant dans les vents magiques. L'arc rua dans les mains de son utilisateur qui manqua sa cible d'un demi pied. Une lame s'abattit sur la jeune femme, ne tranchant que l'air quand elle disparut pour se matérialiser une toise plus loin. Une puissante rafale de vent magique la cueillit presque instantanément, la faisant décoller du sol pour retomber lourdement. L'impact vida l'air de ses poumons, lui coupant le souffle et la laissant hébétée durant un moment qui lui parut s'éterniser. Elle roula sur le côté juste à temps pour voir le bretteur fondre sur elle. Se relevant d'un bond, elle agrippa le manche d'une dague à sa ceinture et la projeta d'un mouvement fluide vers son agresseur. L'acier teinta quand ce dernier intercepta le projectile de son épée, l'envoyant tournoyer derrière lui. Minchara serra le poing et la lame interrompit sa chute pour se ruer à nouveau vers sa cible. La lame s'enfonça dans le dos de l'épéiste au moment où une flèche rasa le flanc de Minchara, ouvrant un douloureux sillon dans sa chair. Titubant légèrement sous le coup du choc et de la douleur, la jeune femme n'esquiva que de peu le corps de sa victime qui, emporté par son élan, s'effondra à ses pieds. Elle se téléporta à nouveau quand une autre lame de vent frappa sa position. Reparaissant directement dans la garde de l'archer qui venait de la blesser, elle se jeta sur lui, lui assénant un coup d'épaule dans les côtes. Déstabilisé par cette soudaine charge, l'homme lâcha son arc mais parvint à conserver son équilibre. Il porta la main vers sa dague mais Minchara fut plus rapide que lui. Faisant glisser l'arme de son adversaire hors de son fourreau, elle lui en porta trois coup rapides dans le flanc. L'archer grogna de douleur mais trouva la force d'abattre son poing fermé sur le haut du crâne de la vreën l'envoyant rouler à nouveau au sol avant de tomber à genou en serrant sa blessure. La jeune femme se releva difficilement. L'archer était finalement hors d'état de nuire, mais le dernier de ses agresseurs se rapprochait. Il avait abandonné sa magie élémentaire au profit de la hache d'arme qui était jusque là restée rangée dans son dos. Elle était trop proche de son allié blessé, voilà pourquoi il se refusait à la frapper de ses pouvoirs, réalisa-t-elle soudain. Elle bondit maladroitement en arrière, évitant d'un cheveu un moulinet qui l'aurait sinon éventrée. L'homme leva son arme à deux mains au dessus de sa tête alors qu'elle retrouvait son équilibre. D'une brutale impulsion Minchara tenta de lui arracher sa hache à l'aide de la magie. La prise du mage ne flancha pas, mais cette résistance inattendue désarma son coup, l'obligeant à reculer d'un pas pour ne pas être entraîné par le mouvement de rejet de son arme. La jeune femme bondit en avant serrant fermement la dague de l'archer dans son poing droit, mais son adversaire lui expédia un violent coup de botte dans le bas ventre qui la plia en deux dans un gémissement de douleur. Un revers du manche de sa hache acheva de l'envoyer à nouveau au sol. Un filet de sang à la commissure des lèvres, Minchara se hissa sur un genou alors que son ennemi la dominait de toute sa hauteur. Poussée par l'énergie du désespoir elle puisa à nouveau dans les vents magiques. Un rocher d'une quinzaine de livres s'arracha à la gravité et frappa le mage à la tempe dans un craquement écœurant. L'homme tomba à la renverse tandis que sa hache s'écrasait au sol. Ne prenant pas le moindre risque, Minchara se laissa choir sur le torse de son adversaire avant de le larder de coups de dague.
Exténuée, la jeune femme s'écarta du cadavre, se laissant rouler au sol, yeux vers le ciel. Elle resta allongée un long moment, reprenant peu à peu son souffle alors que des nuages menaçant s’amoncelaient au dessus de sa tête. Du sang séché maculait une partie de son visage et quelques mèches blondes collaient à sa peau, poisseuses du même liquide. Un des coups qu'elle avait reçu à la tête avait du lui ouvrir le cuir chevelu. Elle ne s'en était même pas rendue compte sur le moment. Sa plaie au flanc droit continuait de la lancer mais ne semblait heureusement pas très profonde. Quant au reste de son corps, il était couvert de contusions et autres égratignures. Minchara ne se souvenait pas avoir jamais été dans un état si pitoyable. Elle se releva néanmoins, grimaçant sous l'effort, puis se traîna d'un pas lent jusqu'à la dépouille de sa monture. La pauvre bête avait été abattue par ses poursuivants quand ceux ci l'avaient rattrapée à l'orée du bois. Fouillant dans les fontes, Minchara en retira une carte enroulée, recouverte d'annotations et d'observations tactiques. Il lui fallait à présent la rapporter en Azzura. Ces hommes avaient été prêts à la tuer pour la récupérer, elle devait se hâter avant que leur maître n'en envoie d'autres sur ses traces. Clopinant jusqu'au cheval d'un de ses poursuivants, elle se hissa laborieusement en selle. Alors qu'elle talonnait l'animal, son regard croisa celui, enfiévré, de l'archer agonisant. Elle n'avait eu ni la force ni le cœur à l'achever. Son sort n'était plus entre ses mains, désormais Alvar en serait seul juge.
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Durant cinq années, Minchara servit l'ordre de l'Aigle d'argent et la couronne d'Azzura. Sa fidélité et son engagement n'étaient plus à prouver quand bien même la jeune femme manquait encore de confiance en soi. Elle trouvait néanmoins un équilibre dans cette vie et de la fierté dans les idéaux de l'ordre. Malheureusement cela n'était pas destiné à durer car, à l'insu de Minchara et de la plupart de ses compatriotes, un sombre avenir se penchait sur le royaume...

Ce jour là, Minchara se trouvait dans la capitale. L'astre du jour baignait la ville de sa lumière et de sa douce chaleur. Aussi, quand l'ombre tomba soudainement sur la cité, ses habitants contemplèrent-ils le ciel à la recherche de la cause de ce curieux phénomène. Minchara faisait partie de ceux là et c'est ainsi qu'elle la vit. La silhouette obscure qui surplombait la ville de sa taille impossible remplit son champ de vision. Le temps sembla se figer devant cette vision infernale alors qu'un silence pesant s'installait sur la place. Les animaux eux mêmes avaient cessé d'émettre le moindre son. Minchara sentit naître en son sein une émotion qu'elle ne connaissait pas. Une terreur si étouffante, si primale, qu'il lui fût tout d'abord impossible de bouger ou même de réfléchir. C'est alors qu'éclatèrent les premiers cris de panique. Arrachant son regard de la présence horrifiante, Minchara le posa sur ses concitoyens. Certains courraient dans une vaine tentative de fuite, d'autres semblaient paralysés comme elle l'avait été, certains autres encore tombèrent à genoux priant leurs dieux de leur apporter le salut. Si la jeune femme fut tentée de suivre l'exemple de certains d'entre eux, elle n'en fit rien. Fuir n'avait aucun sens car personne n'aurait pu distancer une telle créature et prier n'en avait pas plus car si une entité en ce monde pouvait bien s'arroger le titre de dieu, alors Minchara était en train de lever à nouveau les yeux dans sa direction. Soudain une sensation étrange ramena la vreën à l'instant présent. Baissant son regard vers ses mains, elle pu les observer avec un étrange détachement se recouvrir à vue d’œil d'une couche de glace qui semblait s'étendre jusqu'à l'engloutir tout entière. Elle se rendit vaguement compte que ce phénomène paraissait affecter tous ceux qui se trouvaient autour d'elle avant de sombrer dans un sommeil sans rêves qui devait durer plus de cinq mille ans...


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Calim Al'Azran

◈ Mar 16 Juin 2015 - 20:03

Que te dire à part qu'il s'agisse là d'une fiche de très haut vol ?

C'est à l'unanimité une validation et d'immenses félicitations pour le réalisme de ta narration, ton écriture et ton personnage.

Je te souhaite vraiment la bienvenue sur Azzura et suis ravi de te revoir ici après tant d'années. Ta qualité d'écrit n'a pas baissé, loin de là. Si tu m'avais toujours surpris, nous sommes d'autant scotchés (tout staff compris) de ce que tu as pu concevoir : tu t'es réellement immergé dans Azzura, sa magie, son contexte. Je puis te faire un beau compliment : j'aurai pu écrire moi-même, connaissant ce monde comme ma poche l'ayant créé, tel descriptif si j'avais fait un membre de l'aigle d'argent et mage arcanique "téléportation / télékinésie" : c'est exactement ce que je vois pour ce qu'était la magie avant.

Je te félicite donc, te laisse créer ton journal de bord et chercher tes premiers rp.

Encore bravo Minchara.